CHAPITRE XXV
Les moyens dont il se faut servir pour émouvoir et toucher les cœurs.
Pour toucher et émouvoir les cœurs. qui est le principal but de la prédication, il faut faire ce qui suit :
1. Pratiquer soigneusement ce qui est écrit ci-devant, aux chapitres 4 et 5, savoir : au 4°, touchant les dispositions intérieures qui doivent précéder, accompagner et suivre la prédication ; et au 5°, en ce qui regarde la vie exemplaire que le prédicateur doit mener. Car la parole de Dieu a d'autant plus de force sur l'esprit et touche plus puissamment le cœur des auditeurs, qu'elle est mieux pratiquée par celui qui l'annonce.
2. Prêcher des vérités solides, et les bien prouver ; et pour cet eflet se servir des passages les plus forts de PÉcriture sainte et des saints Pères, des raisons les plus convaincantes et des exemples les plus conformes au sujet. Les mouvements et les affections qui sont tirées d'une vérité importante et bien prouvée, ont une force merveilleuse : et quand l’entendement est tout à fait convaincu, il est facile d’émouvoir la volonté.
3. Observer autant que l’on peut ce qui est porté dans les deux chapitres précédents, touchant la prononcia- Hion et l’action.
4. Être assidu et affectionné à l’oraison et méditation ; car c'est là que Dieu éclaire nos esprits pour nous faire voir l'importance et la beauté des vérités chrétiennes, et lqu'il embrase nos cœurs pour nous les faire goûter et aimer. Et quand nous en sommes bien persuadés et vivement touchés, nous avons une grande facilité de les \bien faire entendre aux autres et de les imprimer fortement dans leurs cœurs.
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Les vérités dont Dieu éclaire notre esprit dans l’orai= son, et par la considération desquelles nous sommes ex cités à le servir et à l'aimer, ont une vertu incomparas blement plus grande pour enflammer les cœurs, que celles que nous prenons seulement dans les livres, sans les avoir méditées et considérées devant Dieu. IL y & presque autant de diflérence entre celles-là et celles-ci, -qu'entre des viandes bien cuites et bien assaisonnées, eb d’autres qui seraient toutes crues.
De là vient que saint Grégoire le Grand’ et saint Thomas d'Aquin? disent que la prédication doit procéder de la plénitude de la contemplation comme de sa source, et que les prédicateurs doivent être comme les hommes parfaits, lesquels, sortant de l'oraison pleins des dou ceurs de l'infinie bonté de Dieu, donnent aux autres de leur abondance, et publient hautement les merveilles de sa divine Majesté.
C'est pourquoi le prédicateur apostolique ne saurait se servir d'un moyen plus puissant pour toucher les cœurs, que de faire précéder, accompagner et suivre de J'oraison, la préparation ou composition de son sermon pour y demander à Dieu des lumières, des grâces et des paroles, pour considérer et méditer attentivement devant lui les vérités qu'il veut enseigner, et pour en tirer pouË lui-même aussi bien que pour les autres toute l'instrug tion ettout le fruit que demande son ministère. Res quæ -seipsa non arserit, alium non accendit, dit saint Grégoire Or il n'y a point de cœur si glacé, qu'une bonne médi tation n’enflamme : /n medilatione mea exardescet ignisè 5. Le prédicateur étant bien pénétré et touché de la
l« De perfectis viris post contemplationem suam redeuntibus; dicitur (Ps. 44) : Memoriam suavitatis tuæ eructabunt, » S. Gregor, -Homil. 5 in Ezech.
?« Unum quidem (opus vitæ activæ) ex plenitudine contemplæ tionis derivatur, sicut doctrina et prædicatio. » Sum. theol. 1.2 -q. 188, art. 6,
3 Moral. 91, cap. 28. — ‘Ps. XXX VII, &.