‹ Œuvres comple?tes du venerable Jean Eudes (volume 4)Chapitre 58 sur 309 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

De la voix et prononciation.

Dire mal les plus belles et les meilleures choses dur -monde, c'est perdre letemps ; mais dire des choses com- -munes et médiocres, et les dire d’une manière excellente, Miouchante et animée, c'est en cela que consiste la perfection de la prédication.

C’est pourquoi la prononciation et l'action sont la prin- “ipale partie du prédicateur, et qui contribue davantage “à persuader ce qu'il dit, et à en émouvoir les affec- “tions. C’est le sujet de ce chapitre et du chapitre suivant.

! Un des moyens des plus importants pour prêcher efficacement et avec fruit, c’est de savoir bien ménager et

conduire sa voix, pour l’élever ou la baisser, la pousser

“ou la retenir quand il faut ; pour lui donner un accent

‘convenable au sujet dont on parle, quelquefois triste,

quelquefois joyeux, etc; pour l'animer ou d’un esprit

“d'amour vers Dieu, ou d'affection vers ses auditeurs,

Lou d’indignation contre le péché, ou de compassion vers-

… ‘Ce mot, encore asité aujourd’hui dans la langue française, a le Lsens de répétition fastidieuse des mêmes pensées.

l'âme qui en est esclave ; et pour l’accommoder à la qualité du sujet que l'on prêche, ne traitant pas les choses légères et médiocres avec une voix forte et véhé= mente, et celles qui sont graves et importantes avec une voix faible et négligente ; mais donner à chacunes ce qui leur est propre : aux premières une manière de parlem commune et ordinaire, et aux secondes une voix grave et

vigoureuse. |

Il faut se garder très soigneusement de chanter, € ’està-dire de se servir d’une voix qui approche plus du chant que de la parole. Car il n’y a rien de si ridicule ni de si désagréable en la prédication.

Comme aussi de réciter son discours comme un écolier qui dirait sa lecon par cœur devant son maitre ; ou de déclamer, car cette manière n'étant pas naturelle, mais affectée, ne touche point ; ou de dire les choses d'un même ton, ce qui ennuie, dégoûte et endort l'auditeur.

Mais il faut parler ; c'est-à-dire prononcer ce que l’on dit, naturellement, simplement, sans artifice et sans facon. Car le souverain artifice en ceci, comme en toute autre chose, c'est de n’en avoir point!. |

Comme il faut éviter de parler trop lentement el comme une personne qui cherche ce qu’elle doit dire : il faut aussi se garder d’aller trop vile, comme en couranl et avec précipitation. Car les choses qui sont dites en cette manière frappent bien les sens au dehors, mais elles n'entrent point dans l'esprit elles ne font que passer pai dessus seulement, de même qu'une grosse pluie, laquelle tombant avec impétuosité fait beaucoup de bruit, mais parce qu’elle tombe trop promptement, elle ne fait que rouler par-dessus la terre sans la pénétrer.

Il ya des choses néanmoins qu'il faut prononcer un peu plus lentement et gravement ; d’autres, d’une m& nière plus prompte et plus véhémente. Mais il faut tot

! Cf. Saint François de Sales, /. c. L

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