‹ Œuvres comple?tes du venerable Jean Eudes (volume 4)Chapitre 84 sur 309 · Les qualités d’un bon Confesseur · texte numérisé non relu

Les qualités d’un bon Confesseur

Le P. Eudes traite longuement des qualités re= quises pour administrer avec fruit le sacrement de Pénitence.

La première dont il s'occupe est le zèle pour lé salut des âmes. Il en faut beaucoup pour se dévouet au ministère obscur et fatigant du confessionnal: « Certainement, dit le P. Eudes, tous ceux que lé Fils de Dieu a associés avec lui dans son sacerdocé sont obligés d'entrer dans son zèle pour le salut des âmes, mais spécialement ceux qui sont employés à entendre les confessions. Car, comme ily à beau coup de travail en cet emploi, et qu'il s’y rencontré plusieurs épines et difficultés, ils ont besoin d'avoir beaucoup de zèle pour l’honneur de leur Maitre e pour le salut des âmes de leurs frères’, » Aussi l@ Vénérable s'étend-il longuement sur les motifs qui lui paraissent de nature à allumer la flamme du zèl@ dans le cœur des prêtres. Le chapitre qu'il y consacré

est le plus long du livre. Dans les anciennes édi üons, il n'occupe pas moins de 50 pages. Nous lan vons étudié dans l'Introduction au Mémorial de l& re ecclésiastique. Il est d'autant plus inutile d'y re* venir que, si Les idées du P. Eudes surcette matière sont très belles et très élevées, elles sont en mêmes temps très simples. Qu'il nous suffise donc de signa ler encore une fois ces pages d'une élévation etd’une piété admirables. Aucun prêtre ne les lira, croyons nous, sans se sentir pressé de sc dévouer corps el

1 Le Bon Confesseur!, 1. c.

* Le Bon Confesseur, ch. 11, au commencement.

e au salut de ses frères. Pour nous, nous ne pens pas qu'on ait jamais parlé du zèle avec des acts plus pénétrants et plus enflammés.

— Les qualités qui, avec le zèle, concourent à former le bon confesseur, sont, d'après le P. Eudes, la puisnce judiciaire, la science, la charité, la prudence, piété, la justice et la fidélité à garder le secret de la confession.

+ Le Vénérable traite longuement de ce qu'il appelle la justice » du confesseur. Il entend par là la fermeté du prêtre à sauvegarder les droits de Dieu, la inteté du sacrement de Pénitence et les rte spirituels des pénitents, en n'accordant l'absolution qu'aux pécheurs bien disposés, et en la différant ou nème en la refusant absolument aux autres. Tout

à l'heure, nous reviendrons sur celte grave question. … Quant aux autres. qualités requises chez les confesseurs. le P. Eudes en parle assez brièvement. Tousfois, dans le court chapitre qu'il consacre à chacune lelles, on trouvera d'ordinaire, avec des notions ès précises, des règles pratiques d'une grande sa- “cesse. Parfois aussi on y trouvera des avis auxquels le saint missionnaire attache une importance toute spéciale, el qu'il propose avec une singulière énergie. uand, par exemple, il traite de la piété, il enseigne bavec raison en pére qu en est rempli fera au

leur i inspirer les sentiments d'une sincère ‘dé votion et leur faire goùler combien Dieu est plein de douceur envers ceux qui le servent. « Mais, ajoute- “Lil, qu'est-ce que la piété? Le voulez-vous savoir et désirez-vous l'avoir ? exercez-vous en l'oraison menale et vous la connaïitrez et posséderez bientôt. Mais e vous déclare que, tandis que vous ne saurez pas ar expérience ce que c'est que l'oraison mentale,

vous ne saurez point ce que c'est que la véritabl

laquelle le P. Eudes nrt 1 charité envers les p cheurs. Le zèle dont il parle si longuement est dé jà un des fruits, ou micux, une des formes de fa cha rité. Mais le Vénérable demande qu'au saint tribunal on l’exerce avec une patience, une douceur, une bon: té qui aille jusqu'à la tendresse. C'est là pour lui un point capital. « La principale qualité d’un confes seur, dit-il, c'est la charité. Il doit être tout charité tout confit en douceur, tout rempli de mansuétude tout transformé en bénignité. Quand on monte en chaire pour y prècher la parole de Dieu, il y faut por ter des eanons et des foudres pour foudroyer le pé ché; mais il ne faut porter dans le confessionnal qu'un cœur plein de mansuétude et une bouche rem* plie de lait et de sucre, jamais de vinaigre, rien que de l'huile et du miel... La douceur, [en effet}, est iei toute puissante, mais l'aigreur gâte tout?. »

Le Vénérable ne se contente pas de consacrer à cette question un chapitre spécial du Bon Confesseuwr, y revient continuellement. Ayant à continuer l'œuvre de la rédemption du monde, écrit-il dès le premiet chapitre, vous devez agir dans la charité, patience et humilité avec laquelle le Fils de Dieu l’a accompli:

est pénible, muis vous devez vous souvenir qu'il er a beaucoup coûté à notre Rédempteur pour racheten nos âmes, ct qu'il est bien raisonnable qu'étant as sociés à sa qualité de Sauveur, nous participions aux travaux et souffrances qu'il a portées pour opérer I

1 Le Bon Confesseur, ch. VIII.

* Le Bon Confesseur, ch. V.

d INTRODUCTION 131

salut du monde, et que nous imitions sa grande patience, ne témoignant jamais d’être pressés, ni d'a-

voir hâte, ni de ressentir aucune peine. » À la fin de

son livre, le pieux auteur revient une fois encore sur

cette question. Lisez ce qu'il à écrit, en forme de

conclusion, sur la manière de convertir les pécheurs :

vous verrez que c'est un dernier et pressant appel à la charité et à la douceur.

La charité pourtant ne doit pas dégénérer en faiblesse. Le P. Eudes le repète souvent, et il recom-

mande aux confesseurs de se montrer fermes à

maintenir les droits de la justice divine en n'accordant le bienfait de l’absolution qu'aux pécheurs vraiment repentants etdécidés à changer de vie.

A l’époque du Vénérable, les Jansénistes demandaient qu'on se monträt d’une exigence outrée au tribunal de la Pénitence. « Ils veulent, ditle P. Eudes,

won diffère l’absolution des années entières pour des péchés d'habitude et des péchés mortels où il ny à point encore d'habitude, et même pour des péchés véniels, chose qui est trop sévère el qui n’est point faisable dans la corruption du siècle d’aujourd'hui ; car, si on suivait cette règle, on éloignerait tous les chrétiens de la participation des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie, on jetterait tout le monde dans le désespoir, et on fermerait Les églises et par conséquent le paradis à la plupart des fidèles *. » Les faits n'ont que trop justifié les prévisions du P. Eudes. Partout où les principes jansénistes ont prévalu, les fidèles ont abandonné complètement la fréquentation des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie, et sont bientôt tombés dans l'indifférence etl'irréligion. Peut-être est-ce là le résultat que poursuivait la secte.

l Le Bon Confesseur, ch. VIII, sec. 4.

À côté du rigorisme janséniste, le laxisme avai d'ailleurs ses partisans.

On connait les clameurs des écrivains jansénistes contre ce qu'ils appelaient la « morale relâchée des casuistes de la Compagnie de Jésus. Inspirées par la haine, ces protestationsindignées n'étaient d'or dinaire que de pures calomnies. La preuve pourtani qu'à cette époque le laxisme n'était pas une chimère: cest qu'Alexandre VIT en 1665 et 1666, et Innocen XI en 1679, eurent à condamner, comme portan atteinte aux légitimes exigences de la morale chré tienne, un certain nombre de propositions défendues par des casuistes téméraires. L'Apologie des casuistes du P. Pirot, jésuite, fut également condamnée pour les mêmes motifs ‘. C'est pour combattre le laxisme que l’Assemblée du Clergé de 1657 fit réimprimer 168 Instructions de saint Charles aux confesseurs, tr duites en français par l'archevêque de Toulouse. Er les adressant aux Évêques du royaume, les membres de l’Assemblée dénoncçaient le péril qu’ils voulaient conjurer. « Il y à grand danger, disaient-ils, que les confesseurs ne s'engagent dans certaines opinions modernes, qui apprennent à tenir toutes choses pro= blématiques, et à chercher les moyens, non pas pour exterminer les mauvaises habitudes des hommes, mais pour les justifieret pour leur donner l'invention de les satisfaire en conscience. Car, au lieu que Jé

*« Dans une mission que le P. Eudes préchait à Évreux, pendant qu'il jetait publiquement des livresjansénistes dans un grand feu) allumé pour cela, un novateur Qui était rrésent voulut voir s’il eni ferait autant d'un autre qu’il avait apporté exprès, et qui favorisaif le relâchement de la morale. 11 portait pour titre: Apologie des casuisles ; il a été censuré depuis. Le lui ayant présenté, il lui demanda tout haut: « Et celui-ci, mon Père, qu'en dites-vous ? faut-il aussi le brûler ? » Le saint homme l'ayant vu : « Qui en, doute, Monsieur? répondit-il. Oui, il faut le brûler comme le autres. » Hérambourg, Vertus du P. Eudes, ch. XXX. Cf. Maynard, Saint Vincent de Paul, tom. 2, p. 374. :

“us Christ nous donne ses préceptes et nous laisse ses exemples, afin que ceux qui croient en lui y obéissent et y accommodent leur vie, le dessein de ces Auteurs parait être d’accommoder les préceptes et les règles de Jésus-Christ aux intérêts, aux plaisirs et ux passions des hommes, tant ils se montrent ingé- “nieux à flatter leur avarice et leur ambition par des ouvertures qu'ils leur donnent pour se venger de leurs ennemis, pour prèter leur argent à usure, pour entrer dans les dignités ecclésiastiques par toutes sortes le voies, et pour conserver le faux honneur que le monde a établi par des voies toutes sanglantes. »

« Outre cette corruption de la doctrine, ajoutent mes représentants du Clergé, nous avons été sensible- ment touchés de douleur, voyant la facilité mal- “heureuse de la plupart des confesseurs à donner jabsolution à leurs pénitents, sous des prétextes pieux de les retirer peu à peu du péché par cette douceur, et de ne les porter pas dans le désespoir ou ans un entier mépris de la religion. »

“… Dansle Bon Confesseur., le P. Eudes s'élève également, et avec beaucoup de force, contre les prètres qui, par ignorance ou par faiblesse, n'osent refuser mi différer l’absolution aux pénitents insuffisamment disposés. « Un des grands maux qu'il y ait mainte- «nant au monde, dit-il, c'est celui qui procède partie de l'ignorance, partie de la négligence et lächeté de “plusieurs confesseurs, qui absolvent indifféremment

fous ceux qui se présentent à eux, sans considérer s'ils ont les dispositions nécessaires où non. Tout passe chez ces confesseurs : ils ne trouvent rien ni trop court

ni trop long. qui est un très grand mal dont la di- …vine vengeance a fait des châtiments effroyables.! » Le P. Eudes supplie les confesseurs de ne pas se

1 Le Bon Confesseur, ch. VIII, sec. 4.

laisser entraîner par cette lâche complaisance quil qualifie de « fausse charité »et de « cruelle miséri

corde. » Il les presse d’avoir le courage de refuse l'absolution aux indignes, et àmoins de circonstance extraordinaires, de la différer aux pénitents bie disposés jusqu'à ce qu'ils aient réparé, quand ils peuvent, le tort fait à autrui, quitlé l’occasion lontaire, ou rompu avec des ‘habitudes coupables Ce sont les principes que saint Charles donnait à ses prêtres, que saint Vincent de Paul inculquait à ses missionnaires !, et que plus tard saint Liguor défendit dans sa théologie morale. Le P. Eudes re gardait le délai d'absolution, dans les cas indiqués par lui, comme l'unique moyen d'arracher les pén tents à d’incessantes tergiversations et à de funestes illusions. Il a fait de sa nécessité l’objet d’une {hèse enrègle, qu'il prouve par les Conciles, les Pères, les théologiens, la raison et l'expérience, en ayamt soïmk de plus, de réfuter les objections qu'on allègue l’encontre, et d'indiquer la manière de la réduire et pratique. On lira celte longue thèse dans le livre du

naire recommande de bien expliquer aux pénitent qu'en leur différant l'absolution, on ne cherche qu leur bien spirituel. Il veut d'ailleurs qu'on ne l& diffère que « pour quelques jours », et que, dans la pratique, on sache « tempérer la rigueur par 1 douceur, et Joindre la miséricorde avec la justice, de telle sorte que l’on donne pourtant davantage aux sentiments de la miséricorde qu'à ceux de la justice.

l« Les missionnaires Ce Saint-Lazare n'absolvaient pas à là hâte. Ils différaient l'absolution dans les occasions prochaines, les inimitiés, les habitudes invélérées ou fréquentes, les injustices è réparer, et ils la retenaient définitivement si l'on refusait récon ciliation, restitution, interruption et rupture. » Maynard, Saint Vincent de Paul, tom. 2, p. 412. i 2 Le Bon Confesseur, ch. VIIL, sec. 7. Ê :

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