‹ Œuvres comple?tes du venerable Jean Eudes (volume 4)Chapitre 59 sur 309 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

jours parler distinctement et clairement, et bien peser toutes ses paroles, si l’on veut les imprimer bien avant dans le cœur, afin-de donner loisir aux auditeurs de les entendre et de les goûter.

Dans l’exorde, soit devant, soit après l'Ave Maria, il

. faut commencer doucement et gravement, d’une voix mo-

dérée et d'une façon de parler approchante de celle dont on use dans un discours familier.

Pour cet effet, il est nécessaire de repasser plusieurs fois dans son esprit sa prédication avant que de monter en chaire, et de bien disposer et concevoir non seulement tout ce que l'on doit dire, mais encore la manière de l’exprimer, spécialement les commencements; et ainsi de se rendre maître de son discours et de le posséder parfaitement. Car en ce faisant, au lieu d’être obligé d'occuper son esprit à rechercher ce que l'on veut dire, on a moyen de se recueillir, de se posséder soimême, de s'appliquer à l'importance des vérités qu'on

prononce, et de donner à sa voix un ton convenable.

Dans la suite du discours, on doit peu à peu élever sa voix plus haut, mais toujours en parlant, et non pas en récilant ni déclamant.

Dans les preuves, les raisons et les explications des passages, il faut toujours continuer à parler familièrement et naturellement, quoique avec inflexion de voix, c'est-à-dire tantôt forte et tantôt modérée, tantôt plus élevée, tantôt plus basse, sans la laisser néanmoins se ralentir, mais la soutenant et maintenant dans sa vigueur» avec une modeste gravité et dans une majesté digne de la parole de Dieu, autant qu'il est possible.

Quand on vient aux mouvements et aux affections, il y faut employer au commencement une voix très modérée, puis l’élever et animer avec ferveur ; et sur la fin la pousser vivement, se gardant néanmoins des exclamations trop véhémentes, et des cris forcés et violents.

Les élévations courtes et ferventes qui se font de fois

à autre à Dieu, à Notre-Dame, aux Anges et aux Saints, et les apostrophes au pécheur, sont de grande efficace, comme celles-ci: « O Dieu! à grand Dieu! Ô bonté! 0 amour ! à excès !O justice de Dieu, que vous êtes formidable ! O Mère de Dieu, ayez pitié de nous ! O Anges, à Saints, priez le souverain Prédicateur qu'il parle aux | oreilles des cœurs, qu'il fasse voir et goûter l'importance de ces vérités, et qu'il les grave bien avant en tous ceux qui m'entendent !

« O0 homme, ouvre ici les oreilles: Qui habet aures audiendi, audiat. Qui audit, intelligat. :

« O chrétien, que tu es coupable, etc.

« O pécheur, que tu es cruel contre toi-même !

« O mon frère, mon très cher frère, aie pitié de tom âme, elec.

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