‹ Œuvres comple?tes du venerable Jean Eudes (volume 4)Chapitre 55 sur 309 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

car il est beaucoup meilleur d'en alléguer moins et les bien expliquer et faire valoir.

7. Mettre chaque chose en son lieu, et prendre garde de ne pas mettre en une place ce qui n’y convient pas; car ce qui profiterait et agréerait étant mis en son lieu propre étnaturel, perdrait son lustre et sa force s’il était mis en un autre.

… $. Quand on cite plusieurs passages, mettre toujours les plus forts à la fin. Et quand on apporte plusieurs motifs ou raisons pour prouver une vérité, il faut mettre les plus générales et plus spéculatives au commencement, lés médiocres au milieu, et à la fin les plus puissantes ét celles qui frappent davantage le sens.

“9. Lorsqu'on passe d'un point ou d'une raison à une autre, fairela transition simplement, naturellement etsans beaucoup de facon, disant par exemple, après le premier point qu'on aura traité sur la définition de l'humilité et Sur ses marques: « Voilà en quoi consiste l'humilité, voilà ses caractères, etc. Voyons maintenant les raisons et les motifs qui nous la doivent faire aimer, dont le premier est, etc., le second, etc. »

10. Se servir néanmoins quelquefois de termes différents pour exposer les divisions des points, les transitions et les manières d'exprimer les choses que l’on dit, afin de ne dégoûter pas l'auditeur.

11. Être court en l’exorde ou préambule qui précède PAve Maria ; et, après l'Ave Maria, entrer en matière le plus tôt que l’on peut. Car l’exorde doit être souvent la dernière chose à laquelle il faut penser. vu que, comme il le faut tirer ex vwisceribus causæ, on le trouve facilement après que le corps du sermon est parachevé.

| 12. Ne manquer jamais en chaque point de tirer quelque morale, soit pour instruire l'esprit, soit pour toucher les cœurs ; mais réserver toujours pour la fin les mouvements les plus puissants et les choses les plus fortes let les plus touchantes.

13. Faire à la fin une courte récapitulation ou répét tion des principales choses qu'on a dites, pour les graw dans le cœur des auditeurs, et finir par un passage pui sant de l'Écriture sainte. et avec des paroles animées, goureuses, pleines de ferveur, soit en apostrophant ce à qui Pon parle, soit en s'adressant à Dieu par maniè d'oraison.

14. Après avoir formé et disposé la prédication en so esprit, on la peut écrire en plusieurs facons.

Il y en a lesquels, auparavant que de la prononcer, mettent seulement par écrit les principaux articles.

Quelques-uns l'écrivent tout entière et l’apprennent p cœur et mot à mot : ce qui est de grand travail et de pe de fruit, parce que, quand l'esprit est ainsi lié aux parole il perd sa liberté, sa ferveur se diminue, et il ne parle p avec la vigueur et la véhémence avec laquelle il fait écl ter son zèle quand il n’est attaché qu'aux choses, pour d’ailleurs qu’elles soient bien concues et digérées, et qui les possède parfaitement.

Il yen a d’autres qui tiennent le milieu de ces deux e trémités : ce sont ceux qui écrivent tellement leur serm en une demi feuille de papier, que les matières et mê les paroles sont liées et jointes ensemble, de telle sor qu'il leur reste une ample liberté d'étendre et d'enrich leur discours par les affections et les mouvements q leur viennent sur-le-champ. Cette manière-est meilleu que les deux premières.

Mais en voici une quatrième qui est très bonne : cd de cumposer, ordonner et posséder si bien dans son es prit toutes les parties de sa prédication, savoir : l'exor qui précède l’Ave Maria, l'entrée qui le suit, la division les points, les preuves, les passages, les similitudes, l’his toire, les affections et mouvements, les transitions, le diverses manières d'exprimer les choses différentes qu'oi doit dire, et la conclusion, qu'après avoir bien étudi médité et considéré toutes ces choses, on les puisse pr

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