SCÈNE XII
MÉLAC père, PAULINE, AURELLY.
PAULINE, habillée.
Ah ! voilà mon oncle de retour.
MÉLAC PÈRE, à part, avec douleur.
Et sa nièce !
PAULINE
Bonjour, mon cher oncle ; avez-vous mieux reposé cette nuit que la précédente ?
AURELLY.
Fort bien ; et toi?
PAULINE
Votre conversation si sérieuse du souper m’a un peu agitée: elle m’a laissé une impression... j’ai peu dormi.
AURELLY, en riant.
Nous aurons soin à l’avenir de monter nos bavardages sur un ton plus gai. Nous ne devons pas troubler les nuits de celle qui nous rend les jours si agréables.
[Pauline l’embrasse.)
MÉLAC PÈRE, à part.
Sa sécurité me perce l’âme.
AURELLY.
Ah çà, mon enfant, quel amusement nous disposes-tu aujourd’hui?
PAULINE
Cette après-midi? Grand assaut de musique entre l’obstiné Mélac et moi ; vous serez les juges. Vous savez qu’il donne la préférence au violon sur tout autre instrument.
AURELLY, gaiement.
Et toi, tu défends le clavecin à outrance?
PAULINE
Je soutiens l’honneur du clavecin. La loi du combat est que le vaincu sera réduit à ne faire qu’accompagner l’autre, qui brillera seul tout le reste du concert ; et je vous confie que j’ai de quoi le faire mourir de dépit.
AURELLY.
Bravo ! bravo !
MÉLAC père, d'un ton pénétré.
Ne ferions-nous pas mieux, mes amis, de remettre ce concert? Tant de gens sont, à Lyon, dans le trouble et l’inquiétude ! « Il me semble (dira-t-on) « que ceux-ci fassent parade de leur aisance, pour « insulter à l’embarras où les autres sont plongés. » On comparera cette joie déplacée avec le désespoir qui poignarde peut-être en ce moment d’honnêtes" gens qui ne s’en vantent pas.
AURELLY, riant.
Ah, ah, ah ! vois-tu comment ce grave philosophe détruit nos projets d’un seul mot? Il faut bien lui céder, pour avoir la paix. Remets ton cartel à un autre jour.
MÉLAC PÈRE, à part , en sortant.
Allons sauver, s’il se peut, l’honneur et la vie à cc malheureux.