EXERCICE
Pour les trois jours que les Sœurs sont en solitude pour se préparer à recevoir le saint Habit :.
pe prendront dans Dupont, pour sujetde leurs médi tations, celles qui sont marquées ici.
Le premier jour sera de la Nativité de Notre-Seigneur où elles considéreront attentivement comme ilse dépouille de sa gloire pour se revêtir de notre mortalité. Avec quelle affection ne doivent-elles pas quitter leur habit du monde, pour se revêtir de celui de la Religion, lequel les ornera de l’immortelle gloire, si elles sont fidèles !
Le second jour, elles prendront le sermon que Notre Seigneur fit des huit Béatitudes, pour s'échauffer à pratique de ces véritables vertus à quoi elles sont appeæ lées, et dont il faut que leurs âmes soient revêtues, si elle veulent avoir part à la gloire des Bienheureux. Li
Le troisième jour, elles prendrontcomme Notre-Seigneui | fut couronné d’épines, bafoué et moqué des Juifs. Qu'elle | fassent pénétrer à leur cœur la douleur que ce doux] Sauveur sentait et la confusion qu'il recevait, a yant,sa] face toute couverte de sang et de crachats. Avec quelle
4. 1er Coutumier, 1, p. 25. Nous ne savons pourquoi ces pages on 1 été supprimées dans le 2° Coutumier.
ferveur et amour doivent-elles prendre le voile de la Religion, pour imiler en quelque sorte leur Sauveur, et afin qu lun jour elles puissent voir sa divinité tout à découvert et sans voile !
« Et parmi ces jours de retraite, elles s'occuperont à lire les considérations suivantes, propres à leur entretenir les bonnes affections quelles auront eues à l'Oraison chaque
jour
Au premier jour.
» Il faut considérer que la cérémonie de quitter et se dévêtir des habits du monde, sigpifie qu'il se faut dépouiller du vieil homme, c'est-à-dire de toutes les habi- “tudes mondaines et séculières, comme aussi des inclina- “tions de la nature pervertie, non en désir seulement, mais ven effet. Car, ainsi que l’on change d'habit extérieur, il faut changer l'intérieur en quittant les maximes dans lesquelles on a vécu jusqu'alors et que le péché a causées “par sa corruption en nous : afin quétant ainsi dévêlue, Von se puisse revêtir du nouvel homme, ce qui n'estautre “que marcher en sainteté, justice et vérité devant Dieu, qui est l'heureux état auquel il nous avait créés avant le péché. et la sainte Religion étant un acheminement à la rénovation de cette première innocence.
Il faut graver dans son esprit que ce que l'on entreprend est de faire tout le contraire de ce que l’on a fait jusques à présent ; car la Religion est le monde renversé. Le monde aime les plaisirs, les richesses, les grandeurs, la liberté : et les vrais disciples de Chi aiment les souffrances, la pauvreté, l'humilité et l’obéissance, afin d'être plus conformes à leur Époux, et de pratiquer ce qu'il a dit : « Quiconque veut être mon disciple, ‘a ‘il renonce à soi-même, prenne sa croix et me suive.
Le second jour.
Il faut considérer que la robe blanche qu'on recoit sis gnifie la candeur, pureté et constance qu'il faut avoir toute sa vie d'anéantir et détruire ses passions, inclina* tions et mauvaises habitudes, pour faire régner en soi raison, l'esprit de la Religion et les maximes du Fils d& Dieu. Car, outre la semonce que Notre-Seigneur fait à tous les Religieux de le suivre, les Filles de la Charité son particulièrement conviées d'imiter la vie conversanteel laborieuse de Jésus-Christ en terre et de ses Apôtres, ef travaillant au salut des âmes ; et quiconque n'aura | courage d'entreprendre cette perfection, elle aura tout sa vie beaucoup de peine, et au bout elle n’aura rien fait qui vaille. Leur entreprise est donc d’aimer la pauvreté d'esprit, les larmes, la débonnaireté, la persécution pou la justice et le reste des Béatitudes, que le monde estime pour son malheur : et elles mêmes jusques à présent on fait ainsi.
La robe et le scapulaire leur sont aussi donnés comme une marque des livrées du Cœur sacré de Jésus et de Marie, afin que tous leurs cœurs soient autant d'images vivantes de l'amour très pur, de la charité très excel lente, de l'humilité très profonde, de l’abnégation de soi-même, du parfait mépris du monde, du zèle très ar dent du salut des âmes, et de toutes les autres vertus
Et étant ses épouses, qu'elles ne s'étonnent jamais de se voir dans l'exercice de ses divines vertus, et surtout dé la patience et compassion envers les pauvres âmes dés voyées: puisque, recevant l'honneur d'être épouses el compagnes de Jésus-Christ en l'ouvrage du salut des âmes, elles s’obligent de passer toute leur vie en ce saint
et partant, elles participeront là-haut à sa gloire à toute “éternité. Mais qu'elles ne se trompent pas elles-mêmes : car la Religieuse qui ne fera ces choses qu’en écorce, se trouvera, à la fin de ses jours, les mains vides, et respon- Sable des moyens que Dieu lui a donnés pour son avancement.
Le troisième Jour.
Elles considéreront que le voile blanc qu'elles recoivent leur signifie plusieurs choses.
«La première est qu'elles ne doivent avoir d’autre objet pour contenter leur vue, que leur doux Sauveur qui, pour l'amour d'elles, a bien voulu être voilé en sa Passion d'un “voile d'opprobre et de moquerie.
| En second lieu, que c'est pour cacher à leurs yeux non
seulement extérieurs, mais encore intérieurs, toutes les vanités, pensées et souvenirs du monde, afin que plus facilement elles s'occupent en Dieu leur souverain bien. | … En troisième lieu, qu'il dénote la pureté tant intérieure “quextérieure qu'il faut avoir au service de Dieu ; et par- “ant, qu'il faut retrancher tout ce qui peut déplaire aux | yeux de notre divin Sauveur, lui gardant une fidélité très
Wexacle, en faisant tout ce que l’on voit et connaît lui être plus agréable.
Ce voile est aussi donné en signe de sujétion, tant envers Dieu qu'à l’endroit des Supérieurs et Supérieures Métablies sur elles.par la providence de la divine Majesté. Elles ajouteront aussi que la lumière corporelle qu'elles reçoivent par le cierge qui leur est donné, leur est une marque de la lumière et amour intérieur qui consommera heureusement leur cœur, si elles sont fidèles à la véritable pratique des vertus que cet habit leur signifie, et à quoi il les exhorte. Notre Seigneur leur en fasse la grâce!
Le jour de l’Habit, elles prendront pour leurs méditations le Crucifiement de Notre-Seigneur, ainsi qu'il ensuit.
Première Considération
Elles considéreront attentivement comme Notre-Seis gneur, tout le temps de sa vie, avait désiré d’un ar dent désir cette heure heureuse pour nous et pénible pour lui ; etl'amour qu'il portait à son Père éternel et a salut des âmes lui fit faire choix de mourir sur la croix, où il enseigne parfaitement bien comme il se faut dé pouiller, se revêtir et être voilé.
Étant donc arrivé sur le mont de Calvaire, on lui Ôôtesa robe, laquelle était collée à son sacré corps, à cause dé ses plaies. Hélas! ce lui fut une douleur incomparable#
sait ; mais sachant le bien qui en devait résulter, il plaît et se complaît en cette souffrance.
ment de mes habits séculiers, mais aussi des mauvaise habitudes dont mon âme a été revêtue jusques à présent, puisqu'en effet la peine que j'y aurai n’est que des roses au prix de vos amertumes, lesquelles eussent été insups portables à tout autre qu'à votre bonté? Oh! je le veux de tout mon cœur ; mais, mon Dieu, à même temps re vêtez-moi de la force et constance nécessaire à l'exéct tion, et la gloire en sera vôtre.
Seconde -Considération.
Et après, l'on met cet amoureux Jésus sur la croix, I& quelle fut la robe nuptiale dont il s’est revêtu. Il s y laisse clouer et attacher fortement, mais plus encore parles chaines de l'amour qu'il nous portait, que par Jes clous qui le soutenaient, et en telle sorte qu il n'en vot lut point être Ôté qu'après y avoir rendu son esprit à s0n Père.
… Avec quel courage ne doivent-elles pas s'attacher à Cette vocation, pour l'amour de leur Maitre et Seigneur ! Hélas ! peuvent-elles dire, pourquoi ai-je tant tardé de Venir embrasser ce bien qui ne se peut exprimer? Et puisque, Ô mon Dieu, votre bonté me l'offre, je le prends ét m'attache de tout mon cœur à cette sainte vocation.
Mais, Ô mon Sauveur, en me revêtant de cet habit extérieur, ornez-moi aussi de votre sainte grâce et de votre pur amour, afin que ces biens me tiennent plus fortement attachée à vous que l'habit même, et que je ne le quitte point qu'après avoir rendu mon âme entre vos saintes mains.
Troisième Considération.
… Notre doux Sauveur étant élevé en la croix, fut voilé par le peuple ; mais ce fut un voile d’opprobre et de confusion, d’ignominie et de blasphèmes, qu'ils lui donnaient pour cacher la face de sa divinité. Aussi elle ne paraissait pas ; car en cetétat, on ne l’eût jamais pris que pour nhomme mortel, excepté ceux à qui sa bonté en donnait connaissance.
Avec quelle ferveur doivent-elles recevoir le saint Voile de la religion, pour se cacher aux yeux du monde, sbn être vues ni connues que de leur Sauveur et de ceux “qui sa bonté les donnera à connaître !
0 mon cher Sauveur, diront-elles, hé quoi ! vous choisissez pour vous le voile de douleur et d'amertume, et >elui que vous me donnez n'est que suavité ! Vous parlagez ainsi, à cause de ma faiblesse, et je l’accepte de tout non cœur ; mais faites-moi la grâce que je le reçoive dinement. Que je ne voie plus que vous, que je ne pense lus qu'en vous, et que je fasse tout purement pour ous. C’est ce que je vous demande de toutes les forces e mon âme, par tous vos mérites et ceux de votre sainte: ère, afin que je chante éternellement vos louanges et oïe votre sainte face dedans votre éternité. Amen.