CHAPITRE XXIV
Car ils doivent être tels que la gravité et la modestie d'un prédicateur évangélique le demande, représentant d'une manière simple et naturelle par leurs gestes ce que l’on exprine par les paroles.
On ne doit pas non plus avoir toujours les mêmes gestes, ni faire les mêmes mouvements du Corps, mais en user diversement selon la diversité de la matière que l'on traite.
Il ne faut point frapper des mains l'une contre l’autre,
. si ce n’est rarement.
Il ne fart point non plus frapper la chaire, ni de la main, ni du pied, sinon quand la grandeur de la chose le requiert ; |
Ni courir d'un côté de la chaire à l’autre, quand elle est trop large ;
Ni être trop ee ou trop enfoncé dans la même chaire;
Ni jeter la moitié de son corps au dehors ;
Ni se courber par trop, ni s'accouder, mais demeurer droit, soit assis ou debout ;
Ni pencher trop la tête sur le devant, ou en arrière, ou
| de côté, mais la tenir droite ;
Ni lécher ou mordre ses lèvres ; Ni lever à toute heure les yeux au ciel: mais regarder
h son auditoire en gros ou en général, et personne en par- | ticulier ;
Ni étendre ou allonger par trop les bras ; Ni élever les mains au-dessus de la tête, ou les abaisser
au-dessous de l’estomac, ou les cacher derrière le dos,
ou les mettre sur les côtés ; Ni frapper de la main sur sa cuisse ou sur ses genoux,
M si ce n’est rarement et quand la chose dont on parle le
demande ;
Ni tenir les poings fermés, ni ouvrir par trop les doigts ; Ni souffler des narines, étant hors d'haleine :
Ni tousser ou cracher que dans la nécessité ;
Ni faire aucun autre geste, mouvement ou action contre la décence, gravité et modestie qui doit accompa=s gner un ministère si saint et si divin.
Voici comme en parle saint François de Sales : « Il faut, dit ce saint évêque, une action libre, noble, généreuse, naïve, forte, sainte, grave, et un peu lente.
« Libre, contre une certaine action contrainte et étudiée des pédants. |
« Noble, contre l’action rustique de quelques-uns qui font profession de battre des poings, des pieds, de l’estomac contre la chaire, et qui crient et font des hurlez ments étranges, et souvent hors de propos. -
« Généreuse, contre ceux qui ont une action craintive; comme s'ils parlaient à leurs pères, et non pas à leur. disciples et enfants. |
« Naïve, contre tout artifice ou affectation.
« Forte, contre certaine action morte, molle et sans ef ficace.
« Sainte, pour forclore les manières muguettes, cour tisanes et mondaines.
« Grave, contre certains qui font tant de bonnetades, à l'auditoire, tant de révérences, et puis tant de charla taneries, montrant leurs mains, leurs surplis, et faisant tels autres mouvements indécents. |
«Un peu lente, pour forclore une certaine action court et retroussée, qui amuse plus les yeux qu’elle ne bat au
cœur ?. »
Ce sont les propres termes de ce grand et saint Me Il faut se garder aussi de faire aucune action, en prê
chant la Passion du Vendredi saint, qui ne soit grave el
qui ne porte les auditeurs à une véritable compassion
des douleurs du Fils de Dieu souffrant et mourant. ç
| Salutations.
* Lettre à l'archevéque de Bourges.