SCÈNE xi
AURELLY, PAULINE, MÉLAC fils.
PAULINE, à Mélac , avec effroi.
Voici mon père.
MÉLAC fils va au-devant d’Aurelly.
Ah! monsieur, si le plus amer repentir pouvait
effacer de coupables emportements ! si le plus vif regret de vous avoir offensé...
AURELLY.
Offensé! Non, mon ami; j’ai moins vu ta colère que l’honnête sentiment qui la rachetait. Ton respect filial m’a touché. — Demande à Pauline ce que je lui en ai dit.
MÉLAC FILS
Je connais les effets de votre amitié, et ma reconnaissance...
AURELLY.
Elle me plaît; mais tu ne m’en dois que pour ma bonne volonté ; tout est bien loin d être terminé.
PAULINE
Malgré vos offres?
MÉLAC FILS
Qui a donc suspendu?...
AURELLY.
La chose la plus étonnante. Je parle a Saint-Alban; il accepte le payement; mais il n en allait pas moins écrire à sa compagnie. L’honneur, 1 état, la survivance, tout était perdu.
mélac fils.
Le cruel !
AURELLY.
Grands débats. Il paraît se rendre. Je crois tout fini ; je l’embrasse, en souhaitant de pouvoir 1 obliger à mon tour. Il me prend au mot : dans l’excès de ma joie, j’y engage mon honneur. (A Pauline.) Écoute la conclusion.
MÉLAC FILS, à part.
Je tremble.
AURELLY.
<( Vous avez une nièce charmante; je 1 aime, je l’adore, et je vous demande sa main. »
PAULINE
Juste ciel!
MÉLAC FILS, à part.
Je l’avais prévu.
AURELLY, Ü Pauline.
Tu conçois quel a été mon embarras pour lui répondre.
PAULINE
Je vois le mal. Il est irréparable.
AURELLY, bas, à Pauline.
Non; mais lorsqu’il m’a demandé ta main, je n’ai pas dû, sans te consulter, aller lui confier le secret de ta naissance. Je viens exprès pour cela : que lui dirai-je?
PAULINE, d'un ton réfléchi.
Croyez-vous qu’il traitât rigoureusement M. de Mélac, s’il était refusé!
AURELLY.
Refusé! De quel droit le sommerais-je de sa parole, en manquant à la mienne? C’est bien alors que tout serait perdu... Mais que faire? il veut tout terminer à la fois, il attend une réponse.
PAULINE regarde Mélac, et dit en soupirant :
Permettez qu’il la reçoive de moi. — Qu’il vienne.