LES DEUX AMIS, ACTE 1Y, SCÈNE XI
Ions plus. Je n’en fais pas moins à votre père le sacrifice de toute ma fortune. Une retraite profonde est l’asile qui me convient : heureuse si votre souvenir n’y trouble pas mes jours!
( Elle se lève.)
MÉLAC FILS, au désespoir.
Quel cœur avez-vous donc reçu de la nature? Vous vous jouez de mon tourment! Pauline, renoncez à cet odieux projet, ou je ne réponds plus... Jour à jamais détestable!... Je sens un désordre... Ah! j’en perdrai la vie...
(Il se jette sur un siège.)
Il m’effraye! Je ne puis le quitter. Mélac, mon ami, mon frère!
MÉLAC FILS, avec égarement.
Moi votre ami ! moi votre frère ! Non, je ne vous suis rien. Allez, cruelle, vous ne me surprendrez plus. Le trait empoisonné que vous avez enfoncé dans mon cœur n’en sortira qu’avec ma vie. Me tendre un piège affreux! et me rendre garant des propos insensés que le désespoir m’a fait tenir ! ah! cela est d’une cruauté...
PAULINE
Écoutez-moi, Mélac.
MÉLAC FILS
Je ne vous écoute plus. Vous ne m’avez jamais aimé. Je n’écoute plus une femme qui emploie un indigne détour pour renoncer à moi.
PAULINE, avec un grand trouble.
Eh bien! mon cher Mélac, je n’y renonce pas. Tant d’amour me touche, plus qu’il ne convient peut-être à la malheureuse Pauline. Je n’y renonce pas; mais, au nom de ton père, sors de cet égarement qui me tue.
MÉLAC FILS, se levant.
Vous voyez bien, Pauline, ce que vous me promettez... vous le voyez bien. Si jamais vous rappelez... si jamais... (Il tombe à ses genoux avec ardeur .) Jurez-moi que vous oublierez les blasphèmes que j’ai horreur d’avoir proférés devant vous. Jurez-lemoi.
PAULINE
Puisses-tu les oublier toi-même !
Jurez-moi que vous me rendez votre cœur.
PAULINE
Te le rendre, ingrat! il n’a pas cessé d’être à toi.
MÉLAC FILS, se relevant.
Eh bien ! pardon. Je suis indigne de toute grâce ! et, si j’ai l’audace de la solliciter...