‹ Œuvres comple?tes du venerable Jean EudesChapitre 17 sur 394 · Gouvernement et emplois · texte numérisé non relu

Gouvernement et emplois

Les dernières constitutions ont pour objet legouvernement de la Communauté, et les divers emplois qui sont confiés aux Sœurs. Le B. P. Eudes les a empruntées en entier à saint François de Sales, dont il se borne à reproduire le texte, en y faisant à l’occasion quelques coupures ou quelques additions.

Suivant l’usage du temps, les diverses maisons de l'Ordre de Notre-Dame de Charité sont indépendantes les unes des autres, et entièrement soumises à la juridiction de l° Ordinaire, qui seul y a droit de visite. Toutefois, à la tête de chaque Communauté se trouve d'ordinaire un Supérieur ecclésiastique, distinct de l’Évêque, et que les Constitutions désignent sous le nom de « Père spirituel ». ILestchargé de veiller aux intérêts spirituels et temporels du couvent, mais il n'intervient que dans les questions importantes.

Un autre prêtre est attaché à la Communauté en qualité de confesseur ordinaire. Il ne suffit pas qu’il soit pieux: il doit être homme de science et d'expérience. C'est l’ange visible député à la conservation des âmes du monastère. Les Sœurs doivent avoir

pour lui le plus grand respect, et, à son tour, il doit se souvenir qu'elles sont les épouses de Jésus-Christ, et les traiter avec une grande charité.

Le gouvernement intérieur de la Communauté est confié à une Supérieure élue, pour trois ans, au scrutin secret, et qui ne peut l'être que deux fois de suite. Après sa déposition, elle prend le dernier rang parmi les Sœurs, et elle le garde durant un an. Pendant qu’elle esten charge, la Supérieure doit être l'âme de la Communauté, tant par sa sollicitude maternelle à l'égard des Sœurs, que par le bon exemple qu’elle doitleur donner en toutes choses. Elle doit procurer que la règle soit observée ponctuellement, que la charité fleurisse dans la maison, et pour cela elle doit « ouvrir sa poitrine maternelle » à toutes les Sœurs, afin qu'elles aient recours à elle avec confiance dans leurs doutes et leurs difficultés. Une fois par mois, les Sœurs vont lui rendre compte de leur conduite et de leurs dispositions, afin de recevoir de sa part les conseils et les encouragements dont elles ont besoin.

| En cas d'absence. la Supérieure est remplacée par une Assistante. Elle a en outre, pour la seconder dans legouvernement de la Communauté, un conseil de quatre Sœurs qu’elle choisit elle-même après son élection ; mais, en dehors des questions qui relèvent du Chapitre, les Conseillères n’ont que voix consultative, et la Supérieure n’est pas tenue de suivre leur avis.

Enfin, dans chaque Communauté, il doit y avoir une Maîtresse des novices, des Surveillantes, une « Aide » chargée d'avertir la Supérieure des fautes qu'elle peut commettre dans le gouvernement de la maison, une Econome et diverses Officières, qui trouvent toutes, dans les Constitutions, les règles de leur emploi.

Ces règles, d’ailleurs, comme toutes celles que contiennent les Constitutions, n’obligent pas sous peine de péché, soit mortel, soit véniel. Cependant, avec saint Francois de Sales, le B. P. Eudes avertit les Sœurs qu'il est rare qu’on les transgresse volontairement sans encourir une certaine culpabilité, à moins qu'on ne le fasse pour des causes légitimes, avec une dispense obtenue ou présumée.

5, — Règlement des Pénitentes.

À la suite des Cons'itutions des Religieuses, se trouve le Règlement des pénitentes, qui toutefois ne fait pas corps avec elles. Le Bienheureux exige que les pénitentes soient complètement séparées de la Communauté, et qu'elles n'aient de communication qu'avec les Sœurs chargées de les diriger. Celles-ci doivent être choisies parmi les Religieuses les plus anciennes, et, par prudence, le Bienheureux veut qu'on les change de temps en temps. Elles ne restent au milieu des pénitentes que durant le jour ; le soir, elles rentrent dans la partie du couvent réservée à la Communauté. Seulement, leur cellule doit avoir une ouverture sur le dortoir des pémitentes, afin que, en cas de besoin, elles puissent se rendre

-compte de ce qui s’y passe.

Nous avons vu plus haut que le B. P. Eudes fut obligé d'adopter ces dispositions pour obtenir l'approbation de l’Ordre. Abandonné à lui-même, peut-être .eût-il été moins exigeant, car il était convaincu que des âmes assez généreuses pour se dévouer à l’œuvre des repenties, n'avaient pas à craindre de se souiller à leur contact. « Il est impossible, disait-1l aux Sœurs, que Notre-Seigneur laisse tomber dans le péché celles qui, pour l’amour de lui, aident

les autres à en sortir. La pureté ne peut se souiller lorsqu'elle est avec la vraie charité, pas plus que les rayons du soleil avec la boue. Rejetez [donc] toutes ces vaines craintes, et ayez confiance en celui qui vous à appelées. Si vous vous défiez de vous-mêmes pour ne vous appuyer que sur lui, il ne se retirera pas pour vous laisser tomber". » Dans ses entretiens aux Sœurs, le Bienheureux revenait souvent sur cette pensée, et, au dire du P. Ory, c'est une tradition constante dans l'Ordre, qu’il tenait ce langage en s'appuyant sur des assurances venues du ciel?.

À bien des égards, la. vie des pénitentes, telle qu'elle est réglée par le P. Eudes, se rapproche de celle des Religieuses.

Elles se lèvent à cinq heures, et se couchent à dix heures. Le matin, elles font une demi-heure d'oraison et assistent à la sainte messe ; après les repas de midi et du soir, elles ont une heure de récréation ; le reste de la journée, elles s'appliquent au travail. Elles peuvent faire cependant, à des heures marquées, quelques lectures pieuses dont elles ont à rendre compte à leurs maîtresses ; ef de plus, elles récitent, matin et soir, pendant leur travail, le chapelet de la sainte Vierge. Elles peuvent aussi chanter quelques cantiques spirituels, sauf à certains moments de la Journée où le silence est de rigueur.

Pour expier leurs fautes passées, les pénitentes doivent s'exercer à la pratique de l'humilité, de l’obéissance et de la mortification. Comme les religieuses, elles doivent jeûner tous les vendredis et la, veille des principales fêtes dela sainte Vierge ; comme

elles aussi, elles doivent prendrela discipline le vendredi :. |

À. Ory, Origines, p. 143. — 2. Origines, 1. c. 3. La pratique du jeùne et l'usage de la discipline n'étaient pas rares au XVII[° siècle, même chez les simples fidèles, comme le

Ce règlement suppose évidemment que les pénitentes sont venues d'elles-mêmesau monastère, avec la volonté de réparer leurs désordres antérieurs : et c'est ainsi que l’œuvre fut organisée au début. II faut en tenir compte pour apprécier les règlements du fondateur. Ils visent à aider les âmes de bonne volonté, et à les conduire de l'abime du péché aux sommets de la perfection chrétienne, où il n’est pas rare qu'elles arrivent réellement.

Appliqué à des jeunes filles placées de force dans le monastère, il peut paraître un peu austère ; mais tempéré suivant les exigences des temps et des lieux, par la sagesse et la bontédont les filles du B. P. Eudes ont la tradition, il constitue pour elles la meilleure des corrections, en les forçant à réfléchir et à dompter leur légèreté, source ordinaire de leurs dérèglements. Tous les jours, dit le P. Ory, il produit ces salutaires effets, et bien des âmes, après l'avoir subi par contrainte, l'acceplent avec bonheur et le suivent fidèlement jusqu'à la mort".

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