LIVRE DEUXIÈME. — - L. XVII
du monde, puisque ce sont les plus grands dons que Dieu asseen ce monde aux âmes qui lui sont très chères, et que, quand nous demeurerions cent ans à genoux pour le remercier de la plus petite affliction qui nous puisse arriver, nous ne pourrions pas le remercier dignement, ainsi que lui-même le dit un jour au bienheureux Henri -Suso de l'Ordre de Saint-Dominique. Mais, ma très chère Mère, je vous conjure de bien fermer la porte à ces pensées que vous n'avez pas vocation à la maison de Notre-Dame de Charité ; car elle n'est pas de Dieu, puisque très certainement elle est contraire à la vérité, que jamais je n’ai onnu de vocation plus visible, plus claire et plus manieste que celle-là.
— Plaise à Dieu que la nouvelle de Rome soit fausse : mais Mje crains bien qu'élle ne soit vraie, car le Cardinal An- Moine Barberin, dont il est fait mention, et le Cardinal Antonio, ne sont qu'une même personne. Il est vrai que, de notre part, on n'a jamais parlé à Rome des Filles du “Cœur de la très sainte Vierge, et je ne sais d'où cela urrait être venu !.
Quoi qu'il en soit, il faut nous résigner totalement à la très adorable volonté de Dieu, et avoir confiance en son mfinie bonté qui conduira le tout en la manière qui lui sera la plus agréable, qui est tout ce que nous voulons. (Cependant il ne faut pas nous décourager, mais faire de
Je vous ai toujours dit, ma très chère Mère, et je vous le lisencore, qu'ilest nécessaire d'envoyer un homme exprès Rome, pour les raisons que je vous ai dites. Je suis bien d'avis qu'on attende d’autres nouvelles ; mais, cependant il faut se préparer à envoyer quelqu'un en cas
1 Les adversaires du Bienheureux avaient probablement réussi indisposer le Cardinal Barberini contre les Sœurs, à cause de leur évotion au saint Cœur de Marie qui, à ce moment, paraissait nou- Welle, et c'est là ce que la Mère Patin avait dû mander au Bienheux. Cf. Ory, Origines p. 92-93.
LT
chose à M£' du Puy!,ilest nécessaire d'envoyer encore uns ecclésiastique, pour solliciter l'affaire. J'en connais un à Paris qui y serait bien propre, et je pense qu'il ne me refusera pas. J’ai écrit à Paris pour savoir quand ME: du Puy doit partir, afin de l'aller trouver, pour lui parler encore là-dessus, et pour voir cet ecclésiastique. Si Mer du Puy avait agréable qu'il l’accompagnât en son voyage cela ferait bien. Cependant, je vous prie, ma très chère Mère, de préparer l'argent qui lui sera nécessaire, si je le trouve disposé à marcher, et de faire faire au plus tôt des copies bien écrites des lettres de Ms" Molé et du dernie arrêt de vérification, comme aussi de vos Constitutions* mais ce dernier ne presse pas tant.
Je salue très cordialement toutes nos Sœurs, qui suis
de tout mon cœur, ma très chère et bonne Mère, Tout vôtre,
Jean Eupes, Prêtre Missionnaire.
LETTRECXIXS
A la Mère Patin, Sur ses peines intérieures, et sur l'envoi à Rome d'un mandataire chargé de solliciter l'appro: bation de l'Institut.
[21 septembre 1660].
MP
MA TRÈS CHÈRE ET BONNE MÈRE
La divine Volonté soit notre conduite en loutes choses A parler selon le temps, je vous plaindrais beaucou
1. « L'Evèque du Puy [dont il est ici question], est M8° de Maupe qui, au nom du clergé de France, allait à Rome solliciter la canon sation de saint François de Sales. Ce prélat fort pieux et très dis tingué, avait la plus haute estime pour le P. Eudes. Devenu évêa d'Évreux, il lui confia la fondation et la direction de son Séminaire Il aurait même voulu l’avoir pour coadjuteur ». Ory, Origines, p. A
2. Recueil de Caen, Lettre 17 ; Hérambourg, If, ch. 33. Cette lettr
LIVRE DEUXIÈME. — L. XIX 535 % “dans tout ce que vous souffrez ; mais à parler selon l'esprit, je vous trouve plus digne d envie que de pitié ; car «le plus grand bonheur qui vous puisse arriver est d'être “conforme à Jésus-Christ Notre-Seigneur, qui est notre “irès adorable Chef. Or l'état de privation, de mort et L d'anéantissement que vous portez, a beaucoup de confor- …mité avec celui que ce très aimable Sauveur a porté pendant qu'il était en ce monde. Donnez-vous donc à lui, ma “très chère Mère, pour porter cet état avec lui et dans son “esprit, tant qu'il lui plaira, et tâchez de faire trois choses : “1. Tâchez de ne vous point abattre l'esprit, et prenez bien » garde à cela ; donnez-vous à la jee et à la force divine, “afin qu'elles vous soutiennent. 2. Acceptez cet état de mort et d'anéantissement, et de avec le Fils de Dieu : “Pater, in manus luas, commendo spiritum meum *. 3. Aban- Ldonnez-vous entièrement à la très sainte volonté de Dieu, “disant avec Notre-Seigneur : « Non ma volonté, mais la Mvôtre soit faite?, »
Je viens à votre affaire, pour vous dire, ma très chère “Mère, que j'ai encore vu depuis peu des personnes qui ont été à Rome, pour des affaires de la nature de la vôtre, qui m'ont assuré que jamais on né la fera, si on n'y en- “voie un homme exprès, pour les mêmes raisons que je vous ai écrites et dites déjà tant de fois.
. Souvenez-vous aussi de ce que Ms: du Puy m'a dit là- Miessus, ainsi que je vous l’ai écrit ; et que ce que vous Mm'écrivez de la Mère de Maupeou ne vous arrête point, parce que je suis bien assuré qu'après que je lui aurai
Rctment …— Je me suis informé aussi à diverses personnes qui ont
n- à Rome depuis peu, combien il pouvait coûter. Tous
“fut écrite 2n 1660, comme la précédente. D’après le P. Costil, Annales, tome 1, p. 417, a serait du 21 septembre.
… | Luc. XXII.