LIVRE PREMIER. — L. LXVII
fo LETTRE LXVII‘
A M. de la Haye de Bonnefond, Supérieur du Séminaire | de Rouen. Sur la mission de Châlons-sur-Marne.
[Chälons, 22 mai 1665.]
Cette mission commence où les autres finissent, c'està dire avec une grande ferveur. L'église, qui est fort “grande, est toujours pleine à nos sermons comme au Vendredi-Saint. Nous en espérons de grands fruits qui se font déjà voir en abondance. Grâces à Dieu, j'ai autant de | force pour la prédication que j'aie jamais eue ; jusqu’à présent j'ai prêché presque tous les jours. Nos deux frères, M. Blouet et M. Yon commencent à me soulager faux jours que je fais les conférences à beaucoup d’ecclé- Lsiastiques et de religieux ; car M*' de Châlons y en fait velnir de tous les Ordres, de Saint Augustin, de Saint Benoit, de Saint Dominique, de Saint François, Jésuites, etc.
LETTRE LXVIII
TE
Va M. de la Haye de Bonnefond, Supérieur du Séminaire de Rouen. Sur les précautions à prendre contre la
peste.
[14 septembre 1668.]
k M j'attendais tous les jours de vos nouvelles, mon très cher frère, car je suis fort en soin de vous et de tous nos très chers frères, depuis le plus grand jusques au plus | petit. Nous faisons tous les jours des prières et disons des | messes pour vous; et j'ai écrit à toutes nos maisons, afin équ'on fasse de même, pour vous mettre sous la protec- IMtion de la très sainte Vierge. | %
DT) Costil, Annales, 1. 6, n. 25. — 2. Costil, Annales, 1. 7, n. 9.
456 LETTRES DU BIENHEUREUX | pi
Je vous prie de faire une neuvaine de messes en l'hon« peur de son Cœur maternel, et une autre en l'honneur de“ saint Charles, pour le prier d’être notre intercesseur en vers ce très charitable Cœur, non seulement pour vous: mettre sous sa protection, mais premièrement et principalement pour tous ceux qui sont dans l’affliction et dans le péril de la peste. $
Je prie aussi tous nos chers frères de rendre à Dieu, dans cette occasion, tout l'honneur que nous lui devons, et, pour en faire tout l’usage qu'il demande de nous :
4. D'adorer sa divine justice, et de nous humilier en la vue de nos péchés et au nom de tout le peuple.
2. Lui rendre grâces de cette affliction, la regardant, comme un effet non seulement de sa justice, mais plus” encore de sa miséricorde qui nous châtie pour nous corriger et nous sauver, et non pour nous perdre.
3. Adorer la divine Volonté en ses desseins sur nous, et nous abandonner entièrement à elle afin qu’elle fasse de nous ce qui lui plaira et sera le plus agréable. Il est cons= tant que cette peste est l'effet de nos péchés. Que chacun de nous s’examine donc soigneusement, pour reconnaitre ceux par lesquels il peut y avoir contribué, pour s’en humilier ets’en corriger, tàchant de nous mettre en l’état auquel nous voudrions être à l’heure de la mort ; car il n'est pas temps de se préparer quand on est malade.
4. Adorer Notre-Seigneur Jésus-Christ en sa eroix eten l'amour infini avec lequel il a porté pour nous tant de souffrances ; et nous offrir à lui pour souffrir toutes les croix qu'il lui plaira de nous donner, en action de grâces des siennes. :
5. Lui offrir tous les affligés, et le supplier de leur faire la grâce de faire un bon usage de leurs afflictions.
6. Les recommander à celle qui s'appelle Consolatriæ afflictorum. -
7. Se donner à l'amour immense par lequel notre très aimable Sauveur a pris sur soi tous les péchés du monde
et s'est offert à son Père pour en faire satisfaction, pour être immolés en qualité de victimes à la divine Justice pour les péchés de nos frères et denossœurs et pour lesnôtres, et pour assister les pestiférés, si tel était son bon plai- Sir, en union de la charité qui l’a fait venir sur la terre pour y servir et secourir les pestiférés, c’est-à-dire, les pécheurs.
… Enfin prier notre divine Mère, nos Anges et nos Saints de faire toutes ces choses pour nous.