CHAPITRE II
De l'excellence et importance de l'office de la prédication considéré en lui-même, en son origine et en sa fin.
Les prédicateurs doivent souvent se mettre devant les yeux la très grande importance et la sublimité de leur “office, non pas pour y prendre une vaine complaisance. ni pour en tirer de la gloire ; mais plutôt pour s’humilier profondément en la vue de leur indignité infinie et de leur incapacité au regard d'un ministère si digne et si relevé, et pour s’exciter à n'omettre rien de tout ce qui “dépend de leur pouvoir et de leur diligence pour s'en * bien acquitter.
Pour cet effet, ils doivent se représenter, spécialement quand ils ont à se préparer à la prédication, que cet emploi considéré en lui-même, en son origine et en sa fin, hest très excellent et de très grande conséquence.
Que, en lui-mème, c’est un office beaucoup plus avanfageux et plus saint que l'office des prédicateurs de l’antienne Loi, qui étaient les Prophètes. Caril y a cette différence entre les prédicateurs anciens et les nouveaux, lque les anciens, qui prêchaient la loi de Moïse, n'admi- “istraient à ceux qui les entendaient que la lettre et non pas l'esprit :et les nouveaux, qui prêchent l'Évanile de Jésus-Christ, administrent et communiquent son feSprit à leurs auditeurs, s'ils n'y mettent point d'empé- Chement : /doneos nos fecit ministros novi T'estamenti, non Mittera, sed spiritu, et selon le grec, non litteræ, sed spirifus, dit saint Paul!. Et ensuite la prédication de l'Évangile est appelée par ce mème Apôtre, ministralio spirilus ?. 4 nous lisons dans les Actes des Apôtres, en deux en-
LIL Cor., LU, 6. — 2 HI Cor., I, 8.
droits, que saint Pierre prêchant, le Saint-Esprit descendit sur ceux qui entendaient la divine parole de sa bouche : Loquente Petro, cecidit Spiritus sanclus super omnes qui audiebant verbum'. Ayant commencé à leur parler, dit ce grand Apôtre, le Saint-Esprit descendit sur eux : Cum cæpissent loqui, cecidit Spiritus sanctus super eos.
Que cet emploi nous est commun avec les plus grands Saints de la nouvelle Loi, c'est-à-dire avec les saints Apôtres, et avec Jésus-Christ Notre-Seigneur.
Que c'est une œuvre si grande et si agréable à sa divine Majesté, qu'il assure ses prédicateurs qu'il aimera, traitera et récompensera ceux qui les recevront, comme s'ils lerecevaient lui-même, et comme s'ils recevaient son Père éternel : Qui recipit vos,me recipil ; el qui me recipit, recipit eum qui me misit *. Et qu'au contraire, au jour du jugement, il châtiera ceux qui ne les auront pas reçus ni écoutés, plus terriblement que les habitants de Sodome et de Gomorrhe : T'olerabilius erit terræ Sodomorum et Gomorrhæorum in die judicu *.
Que c’est par la prédication de la divine parole que l'idolâtrie et la tyrannie de Satan a été détruite, et que la sainte Église a été établie par toute la terre, malgré toutes les rages et résistances de l'enfer.
Que prêcher, c'est distribuer aux enfants de Dieu ] pain de vie, et de vie éternelle, pour entretenir, fortifie et perfectionner en eux la vie divine qu'ils ont reçue de c Père céleste en leur nouvelle naissance par le saint Bap tème : Verba vitæ æternæ habes*.
Que les prédicateurs évangéliques sont les anges in carnés du Seigneur, les messagers du ciel, les chérubins les séraphins de l'Église, et les hérauts de la très saint Trinité ; à raison de quoi ils commencent ainsi leur pré dication : /n nomine Patris, et Filii, et Spiritus sancti.