CHAPITRE IV
adorer Notre-Seigneur Jésus-Christ dans les saintes dispositions avec lesquelles il prêchait étant sur la terre: renoncer fortement à soi-même ; se donner à lui de tout son cœur, le suppliant de nous anéantir et de s'établir en nous, afin que ce soit lui-même qui prèche par notre bouche, d'autant que c’est à lui seul qu'il appartient d’annoncer la parole de son Père ; et accepter pour l'amour de lui les confusions et mortifications qui nous pourraient arriver !; comme aussi donner sa mémoire au Père, son entendement au Fils, et sa volonté au Saint-Esprit.
Offrir à la divine Bonté les cœurs de ses auditeurs, et la prier de les disposer à entendre comme il faut sa sainte parole. Les offrir encore à cette fin à la bienheureuse Vierge, aux Anges et aux saints Patrons du lieu où l’on prêche.
Étant à genoux dans la chaire, s’humilier derechef et s’abimer dans le plus profond de son néant ; et de là appeler celui auquel seul il appartient de prècher, par ces paroles ou autres semblables : Veni, Domine, Jesu, vent, veni : « Venez en moi pour m'anéantir en celieu, afin qu'il n’y ait que vous seul qui soyez et qui prèchiez votre divine parole. Venez dans les cœurs de tous ceux qui sont ici, pour les disposer à en faire le bon usage que vous désirez d'eux. »
Étant debout dans la chaire, élever les yeux au ciel, à l'imitation de notre Sauveur, pour protester que l’on ne veut regarder que Dieu seul et sa plus grande gloire dans l’action que l’on va faire, et pour prier tous les habitants du ciel de prèêcher avec nous par leurs prières devant sa divine Majesté. |
En faisant le signe de la Croix et en disant ces paroles : In nomine Patris, et Filü, et Spiritus sancti, les dire avec
14« Il faut monter en chaire comme sur un calvaire, pour n’en rapporter que de la confusion. » S. Vincent de Paul, cité par Maynard, Vie du Saint, tom. 2, p. 392.
grande attention, et se donner du plus profond de son cœur au Père éternel, pour entrer dans cet amour immense avec lequel il nous a parlé en son Fils: Locutus est nobis in Filio ! ; aa Fils de Dieu, pour entrer dans la charité infinie avec laquelle il nous a annoncé la parole de son Père; et au Saint-Esprit, pour s'unir au zèle, à la piété et à toutes les saintes dispositions avec lesquelles il a parlé par la bouche de tant de saints prédicateurs. Et donner aussi ses auditeurs à l'amour du Père, à la charité du Fils et à la bonté du Saint-Esprit. Dire l’Ave Maria hautement et posément. et avec grande dévotion.
En prêchant, il faut lâcher de conserver l'esprit de récollection et de piété, considérant et goûtant les vérités que l’on annonce. Quand on parle contre les pécheurs, penser qu'on se reprend soi-même, puisque chaeun se doit tenir pour le plus grand pécheur du monde.
Si pendant la prédication on fait quelque bruit, l’endurer patiemment sans se troubler ni témoigner d'impatience ; et s'il faut dire quelque mot pour le faire cesser, parler avec modestie et sans émotion, gardant l'autorité et l'humilité tout ensemble.
Après la prédication, remercier la très sainte Trinité, Notre-Seigneur Jésus-Christ, la sacrée Vierge, les Anges et les Saints, en disant du moins un Gloria Patri, un Gloria tibi Domine, un Ave Maria, un Avete omnes Angeli, et omnes Sancti et Sanctæ Dei : benedicti silis in ælernum, et intercedere dignemini pro nostra omniumque salute.
Demander pardon à Dieu des fautes qu'on a faites.
Fermer soigneusement toutes les portes de son cœur à la complaisance et à la vanité.
Quand on croit avoir mal réussi, accepter de bon cœur la confusion et la mortifieation.
Ne permettre point qu'on nous loue en notre présence. Quand on est loué de quelqu'un, se retirer aussitôt dans
\ Heb., 3,