PREMIÈRE PARTIE
XVII. — S'il y a quelques réconciliations ourestitutions à faire, ou quelque occasion prochaine de péché à quitter, il n’est pas nécessaire d'attendre à la fin de la confession, à mettre le pénitent dans la disposition dans laquelle il doit être sur ce sujet ; mais il le faut faire à l’instant qu'on l'interroge et qu’on le trouve coupable sur quelqu'une de ces choses.
XVIII. — Ne faire point d’interrogations de choses curieuses et non nécessaires, mais examiner seulement sur les choses précisément nécessaires à la perfection de la confession. Et sur toutes sortes de péchés mortels, il fant demander aux pénitents combien de fois ou environ ils les ont commis, ou par an, ou par mois, Ou par semaine, ou par jour, et les aider à dire, autant qu’il se peut, le nombre de leurs fautes.
XIX. — Lorsqu'on trouve quelques-uns qui sont en bonne foi et avec ignorance invincible dans un péché, soit qu'ils l’aient déjà commis ou qu'ils soient en volonté de le commettre, et qu’on croit probablement qu’en les avertissant et tirant de leur bonne foi et ignorance, par la connaissance qu’on leur donnera du péché, ils ne se résoudront pourtant pas de le quitter ou ne laisseront pas de le commettre : alors on ne doit point les avertir, car cela serait inutile et même dommageable au pénitent. Si néanmoins il avait le moindre doute de son péché, et qu'il en demandât avis, on serait obligé de lui dire la vérité, encore qu’on sût bien qu'il ne ferait rien de ce qu'on lui dirait ; car depuis qu’il commence à douter, pour peu que ce soit, ils n’est plus en bonne foi. Exemple : deux mariés sont en degré prohibé, et par conséquent le mariage est nul; mais ils ne le savent pas. Le mari vient à confesse, et le Confesseur croit probablement qu’en l’avertissant de cet empêchement, il n'y remédiera pas : il ne lui en doit rien dire, mais le laissèr en bonne foi.
XX. — S'ils sont en dissension avec un, il faut. les obliger à se réconcilier et à parler les uns avec les” | autres avant l’absolution, si cela se peut ; s'offrant à eux pour les aider à cela s’il est nécessaire, et pour faire ve-" nir ou aller voir les personnes avec lesquelles ilsont en discorde, et moyenner leur entrevue et leur réconciliation. |
XXI. — Lorsqu'on trouvera des personnes qui auront des procès : s’il y a de la haine, il faut faire la même chose que dessus ; s'iln'y en a point, il ne faut pas laisser pourtant de les exhorter puissamment à les terminer par voie de douceur, et par le moyen de ceux qui seront
employés à faire des accords durant la mission.
XXII. — S'ils s'accusent d’avoir dit quelque chose d'importance contre la réputation du prochain, [chose] qui n'était point encore connue de la plupart des habitants du lieu, il faut les obliger à réparer ce tort en cette manière :
Si les choses qu'ils ont dites sont vraies, mais qui. étaient secrètes auparavant, il faut leur ordonner de dire, dans les occasions, qu'ils ont eu tort d'avoir parlé de la facon qu'ils ont fait; et avec cela de dire tout le bien qu'ils pourront en d’autres sujets des personnes dont ils ont mal parlé."
Si elles sont fausses, il faut les obliger à se servir de l’un de ces deux moyens : Le premier est de chercher et » même de faire naître l’occasion de dire le contraire de ce qu'ils ont dit, en plusieurs endroits, spécialement devant . les personnes en la présence desquelles ils ont détracté, avec telle prudence néanmoins et de telle facon que cela serve véritablement à réparer le dommage qu'on a fait au prochain en son honneur. Le second est de demander pardon à ceux de qui ils ont médit, s'ils le savent bien ; ets’ils ne le savent pas, leur faire demander [ce pardon] par quelqu'un qui ne leur dise point d'où cela vient.”