‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 140 sur 803 · LES DEUX AMIS, ACTE I. SCENE XIII. 4L · texte numérisé non relu

LES DEUX AMIS, ACTE I. SCENE XIII. 4L

MÉLAC PÈRE

Eh ! mon ami, les lois contiennent les méchants sans les rendre meilleurs ; et les mœurs les plus pures ne peuvent sauver un honnête homme d’un malheur imprévu.

AURELLY.

Monsieur, la probité du négociant importe à trop de gens, pour qu’on lui fasse grâce en pareil cas.

MÉLAC PÈRE

Mais écoutez-moi.

AURELLY.

Je vais plus loin. Je soutiens que l’honneur des autres est engagé à ce que celui qui ne paye pas soit flétri publiquement.

MÉLAC PÈRE, mettant ses mains sur son visage.

Ah ! bon Dieu !

AURELLY.

Oui, flétri. S’il est malheureux, entre mourir et paraître indigne de vivre, le choix est bientôt fait, je crois. Qu’il meure de douleur; mais que son exemple terrible augmente la prudence ou la bonne foi de ceux qui l’ont sous les yeux.

MÉLAC PÈRE, s'échauffant.

Vous condamnez, sans distinction, à l’opprobre un infortuné comme un coupable?

AURELLY.

Je n’y mets pas de différence.

MÉLAC PÈRE

Quoi ! si l’un de vos amis , victime des événements...

AURELLY.

Je serai son juge le plus sévère.

MÉLAC PÈRE, le regardant fixement.

Si c’était moi?

AURELLY.

Si c’était toi?... Son air m’a fait trembler.

MÉLAC PÈRE

Vous ne répondez pas^

AURELLY, fièrement.

Si c’était vous?... ( Avec effusion.) Mais, premièrement, tu n’es pas négociant: et voilà comme tu fais toujours ; quand tu ne peux convaincre mon esprit, tu attaques mon cœur.

MÉLAC PÈRE, à part.

O ciel ! comment lui apprendre...

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