CONSTITUTION XXVIII
Du SILENCE.
Il faut bien dire que le Silence soit une chose merveilleusement sainte et agréable à Dieu, puisque Notre-Seigneur Jésus-Christ qui est le Verbe et la Parole éternelle du Père, et qui est venu en ce monde pour parler aux hommes, et qui avait tant de choses grandes et importantes à dire, et de la bouche duquel il ne pouvait rien sortir qui ne füt très saint et divin, a voulu néanmoins demeurer si longtemps dans le silence, durant l’é- ‘tat de sa sainte Enfance, durant les trente ans de sa vie cachée, durant les quarante jours de sa retraite dans le désert, et qu'il y est encore depuis plus de seize centsans, et y sera jusques à la fin du monde dans le très saint Sa-
— crement. Certainement ce très adorable Sauveur n'étant venu en la terre que pour glorifier son Père, et pour nous montrer par son exemple les moyens qui sont les plus propres pour l’honorer et pour sanctifier nos âmes, et ayant choisi et pratiqué celui-ci si particulièrement, il faut conclure qu'il est très excellent et très puissant pour nous conduire à cette fin; vu encore que la très sacrée Vierge sa Mère et tous les Saints se sont efforcés de le suivre spécialement dans cette voie, qui est une des plus courtes pour aller à Dieu et à la perfection chrétienne : l'apôtre saint Jacques nous assurant que la personne qui ne pèche point en ses paroles est parfaite‘ ; et qu'au con-
1. « Si quis in verbo non offendit, hic perfectus est vir. » Jacob. III, 2.
traire celle qui s'estime religieuse, et qui pourtant ne sait point refréner sa langue, se séduit soi-même et n'a qu'üne vaine et fausse religion‘. C'est pourquoi les Sœurs, à limitation de Notre-Seigneur et de sa ttrès sainte Mère, auront une affection extraordinaire pour le silence, et prendront un soin particulier de le garder aux temps et aux lieux suivants.
« Le premier silence commence depuis le premier son « « de Matines, jusques après Prime du jour suivant.
« Le second, dès qu'on a sonné le dernier coup du di- « ner, jusques à la récréation.
« Le troisième, depuis la fin de la récréation, jusques Vépres. !
« Le quatrième, depuis qu'on asonné Complies, jusques « à la récréation du souper.
« En tout temps le silence s’observe au chœur, au dor- « toir et au réfectoire, sans que l’on y puisse parler que « pour des occasions nécessaires?, » encore brièvement et tout bas. S
Hors letemps des récréations, on doit aussi s'abstenir de parler, si ce n’est en passant, et en des choses qui ne soient pas vaines et inutiles.
« On peut néanmoins parler en tout temps à la Supé- « rieure, et les Novices à leur Maîtresse, quand il est « nécessaire.
« Aux jours de jeûne, le silence s'ohserve dès Terce, « jusques à la récréation du diner, et depuis la fin de la « récréation jusques à trois heures. »
1. ;« Si quis autem putat se religiosum esse, non refrenans linguam suam, sed seducens cor suui, hujus vanaest religio. » Id. I, 26. 2. Const. de la Visit., c. X. |