CHAPITRE XXVI
losophie, de mathématique, de médecine, de jurispru-
dence, de paroles de rabbins, de mots grecs, hébreux,
syriaques, chaldaïques, d’antiquités païennes, et de “choses semblables, pour faire ostentation de leur science: ce qui s'appelle par saint Paul adultérer, profaner, cor- - rompre et déshonorer la saintelé de la parole de Dieu
par le mélange de tant de choses profanes ; Qui s’étudient extrêmement à faire parade de belles
paroles, de périodes carrées, de discours pompeux, de
pointes agréables, de fleurettes de rhétorique, de gentillesses mondaines. C'est de quoi saint Jérôme se plaint, disant qu'ils disposent leurs sermons comme on pare, non pas une dame d'honneur, mais une fille perdue qui est frisée, musquée, et lascivement ornée : Quasi merelricula quædam prodeat in publicum};
Qui, pour apprendre un langage mignard et l'élégance du siècle, lisent et étudient les romans, livres très pernicieux, lesquels, sous le masque d’un discours ajusté, et sous le miel de belles paroles, cachent un venin très subtil qui donne la mort à beaucoup d'âmes.
Enfin qui prêchent de telle sorte, que ceux qui sortent de leurs sermons s’en vont disant du prédicateur : Voilà un habile homme, d’une belle mémoire, il est savant, il dit des merveilles. Mais demandez-leur ce qu'il a dit, et
ce qu'ils remportent du sermon, ils n’en savent rien, et
ils s'en retournent l'esprit aussi vide et le cœur aussi
“froid que s'ils n’y avaient point assisté. Au lieu que les
vrais prédicateurs prêchent de telle manière que ceux qui les ont entendus s’en vont frappant leur poitrine, les larmes aux yeux, le cœur saisi de douleur pour leurs péchés et rempli de la crainte de Dieu et du désir de s’amender : Docente te in Ecclesia, dit saint Jérôme, non clamor populi, sed gemitus suscitetur ; lacrymæ auditorum laudes tuæ sint?.
\In Epist. ad Galat., lib. 3. — * Ad Nepotian. Epist. 2.
Quiconque se veut sauver en travaillant au salut d'au trui, et n être pas réprouvé après avoir prêché les autres, doit éviter toutes ces façons de faire des faux prédicateurs, comme la peste de la prédication évangélique,” et comme la cause de la perdition non seulement de plusieurs prédicateurs, mais encore d'un très grand. nombre de chrétiens. |
11. Surtout, surtout, je l'ai déjà dit, je le répète en-« core, et il faudrait le dire sans cessse à tous les prédica-" teurs : iln'y a rien qu'ils doivent tantappréhender et dont ils se doivent garder avec plus de soin et de vigilance, comme de la vanité : parce qu’il n'est que trop véritable qu'elle a précipité plusieurs prédicateurs dans les” flammes éternelles. Hélas! si le grand apôtre saint Paul nous déclare qu'il craint d’être damné après avoir prêché les autres, qui est-ce qui ne tremblera ? qui est-ce qui ne s'humiliera ? qui est-ce qui n'apportera tous les soins | possibles pour fermer toutes les portes de son âme à cette maudite vanité ? qui est-ce qui n’emploiera toutes sortes de moyens pour conserver et fortifier la sainte humilité dans son cœur, repoussant promptement toutes les | pensées et sentiments d'estime et de complaisance, se réfugiant de toutes parts dans le fond de son néant, rejetant les louanges des hommes comme du poison, renvoyant à Dieu seul tout honneur et toute gloire, et le | suppliant souvent de le préserver de l'orgueil et de lui” donner la vraie humilité ?