‹ Œuvres comple?tes du venerable Jean EudesChapitre 2 sur 394 · LL — COMMENCEMENTS DE L'ORDRE DE NOTRE-DAME DE CHARITÉ · texte numérisé non relu

LL — COMMENCEMENTS DE L'ORDRE DE NOTRE-DAME DE CHARITÉ

L'Ordre de Notre-Dame de Charité fut fondé par le P. Eudes pour procurer un asile aux filles et femmes de mauvaise vie qui veulent faire pénitence de leurs désordres.

Dès 1635, le Bienheureux avait confié la conduite de quelques repenties à une humble fille, Madeleine Lamy, qui habitait une petite maison du faubourg Saint-Julien à Caen. À plusieurs reprises, Madeleine Lamy supplia le P. Eudes de fonder une maison pour ces pauvres pécheresses, qui se perdaient en grand nombre faute de ressources etde direction. C'était bien le désir du pieux apôtre. Il en commença la réalisation en 1641, avec l'aide de M. de Bernières, trésorier de France à Caen, et de M. et Me de Camilly.

Les débuts de l'Institut furent des plus modestes. Le Bienheureux installa ses pénitentes dans une maison de louage située dans la rue Saint-Jean, près de la porte Millet, et il en confia la direction à une pieuse fille nommée Marguerite Morin, qui, après avoir abjuré le protestantisme, s'était vouée à la pratiquè des

4. Sur cette question voir, Ory, Les Origines de Notre-Dame de Charité. Abbeville, 4891, 1 vol. in-$.

bonnes œuvres. C’est le 25 novembre, fête de sainte Catherine, que la communauté s'établit dans la maison de la porte Millet, mais c’est seulement le 8 décembre suivant que le Bienheureux célébra la messe dans la chapelle et y mit le Saint-Sacrement.

Le P. Eudes avait agi avec l'autorisation verbale de M: d’Angennes, évêque de Bayeux. Elle ne lui suffisait pas: il lui fallait en outre celle du pouvoir civil. Dans un voyage qu'il fit à Paris en 1642, il obtint de Louis XIII des lettres patentes qui autorisaient l'établissement de la communauté sous le nom de Notre-Dame du Refuge, et permettaient à ses membres d'y faire profession selon la règle de saint Augustin, en leur assurant tous les avantages et privilèges dont jouissaient, en France, les religieuses de l'Ordre de Saint-Augustin.

Le P. Eudes ne tarda pas à envoyer à Marguerite Morin des auxiliaires sur lesquelles il fondait de belles espérances. Malheureusement, la directrice ne put s'entendre avec elles, et à part Mie de Taillefer et une petite nièce du Bienheureux, Marie Herson, qui persévérèrent envers et contre tout, elles quittèrent toutes la Communauté. Marguerite Morin ne s'entendit pas plus avec le Bienheureux qu'avec les compagnes qu'il avait voulu lui donner, et, en 1644, elle abandonna à son tour l'œuvre naissante, pour aller fonder à Bayeux une Communauté nouvelle, où elle mourut en odeur de sainteté le 1% octobre 16571.

Pour sauver son œuvre ainsi désorganisée, le P. Eudes ne vit d'autre moyen que d’en confier provisoirement la direction aux religieuses de la Visitation?. M5 d’Angennes eut bien de la peine à y con-

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