CHAPITRE XXII
Du langage et de la manière de parler.
Quand on a bien étudié et conçu son sujet, on trouve aisément des paroles pour exprimer ce qu'on doit dire: ce qu'il faut faire le plus intelligiblement et le plus clairement qu'il est possible, ne se servant jamais de cerfaines facons de parler obscures, que peu de personnes entendent.
Le prédicateur évangélique qui désire prècher dans la Simplicité et l'esprit de Notre-Seigneur et de ses saints
Apôtres, Sicut ex Deo, coram Deo, in Christo!, doit éviter comme la peste de la prédication. profanas vocum novitates®, les mots nouveaux et les nouvelles façons de parler à la mode.
Il ne doit pas user de paroles grossières, impropres el “non usitées ; au contraire il doit exprimer ses pensées en bons termes. Mais aussi son discours ne doit point étre trop recherché, ni trop peigné, vu que rien ne dimi- “nue tant le zèle et l'ardeur de celui qui prêche et de celu; | qui écoute, qu'un discours pompeux et enflé ; aulieu que, quand il est sans fard et sans artifice, qu'on parle cœur à cœur, alors on persuade parfailement et l’on touche son auditeur. Saint Paul appelle les prédicateurs qui ont tant de soin du beau langage, des adultères et des cor- “rupteurs de la parole de Dieu, et il nous déclare que les belles paroles et les discours trop ajustés anéantissent le
| me ‘1N Cor., If, 17. — #1 Tim, VI, 20.
fruit de la Croix de Jésus-Christ. Les anciens Pères et tous les saints prédicateurs qui ont fait du fruit, se sor abstenus de ces fleurettes et de cette élégance séculière et profane, qui appartient plus aux orateurs du monde et aux courtisans qu'à des hommes apostoliques, tels que doivent être tous ceux qui font profession non pas de se prêcher eux-mêmes, mais de prêcher Jésus-Christ cruci fié, et qui doivent dire avec un grand saint : Von sectamut lenocinia rhetorum, sed veritates Piscatorum®.
Les noms et les qualités ordinaires qu'il faut donner à ses auditeurs sont, non pas « Messieurs » ni « Mesdames » : cela est trop mondain et trop séculier, et n’est point assez chrétien, ni cordial: mais « Chrétiens », Où « Chrétienne assemblée », ou « Mes frères ». C'est ainsi que parlent les Apôtres et tous les saints Pères.
On se doit bien garder d'user jamais de flatterie, Von in sermone adulationis*, ni de profaner la sainte parole de Dieu en donnant des vaines louanges ‘aux hommes, fussent-ils des rois, des princes ou des papes.
Il ne faut pas faire de difficulté de réitérer et de répéle plusieurs fois une même chose, quand elle est d'impor tance, afin de la faire mieux entendre et de l'imprimer plus avant dans les cœurs, puisque Vunquam nimis dici lur, quod nunquam satis discitur.
Les termes de «fortune », de « destin », et autres semblables sont fort indignes de la bouche d’un prédicateur chrétien, qui doit enseigner aux fidèles qu'il n'arrive rien en ce monde par fortune, par destin ni par hasard, mais que tout se fait par l'ordre de la divine Providence.
« Non enim sumus, sicut plurimi, adulterantes verbum Dei ; sed ex sinceritate, sed sicut ex Deo, coram Deo, in Christo loquimur. IL Cor, II, 17. Cf. IV, 2. « Non in sapientia verbi, ut non eyacuetu crux Cbristi. » I Cor I, 17.
? Cf. Saint Francois de Sales, Lettre à l'archevéque de Bourges.
Cf. Saint François de Sales, /. c.
*I Thess., II, 5.
“Cf. Saint François de Sales. L. c.