CHAPITRE IIL
Promesses et obligations esquelles il a plu à Dieu, un excès d'amour incomparable, de s'engager l’homme par le susdit Contrat.
ve Père éternel vous ayant fait l'honneur de vous ri cevoir en société avec lui par le Baptême, com l’un de ses enfants et comme l’un des membres de s@ Fils, il s'est obligé de vous regarder du même œil, & vous aimer du même cœur et .de vous traiter avec.
kmème amour dont il regarde, aime et traite ce même MFils ; puisque vous n'êtes qu'un avec lui, comme le Mmembre n'est qu'un avec son chef. Ce qui fait dire à -Notre-Seigneur, parlant à son Père de ceux qu'il lui a Mdonnés pour être ses membres : Vofum feci eis nomen Mluuwm.….. ut dilectio qua dilexisti me, in ipsis sit! : « Je leur ai fait connaître votre nom, afin que vous les aimiez du «mème amour que vous m'aimez. » Et un peuauparavant, Lil lui dit : Dilexisti eos, sicut et me dilexisti? : « Vous les avez aimés comme vous m'avez aimé. »
h Voulez-vous voir les effets prodigieux de cet amour du MPère céleste vers vous? Voyez les dons inénarrables qu'il vous à faits, lorsqu'il vous a reçu en son alliance par le | sacrement du Baptême.
Premièrement, il a mis sa gràce dans votre âme, dont le “moindre degré vaut mieux que tous les empires de la terre. Ensuite, il y a mis la foi, qui est un don inconcevable ; l'espérance qui est un trésor sans prix : la charité, qui est un abime de biens inestimables ; toutes les autres vertus, tous les dons et tous les fruits du Saint-Esprit, “et toutes les béatitudes évangéliques.
Et ce qui est bien plus, c'est qu'il s’est donné lui-même à vous avec son Fils et son Saint-Esprit, et est venu faire sa demeure dans votre cœur. Et, si vous ne l’en avez point chassé, il y a toujours demeuré, selon cette promesse de la Vérité éternelle : Si quis diligit me, Pater meus diliget eum : et ad eum veniemus, el mansionem apud eum faciemuss : « Si quelqu'un m'aime, mon Père laimera : et nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui. »
Et depuis ce temps-là, ses yeux paternels ont toujours été fixés sur vous, selon ces paroles : Firmabo super te oculos meos*; son esprit a été continuellement occupé à
1 Joan. XVII, 26.— ? Ibid. 23.
3 Joan. XIV, 23. — ‘ Ps. XXXI, 8.
penser à vous ; son cœur à été perpétuellement appliqué à vous aimer ; sa puissance, sa sagesse, sa bonté on été sans cesse employées à vous protéger, vous conduir et vous faire une infinité.de biens, tant corporels qué spirituels.
Et, après tout cela il vous promet que, si vous êtes dèle dans les conveñtions de votre Contrat, vous sere son héritier dans le ciel, et cohérilier de son Fils‘ ; € que vous posséderez éternellement des biens si grandse si admirables, qu'ils n'ont jamais été vus par aucun œil ni entendus par aucune oreille, ni compris par aucun esprit?.
Voilà à quoi ce Père divin s’est obligé vers vous Voyons maintenant à quoi le Fils s'est engagé.
Lorsqu'il vous a recu en son alliance, comme l’un de ses membres, il s'est obligé par conséquent de vous regarder, aimer et traiter comme une partie de soi-même comme os de ses os, chair de sa chair, esprit de son esprit, et comme celui qui n’est qu'un avec lui.
Il s'est obligé de vous aimer comme il s'aime soi même. De là vient qu'il nous dit ces merveilleuses pas roles : Sicut dilexit me Pater, et ego dilexi vos3 : « Je vous ai aimés comme mon Père m'a aimé » ; c'est-à-dire je vous ai aimés comme moi-même.
Il s'est obligé de vous donner son Père éternel pou être votre Père. De là vient qu’il nous commande de dire en parlant à son Père : Paler noster qui es in cælis* « Notre Père qui êtes aux cieux » ;-et qu'il nous dit lui même, après sa résurrection et dans l'état de sa gloire Ascendo ad Patrem meum et Patrem vestrum: « Je mont à mon Père et à votre Père. »
| 1 « Si autem filii, et heredes : heredes quidem Dei, coheredes autel Christi : si tamen compatimur, ut et conglorificemur. » Rom. VIII, 17 ? « Oculus non vidit, nec auris audivit, nec in cor hominis as; cendit quæ præparavit Deus iis qui diliguut illum. » I Cor. M, 9. e # Joan. XV, 9. — * Math. VI, 9. — 5 Joan. XX, 17. 1
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Il s’est obligé de vous donner son Esprit et son Cœur divin, pour être l'esprit de votre esprit, et le cœur de votre cœur. De là vient qu'il nous assure, par l’un de ses Prophètes, qu'il nous donnera un cœur nouveau, et qu'il mettra un esprit nouveau au milieu de nous : Dabo vobis cor novum, el Spiritum novum ponam in medio vestri'. Et voulant nous donner à entendre quel est ce cœur et cet esprit nouveau, il ajoute par après : Spiritum meum ponam in medio vestri? : « Je mettrai mon Esprit au milieu de vous. »
Et n’entendez-vous pas son Apôtre, lequel parlant à tous les chrétiens, leur dit conformément à cela : « D’autant que vous êtes enfants de Dieu, il a envoyé dans vos cœurs l'Esprit de son Fils » : Quoniam eslis filii Dei, misit Deus Spiritum Filii sui in corda vestraÿ.
Il s’est obligé de vous donner sa très sainte Mère, la bienheureuse Vierge Marie, pour être votre Mère. De là vient qu'étant en la croix, et parlant de cette divine Mère à chaque fidèle en la personne de saint Jean, il lui tient
ce langage : ce Mater tua*: « Voilà votre Mère. »
Il s'est obligé de vous donner son Église, qui est comme sa seconde mère, — ainsi qu'il témoigne luimême lorsqu'il dit, parlant de cette même Église : Æcce mater mea : « Voilà ma mère » — pour être encore … votre mère. De là vient que la Jérusalem céleste, qui est «l'Église, est appelée par son Apôtre : Mater nostraf, —« Notre mère »; et que lui-même nous commande de regarder et de traiter comme un païen et un infâme, celui qui n'écoute pas la voix de l'Église, et qui ne lui obéit pas comme l'enfant doit obéir à sa mère’.
IL s’est obligé de vous donner sa chair et son sang, dans la sainte Eucharistie, pour être la nourriture de
| Ezech. XXXVI, 26. — ? [bid 27. — 3 Gal. IV, 6. # Joan. XIX, 27. — 5 Matth. XII, 49. — 6 Gal. IV, 26.
1 & Si autem Ecclesiam non audierit, sit tibi sicut ethaicus et publicunus. » Matth. XVIII, 17.
votre âme, Car la nouvelle vie dans laquelle vous êtes entré par la nouvelle naissance de votre Baptème, et que vous avez recue de ce divin Chef, auquel vous avez été incorporé comme l'un de ses membres, cette vie; dis-je, élant toute céleste et divine, il faut qu'elle soit alimentée et soutenue par un pain tout céleste et une viande toute divine, selon ces belles paroles du grand saint Denis Aréopagite : Ex Deo nati, de Deo vivere debent : « Ceux qui sont nés de Dieu doivent vivre Dieu. » De là vient que Notre-Seigneur nous déclare qu est le pain de vie'; que le pain qu'il donnera cest sæ chair pour la vie du monde? ; que quiconque ne mangena point sa chair el ne boira point son sang, n'aura point de vie*; que sa chair est vraiment viande, et que son sang est vraiment breuvage*; que celui qui mange sa chair et qui boit son sang demeure en lui et le possède en soi-même ; et que, comme il a employé toute sa vie pour son Pèrey qu'aussi celui qui mange ce pain divin ne doit vivre que pour luif : c'est-à-dire que sa vie doit être si sainte; qu'elle soit un vif portrait et une image parfaite de sienne. De là vient aussi qu’en la primitive Église, on donnait le Saint-Sacrement à ceux que l’on baptisait, im médiatement après le Baptème.
Il s’est obligé de vous loger et de vous faire résider eb reposer éternellement dans le même lieu où il est, c'est à-dire, non seulement dans le ciel, mais dans le sein eb dans le cœur de son Père, qui est sa propre demeure, ses lon ces saintes paroles de son Disciple bien-aimé : Unë
« Ego sum panis vitæ ». Joan, VI, 35, 48.
2 « Et panis quem ego dabo, caro mea est pro mundi vita. » Ibid. 52: & « Nisi manducaveritis carnem Filii hominis, et biberitis ejus sanguinem, non habebitis vitam in vobis ». Ibid. 54, 4 « Caro enim mea vere est cibus, et sanguis meus vere est po= tus. » Ibid. 56.
5 « Qui manducat meam carnem et bibit meum sanguinem, in me manet, et ego in illo. » Ibid. 57.
®« Sicut misit me vivens Pater, et ego vivo propter Patrem : eb qui manducat me, et ipse vivet propter me. » Ibid. 5$.
hhjenitus Filius, qui est in sinu Patris!. De là vient qu'il dit
à son Père, parlant des vrais chrétiens : Pater, quos dedisti mihi, volo ut ubi sum ego, et illi sint mecum? : « Mon Père, je veux que ceux que vous m'avez donnés, soient là où je suis. »
Il s'est obligé de vous donner le même empire et la même gloire que son Père lui a donnée. De là vient qu'il
nous dit: Zgo dispono vobis sicut disposuit mihi Pater
meus regnum : « Je vous prépare le même royaume que mon Père ma préparé » ; et qu'il dit à son Père,
parlant des siens : Clarilatem quam dedisti mihi, dedi “ist : « Je leur ai donné la gloire que vous m'avez don-
née. »
H s’est obligé de vous faire asseoir avec lui dans son trône, comme il est assis dans le trône de son Père. De là vient qu’il parle en cette facon, selon le témoignage de saint Jean en son Apocalypse : Qui vicerit, dabo ei sedere mecum in throno meo : sicut et ego vici, el sedeo in throno Patris mer: « Je ferai asseoir dans mon propre trône, comme je suis assis dans le trône de mon Père, celui qui vaincra le diable, le monde et la chair, comme je les ai vaincus » ; c'est-à-dire celui qui gardera fidèlement les conventions du Contrat qu'il a fait avec moi par le Baptème. lorsqu'il m'a promis de renoncer à Satan, à ses pompes et à ses œuvres.
Il s’est obligé de vous donner son propre Nom, et de vous orner des plus excellentes qualités que son Père lui a
“communiquées. De là vient qu'il nous annonce qu'il
écrira son nom sur Lous ceux qui combattront généreusement pour sa gloire, el qui vaincront ses ennemis”, c'est-àdire sur tous les véritables chrétiens. Car il est Fils de Dieu : et ils seront appelés enfants de Dieu et le seront effec-
LJoan. I, 18. — ° Joan. XVII, 24. — 5 Luc. XXIT, 29.
? Joan. XVII, 22. — 5 Apoc. III, 21.
6 « Qui vicerit.… scribam super eum nomen Dei mei... et nomen meum novum. » Apoc. III, 12.
tivement'. Ilest le Roides rois et le Seigneur des seigneurs® = etils seront avec lui rois du ciel et de la terre, et d'une royauté éternelle*, Et ils règneront et domineront sur tous les peuples : Pominabuntur populist. Il est juge dev l'univers : et ils jugeront avec lui les hommes et les: Anges, selon ces oracles du Saint-Esprit: Judicabunt nationes®. Nescitis quoniam Angelos judicabimus® ? Il est Dieu : et ils seront dieux par participation : £go dixi D estis’. Ils seront par grâce et par communication ce que Dieu est par nature et par essence.
Ne vous étonnez pas de toutes ces choses qui sont si grandes et si admirables. Car d'une puissance et d’une bonté infinies il faut attendre des effets infiniment rares et précieux. Et puisqu'il a plu à votre Rédempteur de vous faire entrer dans une société si étroite avee lui, que lui et vous ne soyez qu'un, comme le chef et les membres ne sont qu'un, il s'ensuit nécessairement qu'il doit vous aimer comme soi-même, et que vous ne devez avoir qu'un même Père avec lui, une même Mère, un même Esprit, un même cœur, une même vie, une même demeure, un même royaume, une même gloire, un même trône et un même nom.
Voilà, mon cher frère, les obligations que votre adorable Chef s'est voulu imposer au regard de vous, lorsqu'il vous a incorporé avec lui comme l'un de ses membres par le saint Baptême. Sachez quil s'appelle Fidelis et verax®, « le fidèle et le véritable »; et par conséquent, qu'il accomplira très fidèlement et très véritablement toutes ses promesses, si vous êtes fidèle à vous acquitter des vôtres.
l« Ut filii Dei nominemur et simus. » 1 Joan. IL, 1.
2 « Quoniam Dominus dominorum est et Rex regum. » Apoc. XVII, 14. « Rex regum et Dominus dominantium. » Ibid. XIX. 16.
$ « Et regnabimus super terram. » 4poc. V, 10 ; « et regnabunt cum illo. » Id. XX, 6 ; « et regnabunt in sæcula sæculorum. » 1d. XXII, 5.
Sap. I, 8. — 5 Ibid. — ° [ Cor. VI, 3.
Joan. X, 34. —® Apoc. XIX, 11.
… Oh! quel amour ! oh! quelle bonté! oh! quelles Mouanges et quelles actions de grâce lui devez-vous rendre pour tant de faveurs ! Confileantur Domino mi- Msericordiæ ejus, el mirabilia ejus filiis hominum'. « Que outes les miséricordes du Seigneur envers les enfants des hommes, et toutes les merveilles qu’il opère pour eux. le louent et le glorifient éternellement? »
mm. Mais voyons maintenant à quoi vous êtes obligé de | votre part par votre Contrat.
Pa CVE, 8.
2 Dans son édition du Contrat de l’homme avec Dieu, M. Daon Majouta le paragraphe suivant, pour exprimer les obligations que le Saint-Esprit s'impose à notre égard au saint Baptéme :
« Les obligations que le Saint-Esprit s’est imposées ne sont pas moins avantageuses pour nous. Nous ayant fait la faveur de prendre nos âmes pour ses épouses et pour son temple, il s’est obligé de les Laimer, et de leur faire tout le bien qui convient à la dignité dont il “lés a honorées. H s'est donc obligé de les purifier du péché, de les “sanctifier par sa grâce, de les éclairer de ses lumières, de leur communiquer ses ardeurs, de les fortifier contre leurs faiblesses, de les soutenir dans les combats, de les prévenir de ses inspirations,
lorsqu'il s’agit de faire le bien ou d'éviter le mal; de les soutenir dans l'exécution des pieuses entreprises qu'il leur inspire, de les diviger dans la pratique de la vertu, de les rendre fécondes en toutes sortes de bonnes œuvres ; et enfin de les relever quand elles tombent.
« La fidélité avec laquelle le Saint-Esprit remplit ces obligations, Muest la source et le principe de la grâce qui nous est donnée dans les sacrements, des bonnes pensées et des pieux mouvements qui nous portent au bien, et nous détournent du mal, de la joie que | “nous sentons quand nous avons fait le bien, et des remords qui … nous reprochent nos fautes et nous excitent à la pénitence. N'est-ce … pas en effet le Saint-Esprit qui produit tous ces effets au dedans de … nous ? C’est lui qui donne la force aux Martyrs, la chasteté aux —Mierges, la ferveur pour les austérités de la pénitence et la pratique des bonnes œuvres aux plus parfaits chrétiens. C’est de lui que viennent les excellents actes de vertu que l’on appelle les fruits lu Saint-Esprit et les béalitudes, Enfin c’est de sa bonté que vient … toute la sainteté et le mérite que Dieu couronne dans le ciel, » Edit. “1643, p. 25-26. — Cf. ci-dessus Æntreliens intérieurs de l'âme chretienne avec son Dieu, 10° Entretien, £° point, page 176,