‹ Œuvres comple?tes du venerable Jean EudesChapitre 26 sur 394 · PRÉFACE DES RÈGLES · texte numérisé non relu

PRÉFACE DES RÈGLES

ceptes de bien parler ou haranguer ; et appelons précepteurs, non tant ceux qui nous commandent, comme ceux qui nous iostruisent. De sorte que cette sainte Règle n'oblige point à péché, sinon ès articles princi-

Ipaux requis à l'observance des trois Vœux, ainsi qu'il

est plus amplement déclaré à la fin des Constitutions. « Plusieurs pensent que les Règles religieuses doivent taxer des peines aux contrevenants et délinquants, mais ils se trompent ; car il n'y en a point en la Règle de saint Basile, ni en celle-ci, sinon celle de l’éjection. Et certes, puisque aussi bien faut-il ordinairementque les Supérieurs modèrent ou aggraveni les lois primitives, par la considération des diverses circonstances qui accroissent ou diminuent les fautes, n'est-il pas bon de laisser les impositions des pénitences à leur jugement et prudence. \

« Il y a voirement, en celte Règle, quelques articles qui semblentn'avoir plus aucun usage, comme parexemple, de n'aller aux bains que tous les mois, et que les Sœurs ne sortent pas qu'accompagnées ; car on ne doit plus sortir maintenant que pour des causes si grandes, si nécessaires et rares, qu'on peut dire en vérité que les Sœurs observantes ne sortent jamais. Et néanmoins ces articles de la Règle servent de lumière, pour faire voir comme elles en doivent observer quelques autres qui sont maintenant en usage *.

« En l’article qui dit : Domptez votre chair par jeünes et abstinences, autant que la santé le permet, le Bienheureux Père ne dane pas liberté pour cela à chaque

« Religieuse de faire des austérités de sa tête, ni de dis- « cerner ce que sa santé lui permet. Car au contraire,

comme il est porté en un autre article, c'est à la Supé-

« rieure de faire distribuer les vivres, non également à

LA

ns LÉ LC 32 RÈGLES ET CONSTITUTIONS DE N.-D. DE CHAR

‘temps. il dit: Que plusieurs-de forte complexion s'ac-

toutes, mais à unechaeune, selon qu'il est expédient : 4 et au livre I, chap. 33 des Mœurs de l'Eglise, décrivant la façon de vivre des Religieux et Religieuses deson

commodaient de vivre comme les infirmes, afin de ne point faire de particularité, et que, quand les faibles refusaient de boire et de manger ce qui leur était con-. venable, on les en tancail, de peur que, partne vaine superstition, ils ne se rendissent plus débiles que sains, | plutôt malades que mortifiés Ce qui à la vérité arrive à | plusieurs, notamment parmi les, femmes, qui, trompées de leur imagination, constituent la sainteté en l'austérité, et entreprennent plus volontiers de priver" leur estomac des viandes, que leur cœur de leur propre volonté. AT « Celle qui a la charge des autres, est appelée Préposée, comme qui dirait mise et posée au-deyant ou au-dessus de la Congrégation, et qui est présidenterà icelle, qu'on pourrait aussi appeler préférée: Mais parce que. ces mots ne sont pas usités, on Jes a pu et dù changer en ceux de Mère ou Abbesse, ou bien Prieure ou Supérieure ; et parce que le dernier et le premier de ceux= ei sont plus simples. et signifient la mème chose que celui de Préposée, il a été trouvé bon que vous le reteniez, notamment celui de Mère, d'autant que le saint Père ditenfin : Que les Sœurs obéissent à la Supérieures comme à leur Mère. “1 « IL est dit au bout de la Règle : Que l'on ohéisse a ta Su périeure, el beaucoup plus au Prêtre qui a soin de toutes. Mais qui est donc ce Prêtre qui a soin de toutes ? Certes d'autant qu'en la Règle des Frères aussi bien qu'en celle des Sœurs, cette obéissance au Prèlre est souvent inculquée, ceux que j'ai vu des interprètes de cette Règle, ont cru que c'était l'Évèque, d'autant, dit l'un d'entre eux qui a fait de bonnes et belles remarques sur icelle, que les Chanoines Réguliers en dépendaient ; mais depuis

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‘que les Évèques et leur clergé se sont par dispense

. apostolique sécularisés, cet ordre n'est plus gardé. Or,

à la vérilé dire, quant à ce point, je ne puis consentir à cette interprétation ; car, encore qu’au commencement de l'Église, les noms de Prêtre et d'Évêque fussent souvent confondus et passassent l’un pour l’aulre, ainsi qu'il est aisé à voir ès ACtes et ès Épitres des saints Apôtres, si est-ce que, du temps de saint Augustin, ces mots n'étaient plus en usage, et n’appelait-on pas les Prêtres Évêques, ni les Évèques simplement Prêtres, comme lui-même le témoigne en l'Épitre qu'il a écrite

« à saint Jérôme ; et ne me souviens pas que jamais

saint Augustin en ait usé autrement. Dé sorte qu'il n’y a donc point d'apparence quil ait mis si souvent en sa Règle le mot de Prêtre pour celui ('Évêque, puisque même les Monastères des Filles et Femmes étaient en grand nombre au diocèse d'Hippone, et que l'Évêque n'eût pu être ainsi partout. Mais ce qui môte du tout de doute en ce point, c'est que saint Augustin, en celle même Règle des Sœurs, distingue clairement le Prêtre d'avec l'Évèque, disant : Que si quelque Sœur est convaincue d'avoir reçu des leltres ou présents en secret, ‘elle doit être grièvement corrigée et châtiée, selon qu'il sera avisé par la Supérieure ou par le Prêtre, ou même par l'Évèque…. Si bien que le Prêtre dont il est parle en la Règle était ou le Curé, ou celui que l'Évêque commettait à part pour le Monastère, comme qui dirait le Père spirituel ; et tout ainsi que la Supérieure avait la direction ordinaire des Religieuses, aussi, ès choses d'importance et extraordinaires, on appelait le Père spirituel, et si cela ne suffisait, on recourait finalement à l'Évèque.

« Ce qui est défendu que l’on ne porte pas les voiles si déliés qu'on puisse voir à travers la coiffure, C'est parce qu’en Afrique, pays extrèmement chaud, les filles et les femmes ne pliaient leurs cheveux qu'avec de petites

ne

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coiffes de filet, qu’on appelle en latin, retiola, comme. petits rels ou filets, et en français du lassis. Mais de decà, les coiffures des Religieuses observantes sont

d'autre sorte, outre qu'elles se tondent, et toutefois ne laissent pas de devoir observer que leurs voiles ne soient pas transparents.

« Je n'ai pas étendu au long ce que le saint Père met en l'article par lequel il défend l'amitié sensuelle entre

les Sœurs, d'autant que, selon la nécessité de ce temps-

là, et de la province en laquelle il vivait, il marque

certaines particularités peu connues ès contrées: de

decà, et dont la malice porte quant et soi tant d'horreur,

qu'il n’est pas besoin d'en exprimer plus clairement

la prohibition.

« Ce que porte la Règle, de demander tous les jours les

livres à l'heure assignée, regarde ce temps-là, auquel

l'imprimerie n'élant pas encore exercée, on ne pou-

vait pas avoir les livres à commodité, aïins était re-

quis de les lire l’un après l'autre. |

« Or remarquez cependant, je vous prie, que ç'a été

une spéciale providence de Dieu qu'entre toutes les. Règles, celle du glorieux Père saint Augustin a été

choisie pour servir de loi en votre Congrégation ; ce

qui me fait hardiment vous prononcer cette exhortation,

comme il fut dit à Ézéchiel et au cher bien-aimé du

Bien-Aimé de vos âmes : Venez, {enez, prenez el mangez

ce livre, avalez-le, remplissez-en vos poilrines et en nour

rissez vos cœurs. Que les paroles d'icelui demeurent

jour et nuit devant vos yeux pour les méditer, etsur vos bras pour les pratiquer, et que toutes vos entrailles en louent Dieu. Il donnera de l'amertume à votre intérieur : car il vous conduit à la parfaite mortification de votre propre amour ; muis il sera plus doux que le miel à votre bouche, parce que c'est une consolation noupareille de mortifier l'amour de nous-mêmes, pour faire vivre et régner en nous l'amour de celui qui est

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