LIVRE DEUXIÈME. — L. XXXIIT
chère Fille? Est-ce qu'il ne s’en trouve point qui veuillent venir ? Je ne puis croire que les Filles de la Charité aient si peu d'amour pour Dieu, et si peu de charité pour des âmes qui ont coûté le précieux sang de son Fils.
N'est-ce point qu’elles ont quelque peine au sujet de la Supérieure d'ici’? Mais ce n’est que charité, douceur et bénignité.
N'est-ce point que vous pensez qu'on vous demandera la dot, ou la pension, ou les frais du voyage de celles qui viendront? Mais je vous donne parole qu'on ne vous demandera rien de tout cela. Il v a une Présidente qui offre son carrosse pour les apporter ?. Quand elles seront ici, si elles ne se trouvent pas bien, elles pourront s’en retourner ; ettandis qu’elles y demeureront, votre maison sera déchargée de la nourriture et entretien de deux filles, et elle sera aussi fortifiée par l'union qui s’y fera de cette maison, et ce sera une disposition pour d’autres établissements de votre Institut.
Enfin, je ne sais pas d’où vient cet obstacle et ce délai; mais je sais bien que le démon, qui enrage contre les Communautés qui sont employées pour le salut des âmes, fera tout ce qu'il pourra pour empêcher ce dessein et pour en différer l'exécution, parce qu'il sait bien que, quand nous serons partis d'ici, il lui sera facile d'y mettre obstacle.
Mais pourquoi, ma chère Fille, faites-vous la réservée avec moi, qui.n’ai point d'autre intention que la gloire de Dieu, le salut des âmes et l'avantage de votre Maison? Que ne me dites-vous simplement à quoi il tient, afin que je tâche de lever eet empêchement ? Vous me le pou-
1. La Mère Marie de la Trinité Heurtaut. Elle avait pris l'habit de Notre-Dame de Charité à Caen et y avait fait un fervent noviciat; mais ses parents ayant refusé de lui fournir une dot, elle n'avait pas été admise à la profession, et elle avait dû rentrer dans le monde.
2, Madame d’Argouge, fondatrice de la maison. Cf. Ory, Origines p: 310 sq.
vez dire aussi sûrement par écrit que de bouche, car les lettres de la poste ne se perdent jamais.
Je salue bien cordialement toutes mes chères Filles, et les conjure d’avoir une dévotion très particulière au divin Enfant Jésus et à sa très sainte Mère, | C'est en l'amour du très saint Cœur du Fils et de la : Mère que je suis, à vous et à elles, ma très chère Fille, Jean EUDES, Prêtre Missionnaire.
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LETTRE XXXIV
À la Sœur Marie de Sainte-Agnès des Champs à Caen, . Sur l'amour de Jésus et de Marie, et l'union aux dispo- | sitions avec lesquelles ils sont morts.
A Évreux, ce 12 octobre 1670.
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Je vous remercie de tout mon cœur, ma très chère Fille, de votre lettre toute pleine de charité et de cordialité, et je rends grâces infinies à notre très bénin Sauveur et à sa’très aimable Mère, des’ saintes dispositions qu'ils mettent dans votre âme : c’est une grâce très par- w ticulière qui vient de leur très pure bonté. Je les supplie de la fortifier et augmenter de plus en plus. Etafin d'y coopérer de votre part, exercez-vous beaucoup en l’a mour du Fils et de la Mère ; donnez-vous souvent à eux, les suppliant de vous plonger, de vous abimer, de vous perdre, de vous consommer dans les flammes sacrées de” la fournaise ardente de leur très aimable Cœur. Joignez toujours l'humilité à l'amour, comme aussi la confiance,
. Lettre conservée primitivement au monastère de Notre-Dame de Charité de La Rochelle, et aujourd bui à celui du Mans, auquel elles a été concédée. Elle n’a pas élé copiée dans le Recueil de Caen.