LIVRE PREMIER. — L. XXXI
Si je vous avais envoyé le dernier de nos frères domes- >S pOur vous gouverner, vous auriez dû vous y soumettre, puisque Notre-Seigneur s’est soumis pour l'amour de vous à Hérode, à Pilate, aux bourreaux qui l'ont eruifié, et à la puissance des ténèbres. Je vous ai envoyé un homme qui est un des plus anciens de notre Congrégalion, fort sage, fort vertueux et fort charitable : et vous » méprisez, vous le rebutez, et, par conséquent, vous ondamnez le Supérieur de la Congrégation dans le choix qu'il en a fait, et vous préférez votre jugement au sien. lis, ce qui est pire, l’un d’entre vous m'écrit de la part les autres, que c'est pousser les gens à bout, qu’il quitte économie, et que les autres menacent d'abandonner et de sortir de la Congrégation. Quel langage est cela ? Este parler en prêtres et en prêtres missionnaires ? Où est Phumilité, la soumission, l’abnégation de soi-même, de son propre sens et de sa propre volonté? Où estle fruit de tant > méditations, detant de lectures spirituelles et de tant de messes?
“Ouvrez-les yeux, mes très chers frères, et voyez les autes que vous avez faites.
“1. Vous avez résisté à la très sainte volonté de Dieu, jui vous a été déclarée par celui qui vous tient sa place; 2. Vous avez contristé et afftigé votre pauvre père, qui ous aime plus que ses entrailles ; = 3. Vous avez méprisé votre frère et lui avez fait une injure très notable ; car pour qui passera-t-il désormais lans la Congrégation ? Si je suivais vos inclinations, ce erait un homme tout à fait discrédité et confisqué ; et cela serait capable de le faire sortir de la Congrégation ; 4. Vous avez fait un très grand mal à la Congrégation ar le très pernicieux exemple que vous avez donné, dont les suites sont très dangereuses. Car quand le Supérieur Le la Congrégation enverra dans une maison un Supérieur ui ne sera pas au goût d’un économe ou de quelque autre, D y aura qu à dire qu'on quitte l’économie et à menacer
de vouloir sortir. Enfin, mes très chers frères, c'est me mettre le poignard sur la gorge, pour me forcer de suivre vos inclinations ; c'est me le plonger jusque dans le cœur, car cela me cause une douleur très sensible de voir six peu de vertu parmi vous, vu principalement que je VOUS ai écrit que ce n’est que pour un peu de temps. Que toutes ces considérations vous portent à recon= naître vos fautes, à vous en humilier, à en demander par don à Dieu, à ne faire jamais de pareilles choses et à vous soumettre de tout votre cœur à la très adorable volonté de Dieu qui vous est manifestée par celui qui vous tient sa place. | Je suis, de tout mon cœur, mes très aimés frères, tout
vôtre, | JEAN EUDES, prêtre missionnaire.
LETTRE XXXII
A M. Manchon, Supérieur de Rouen. Sur la conduite à tenir à l'égard des Jansénistes.
[10 février 1659.] MON TRÈS CHER FRÈRE,
J'ai recu de Paris deux lettres en un même jour, de deux personnes considérables et de nos amis, L'une m'écrit qu'il s’est trouvé dans une compagnië très célèbre, où deux hommes de qualité ont dit que c'é tait à notre occasion que M£' de Rouen a fait publier son ordonnance pour la paix, comme voulant dire que nous nous emportions dans des zèles indiscrets et dans des ardeurs trop violentes contre le parti du jansénisme. L'autre m'écrit ainsi : « Je vous dirai avec simplicité