‹ Œuvres comple?tes du venerable Jean Eudes (volume 4)Chapitre 17 sur 309 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Éloigner de soi toute paresse, langueur et négligence, et embrasser de tout son cœur le travail qui est nécessaire pour gagner son pain à la sueur de son visage, c'està-dire, pour étudier avec soin, et pour apporter toute la diligence et la préparation requises afin de bien faire toutes ses prédications, ne présumant jamais de monter en chaire en aucun lieu, sans s'être préparé, quelque science qu'on ait acquise et quelque facilité que Le long exercice ait donnée. Car si c’est tenter Dieu que de se présenter à l'oraison sans préparation, combien davantage à la prédication !

Ne s'appuyer point sur sa suffisance, sur son travail, ni sur son industrie, mais sur la seule bonté et grâce de Notre-Seigneur. Avant que de s’appliqier à l'étude pour se disposer à prêcher, on doit se mettre à genoux devant le Saint-Sacrement ou en quelque autre lieu, et adorer l'amour incompréhensible avec lequel le Père éternel.a envoyé son Fils en ce monde pour nous instruire, adorer la bonté infinie avec laquelle il est venu dans le monde pour celte fin, et la charité immense avec laquelle le Saint-Esprit a parlé par sa bouche et par la bouche des saints Apôtres pour enseigner aux habitants de la terre les vérités du ciel.

Rendre grâces au Père, au Fils et au Saint-Esprit de ces faveurs.

Leur demander pardon du mauvais usage qu'on en a fait, et des fautes qu'on a commises dans les prédications qu'on a faites par le passé.

S'humilier devant sa divine Majesté, reconnaissant qu’on n’a pour partage qu'indignité, qu'incapacité, que ténèbres et ignorance.

Renoncer à son propre esprit, à son amour-propre, à la vanité et à tout ce qui est de soi-même; et se donner à l'amour du Père, à la sapience du Fils et à la charité du Saint-Esprit, et les supplier de nous inspirer les choses qu'ils.-veulent que nous annoncions et la manière

de les dire, de telle sorte qu’elles produisent le fruit qu'ils en attendent.

Adorer Notre-Seigneur Jésus-Christ comme la Vérité éternelle et la source de toute vérité, et commele souverain Prédicateur:; et l’adorer dans toutes les saintes dispositions avec lesquelles il a prêéché.

Le remercier de toutes les vérités qu’il nous a apportées en la terre, de toutesles divines prédications qu'il ya faites, et de la très grande faveur qu'il nous fait de nous associer avec lui dans ce sacré ministère.

Lui demander pardon du mauvais usage que nous et les autres avons fait des instructions qu'il nous a données.

S'humilier devant lui, en la vue de ce que l'on est. Renoncer à soi-même, etse donner à lui pourentrer dans l'esprit, dans les intentions et dispositions avec lesquelles ila parlé, et lui demander ce qu'il désire que l’on préche : lui protestant que si, par impossible, on pouvait dire de soi-même les plus belles et les plus solides vérités du monde, on y renoncerait, afin de ne rien prononcer qui ne fût de lui, et de ne rien dire que ce qui viendrait de sa part.

Saluer la très sainte Vierge comme la Mère de la Lumière et de la Vérité éternelle, et comme celle par laquelle Dieu nous a donné le souverain Prédicateur.

La remercier, s'offrir à elle, et la prier d'obtenir de son Fils qu’il fasse connaître ce quil a plus agréable que l’on prêche, et qu'il donne toutes les grâces requises pour administrer avec fruit sa parole divine.

Saluer son saint Ange gardien, les bons Anges et les Saints protecteurs du diocèse et du lieu où l'on doit prêcher, et invoquer leurs prières et leur assistance.

Ea étudiant, élever de fois à autre son esprit et son cœur à Dieu.

Avant que de monter en chaire, faire derechef les choses susdites ; et spécialement, après avoir considéré attentivement la grandeur et l'importance de cette action,

Page 1