‹ Œuvres comple?tes du venerable Jean EudesChapitre 18 sur 394 · IV. — L'ESPRIT DES CONSTITUTIONS. LEUR VALEUR · texte numérisé non relu

IV. — L'ESPRIT DES CONSTITUTIONS. LEUR VALEUR

La conclusion qui se dégage de l'étude que nous venons de faire, c'estque l'esprit des Constitutions de Notre-Dame de Charité est, avant tout, un esprit de charité, mais.d'une charité douce, aimable, patiente, miséricordieuse, pour tous les membres de la Com-

prouvent ces paroles du P. Eudes dans le Royaume de Jésus, part. 2, $ XX VIT : « Remarquez que je parle des choses extraordinaires, et non pas des aclions qui sont communes el ordinaires à Lous les vrais servileurs el servantes de Dieu, comme de communier souvent, de se mettre à genoux pour le moins matin et soir afin de rendre à Dieu ses devoirs.…, d'accompagner le Saint-Sacrement dans la rue quand on le porte à un malade, de morlifier sa chair par le moyen du jeüne, ou de la discipline, ou de quelque autre pénitence. » 1. Origines, p. 146.

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munauté ; d’une charité compatissante et prèle à tous

— les sacrifices pour le bien des pauvres pénitentes dont

les Religieuses ont tant à cœur d'assurer le salut. C'est l'esprit même de celle que l’eglise appelle la Mère de belle dilection et le Refuge des pécheurs ; et c'est en effet dans le Cœur de cette bonne Mère, que les filles du B. P. Eudes vont le puiser.

Que si l'on veut savoir en quoi cet esprit diffère de celui de la Visitation, nous estimons qu'il s’ distingue uniquement en ce quil comporte un élément nouveau, savoir un zèle ardent pour le salut des âmes. Le P. Ory y a vu une autre différence : « Dans les Constitutions de la Visitation, écrit-il, on a dit que la force était cachée sous la suavité;

dans celles de Notre-Dame de Charité, il nous pa-

raît que c'est la suavité qui estcachée sous la force ‘. » Cette appréciation nous semble peu fondée. Dans tout ce qui touche au régime de vie, au gouvernement de la Communauté et aux relations des Sœurs entre elles, Les Constitutions de Notre-Dame de Charité ne sont pas plus austères que celles de la Visitation. La douceur ne s’y cache pas sous la force, elle s'y étale complaisamment, et l'on peut dire de ces Constitutions, comme de celles de la Visitation, que, tout en visant à mortilier la nature et à donner aux àmes la vigueur que comporte la vie religieuse, elles sont la ‘douceur même.

En écrivant la vie de la Mère Marie de Sainte-Euphrasie, M. Pasquier et M. Portais ont été amenés à

apprécier les Constitutions de Notre-Dame de Cha-

rité. Ils en ont fait l'un et l’autre un bel éloge que nous nous reprocherions de ne pas citer.

1. Origines, p. 144145. Parmi les chapitres où il trouve que la force se fait surtout sentir, le P. Ory signale celui de la correction -et des pénitences. Hormis peut-être deux paragraphes assez courts, il est emprunté textuellement aux Constitutions de la Visitation.

FOURERIER

« Le P. Eudes, dit M. Pasqulie adopla pour ses filles la Règle de saint Augustin et les Constitutions des Religieuses de la Visilation, saufquelqueschangements rendus nécessaires par la fin particulière qu'il se proposait. Il ajouta aux (rois vœux ordinaires celui de travailler au salut des àmes pécheresses ; c'est encore le quatrième vœu des religieuses de Notre-Dame de Charité. Dans un style limpide, clair comme celuides meilleurs écrivains du dix-septième siècle, il représente aux Sœurs du Refuge, la beauté surnaturelle de leur vocation. On dirait des méditations de Bossuet sur la grâce etle ministère du prêtre, tant les vues du P. Eudes sont profondes, tant elles sont lumineuses dans l'exposé qu'il en fait. Avec lui, comme avec Bossuet, on se sent sur le terrain solide de la théologie la mieux autorisée. On le suit sans fatigue dans ses considérations simples et atitrayantes tout à la fois. Messieurs de Saint-Sulpice n avaient pas un autre langage ni des aperçus plus élevés pour attacher à la méditalion de leur vocation les clercs qu'ils recueillaient alors dans leurs premiers Séminaires'. »

« Le P. Eudes, dit M. Portais, imposa à ses Religieuses la Règle de saint Augustin, telle que saint François de Sales l'avait prescrite aux Filles de la Visitation, en se réservant d'y joindre, dans la suite, des Constitutions conformes aux besoins particuliers etaux emplois de l’Institut. Ce n’est qu'après l'appro- : bation de l'Ordre par Alexandre VIT, quil put mettre les Règles et Les Constitutions en état d'être impri-

1. Vie de la R. Mère Marie de Sainte-Euphrasie, tom, 1, p. 36. Le B. P. Eudes prêchait également aux ordinands dàäns ses Séminaires, et aux prètres dans les conférences qu'il leur faisait, la magnifique doctrine contenue-dans la première constitution des Sœurs, et nous avons dit ci-dessus qu il l'a longuement et superbement développée dans son livre du Bon Confesseur.

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. mées : il y donna tous ses soins, avec la Mère Patin

et les deux Supérieures qui lui succédèrent. Par respect pour l'œuvre de saint François de Sales, il ne changea rien au Directoire spirituel ; et, s'il ne suivit pas le même ordre, il ne modifia pourtant les

. Constitutions des Visitandines que dans la mesure

du nécessaire. Mais il plaça en tête, avec des Souhaits et prières pour les Religieuses de Notre-Dame de Charité, une admirable Constitution sur la fin de l'Institut et les motifs qui doivent porter celles qua le professent à en faire de bon cœur les fonctions. Enfin il dressa des Règlements pour les filles et femmes penitentes, Voulant avant tout qu'elles fussent entièrement séparées de la Communauté. L'ensemble de ce travail constitue un véritable chef-d'œuvre: tout y est réglé en détail avec une sagesse, une mesure,

un fact, une prévoyance incomparables ". »

Observation sur la présente édition.

Le texte que nous reproduisons est celui de 1682. C’est le seul qui soit en entier l'œuvre du P. Eudes. Toutefois, nous indiquerons en note les passages, peu nombreux d’ailleurs, qui sont différents dans les éditions de 1670 et de 1737.

De plus, nous placons entre guillemets les passages empruntés textuellement, ou à peu près, aux Constitutions de la Visitation. De la sorte, le lecteur

pourra, d'un coup d'œil, discerner ce que le : B. P. Eudes a emprunté à saint François de Sales,

de ce qu'il a tiré de son propre fonds.

1. La V. Mère Marie de Sainte-Exphrasie Pelletier, 2 édit., Introduction, p. 10.

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