X. encore le Supplément du mémoire à consulter
YIE DE BEAUMARCHAIS.
on l’accusait était aussi inutile qu’odieux; c’est en vain que les meilleurs esprits, entre autres Voltaire, répétèrent, lorsque sa verve fut la mieux en lutte et en succès de gaiete et de courage, qu’un homme de ce caractère ne pouvait avoir été criminel, que jamais empoisonneur ne saurait être si drôle*; l’opinion ne lui revint pas assez pour x absoudre enfin de l’absurde et déplorable soupçon. Quand bien des années après, dans ce dernier combat où il eut à lutter contre l’homme bilieux et farouche, dont le talent fut le moins compatible avec les agiles vivacités du sien, il entendit cet adversaire, 1 avocat Bergasse , lui crier « qu’il suait le crime3 »; il n’y avait encore là qu’un écho de plus en plus enve-
nimé de l’abominable accusation.
Nous verrons même qu’on la compliqua d’une autre : à la mort de sa deuxieme femm , qui, sans être aussi prompte, ne se fit pas non plus attendre, on prétendit qu il s était rendu veuf cette seconde fois par le même procédé que la première! Mais n anticipons point, s’en faut de plus de dix ans que nous en soyons là, et bien des . événements sur lesquels nous glisserons, comme son infatigable vivacité l’y fît glisser lui-même, vont pendant ce
temps se passer pour Beaumarchais. .......
Ce nom, que nous continuons de lui donner, car il ne le quittera plus, était la seule épave de son mariage. Le petit bien de sa femme, d’où il lui venait., s’en retourna comme le reste, à la famille, mais sans qu’on lui contestât, à ce qu’il paraît, cette seule chose qu il en avait prise, et qui d’ailleurs n’en était que l’ombre. Il s’en fit une ombre de noblesse, derrière laquelle il dissimula de plus en plus ce qui lui restait du jeune horloger Pierre- Augustin Caron, dont il voulait qu’on se souvînt le moins possible a la cour ou, lorsqu il y retourna sitôt qu’il futveuf, et n’ayant d’abord, pour se jeter dans les grandes affaires don il faisait son but, d’autre ressource que l’influence et le crédit qu il en pourrait tirer, U s’aperçut qu’on n’oubliait pas assez son origine. Plus il y eut de succès comme musicien e comme homme d’esprit, ce qui ne tarda guère, Mesdames Payant fait- de mieux en mieux leur préféré, elle Dauphin leur frère, qu’il amusait de ses franchises, disant a qui voulait l’entendre : « C’est le seul homme qui me parle avec vérité* ; » plus, en un mot, il monta comme courtisan, plus l’envie de ceux que cette faveur gênait s’acharna a lm rappeler qu’il n’était qu’un ancien garçon horloger. C’est dans ce temps-la qu il eu a eisai cette aventure bien connue avec un jeune sot de la cour, qui lui avait en passant, donne sa montre à regarder, et qui dut la ramasser en fort mauvais état sur le parquet pen que Beaumarchais lui disait : « Je vous avais bien prévenu, monsieur le comte, que je
n’étais plus, dans ce métier-là, qu’un maladroit. »
C’est à cette époque aussi que lui arriva cette affaire beaucoup plus grave avec chevalier de C..., dont, après une insulte de celui-ci à Beaumarchais sur son origine et ses premiers temps, le dénouement fut un duel au bois de Boulogne, ou 1 insulteur, frappe pleine poitrine, fut relevé mourant. Les suites pouvaient être des plus semeuses pour Beaumarchais, mais son adversaire ayant eu la générosité de ne pas le nommer avan de mourir et le roi, à la prière de ses filles, ayant défendu qu on parlât de l'affaire, il ne fut pas
mqUCeÎmessieurs de la cour, qui ne voulaient pas l’accepter comme gentilhomme, mais à qui il prouvait si bien que le courage du moins ne lui manquait pas pour 1 etre, avaient avec lui des façons beaucoup plus liantes, lorsqu’il s’agissait de services a lu. demander,
1 . Voltaire a écrit dans une de ses lettres, au moment des fameux Mémoires du procès Goëzman : « Ce Beaumarchais est trop drôle pour être un empoisonneur, »