CHAPITRE V
[2 on |
. Non seulement faire voir, par leurs déportements, que la passion de l'intérêt, le désir des biens temporels et le erime détestable de l’avarice leur est en horreur ; mais se conduire de telle sorte qu'ils ne donnent aucun sujet Là personne de les accuser de la moindre tache de ce vice. Et à cette fin, ne demander jamais aucune chose, mais recevoir seulement ce que la charité leur élargira, c’està-dire ce qu'on leur donnera de bon cœur pour l’amour de Notre-Seigneur.
Ne parler point contre les défauts des ecclésiastiques ni des religieux ; mais leur porter grand respect, spécialement à messieurs les curés, n’entreprenant jamais rien sur leur juridiction, ni contre leur gré, mais excitant chacun à les honorer.
Se rendre doux et accessibles à toutes sortes de personnes ; être toujours prêts de faire toujours bien à un chacun, à l'imitation du très charitable Jésus, duquel il est écrit que : Pertransivit benefaciendo, et sanando omnes oppressos a diabolo! ; mais spécialement aux pauvres, les visitant plus volontiers que les riches, quand il en est besoin, soit dans leurs maisons, soit dans les prisons ou dans les hôpitaux ; comme aussi à tous les affligés, auxquels ils doivent s'appliquer avec une affection particulière, pour les consoler et pour leur aider à faire bon usage de leur affliction.
Travailler à réunir les familles divisées, mais sans prendre de parti, se conduisant avec tant de discrétion qu'ils fassent voir qu'ils n’épousent point d'autre intérèt que celui de la gloire de Dieu et du salut des âmes.
Tâcher de rendre leur conversation avec les personnes du monde, modeste, suave, pleine d'édification et de fruit, ne laissant point passer d'occasion de parler de Dieu et des choses de leur salut, qu'on ne l'embrasse aussitôt, et s'étudiant même de la rechercher si elle ne se présentait pas.
1 Act, X, 88.
Avoir soin de porter la bonne odeur de Jésus-Christ en tout lieu, mais spécialement dans les lieux saints, là où ils doivent montrer aux chrétiens par leur exemple avec quelle piété, silence et respect il faut se comporter en la maison de Dieu, et la dévotion et révérence, tant extérieure qu'intérieure, avec laquelle il faut parler à sa divine Majesté.
Enfin le prédicateur apostolique est obligé d'être tout voix, à l'imitalion du grand saint Jean, Vox clamantis!, c'est-à-dire qu'il doit vivre, agir et converser de telle sorte, et son extérieur doit être tellement composé que, soit qu'il soit assis ou debout, on ne voie rien en sa personne, en ses déportements, en sa démarche, en ses yeux, en ses mains, en ses pieds, en ses gestes, en ses habits et en tout ce qui est en lui, non seulement dans la chaire el dans l'église, mais dans tous les lieux où il se trouve, qui ne parle et qui ne prêche la piété, la modestie, l'humilité, la simplicité, l'honnêteté et toutes sortes de vertus.