‹ Œuvres comple?tes du venerable Jean EudesChapitre 3 sur 394 · Ory, Origines, p · texte numérisé non relu

Ory, Origines, p

2. Ce n'était pas la première fois que les Filles de) saint François de Sales prenaient la direction d'une œuvre de repenties. En 1629, de concert avec l'archevèque de Paris et la Mère Angélique l'Huil-

res .d

Tr

INTRODUCTIGN 9

sentir'. Il finit toutefois par le faire, et les Sœurs de la Visitation mirent à la disposition du Vénérable la Mère Marguerite Patin et deux autres Sœurs. Leur présence et leur sage direction ramenèrent la paix et la confiance ns la pauvre maison du Refuge.

Hélas ! ! ce ne fut pas pour longtemps. La mort de

- M= d’Angennes, survenue le 16 mai 1647, amena

en effet, de nouvelles et dures épreuves. Son succes-

-seur, Mz Molé, se déclara contre le P. Eudes et ses

œuvres. [l manifesta son hostilité contre l'œuvre du Refuge en refusant de consentir à la profession de M'e de Taillefer. Le découragement s’empara alors des Visitandines,,qui abandonnèrent le Refuge pour rentrer dans leur propre communauté. Bientôt cependant, Dieu intervint d'une manière visible. Pressé par M. de Langrie, président au Parlement de Rouen, qui offrait 14.000 livres pour la fondation du nouvel

Institut, Ms Molé finit par céder, et le jour mème de :

la fête du saint Cœur de Marie, le 8 février 1651, il accorda des lettres d'institution à la communauté

lier, supérieure de la Visitation de la rue Saint-Antoine, dont nous aurons à parler plus loin, saint Vincent de Paul plaça quatre religieuses de cet Ordre à la tète de la maison de la Madeleine, que la marquise de Maignelay avait établie près du Temple. Le fait était certainement connu du P. Eudes. Voir là-dessus, Maynard, Saint Vincent de Paul, tom. 3, p. 459sq. ; Boulay, Vie du V. Jean Eudes, tom. 1, p. 381.

1- Témoin cette lettre qu'il écrivit au P. Eudés, le 30 juillet 1645- « Mon Père. puisque vous, M. de Bernesget les Filles de la Visitation trouvez bon d'envoyer quelques-unes de leurs filles pour diriger celles du Refuge, je me conforme à vos sentiments, quoique les miens y aient grande répugnance. Si celles qu’on y doit envoyer ne sont pas filles très sages, très prudentes et ayant de très grandes qualités pourrésister au mal, nous courons fortune, en voulant sauver une des maisons, de perdre les deux. Je prie Dieu qu'il ne le permette pas. J'espère que l'expérience que vous et M. de Bernesq avez du gouvernement des dits monastères, et la conduite de la Supérieure des filles de la Visitation remédieront à tous ces inconxénients que je crains du moins... » Cf. Ory, Origines, p. 24.

10 RÈGLES ET CONSTITUTIONS DE N.-D. DE CHARITÉ s

de Notre-Dame du Refuge, qui prit alors le nom de Notre-Dame de Charité.

Le 14 juin suivant, la Mère Patin rentra à la Charité, et elle en reprit le gouvernement qu'elle conserva Jusqu'à sa mort. A partir de ce moment, la communauté s'organisa et se développa d'une manière régulière, et, quand la Mère Patin vint à disparaître, elle put être remplacée par une religieuse appartenant à l'Ordre.

En 1657, les Sœurs qui avaient dû plusieurs fois changer de maison, achetèrent un lerrain situé sur le bord des quais, près de l'évêché, et elles allèrent s'installer dans la masure qu’il contenait. Plus tard, elles y bâtirent un couvent spacieux et commode, que les Sœurs de Caen occupent encore de nos Jours.

Quelques années après, les Sœurs obtinrent une faveur encore plus précieuse Le 2 janvier 1666, après bien des instances restées sans résultat, le Pape Alexandre VII daigna approuver l'Institut et l'ériger en Ordre religieux.

Dans l niermalle. le B. P. Eudes s'était vu entever la supériorité de la communauté par Ms Servien, évêque de Bayeux, qui avait nommé à sa place M. Legrand, curé de Saint-Julien de Caen. Inutile de dire combien cette nouvelle croix fut douloureuse au cœur du fondateur et à celui de ses filles.

A la mort du Bienheureux, l'Ordre de Notre-Dame de Charité comptait quatre maisons. A la grande révolution,iln'en comptait encore que sept. du cours du XIXe siècle, il s’est dév eloppé dans des proportions considérables ; mais 1l s'est divisé en deux branches, celle de Notre-Dame de Charité du Refuge, et celle de Notre-Dame de Charité du Bon-Pasteur d'Angers.

Les maisons du Refuge ont conservé dans leur intégrité l'organisation établie par le fondateur, etelles sont indépendantes les unes des autres. D'après l'au-

teur des Origines de Notre-Dame de Charité, il existait, en 1891, 31 monastères du Refuge, dont 18 e France, 1 en Italie, { en Espagne, 1 en Autriche, £ en Irlande. 2 en Angleterre, 2 aux Étals-Unis et : au Canada ; et ces divers couvents comprenaient ensemble 1512 religieuses et novices, 1043 Madeleines, 2119 pénitentes, et 1824 préservées ?.

En 1835, la Mère Marie de Sainte-Euphrasie Pelletier, Supérieure du monastère dit du Bon-Pasteur à Angers, obtint du Souverain-Pontife que les maisons fondées ou à fonder par son monastère resteraient sous la dépendance de la maison-mère, dont la Supérieure recevait en même temps letitre et l'autorité de Supérieure générale. Cette admirable religieuse, «qui était de taille à gouverner un royaume », était animée d’un zèle extraordinaire pour le salut des âmes. Elle réussit à communiquer son ardeur à ses filles, et elle imprima à son Institut un tel élan, que bientôt le Bon-Pasteur eut des couvents dans toutes les parties du monde.D'après le Père Ory, l'Institut possédait, en 1891, 187 couvents comprenant 4.800 religieuses et novices, 1425 Madeleines, 10.500 pénitentes, et 13.000 préservées. La mère Marie de Sainte-Euphrasie a élé déclarée Vénérable Le 11 décelbre 1897 *.

1. Les Préserpées sont des jeunes filles que les Religieuses re-

cueillent pour les arracher au vice dans lequel la pauvreté ou l'in-

conduite de leurs parents les expose à tomber. Les Madeleines sont des pénitentes converties ou des préservées qui veulent rester dans la maison. (Ces dernières prennent le nom de Marthes dans plusieurs monastères.) Après trois ans d'épreuve, pendant lesquels elles passent successivement par divers degrés, elles sont admises définitivement au rang des « Madeleines » ou « Marthes », et font devant l’aumônier et leurs compagnes, une consécration totale et perpétuelle d'elles-:mêmes à Notre-Seigneur. Si elles font alors des vœuxtemporaires ouperpétuels, c'estuniquement au confessionnal. C'est du moins ce qui se passe au monastère de Caen, qui est le berceau de l'Ordre.

2. Sur la V. Mère Pelletier, voir: Vie de la R. Mère Marie de

OT k

Le souvenir du P. Eudes s'est toujours précieusement conservé dans l’Institut de Notre-Dame de Charité. Le Bienheureux a été le premier à bénéficier de cette reconnaissance qu il a tant recommandée à ses. filles, et aujourd’hui (décembre 1908), en attendant qu’elles soient autorisées par l' Église à lui rendre un culte public, elles se plaisent à lui témoigner leur piété filiale en l'appelant leur bon Père.

Page 1