Mémoires secrets , t. IV, p
VIE DE BEAUMARCHAIS
espérances de fortune. , ,r aui sans doute l’eût fixé, croula. La mère mourut
Vains projets encore. Tou ^ gurvécut pas deux années. Que Ta faire
en couches le 21 novembre , & malgré tes Deux Amis, c’est encore au théâtre
Beaumarchais? des pièces. M g ^ ’ • geul comme il l’écrivait en 1771 à une
qu’il songe, lorsqu’apres la mor ’ t \ pour ies gens de lettres, » il n’a
duchesse, l’attachait «a ces objets de ^ deYenir riche.
^^-"projet d’abandon, par les ennuis sans nombre et sans
fin où elles le jetèrent et dont nous touchons les p enfm las de la finance et
En «v»il i» ü avait- -«« » „M,nle„«„„,„n,u
trop vieux d’ailleurs pour y rester. , g déclaré son débiteur pour une
Beaumarchais com^étement qui e env n était temps pour ce compte défi-
somme de quinze mdle h res pay Beaumarchais ne se fût fait payer des quinze
nitif ; trois mois apres, le 1 S juillet, m q comte de la Blache, son
mille livres, Pâris-Duverney et qui lui devait, plus qu’à ses mé-
petit-neveu par les femmes^ ÿ comte ^ BeaumarohaiS) qui lui préférait un autre
rites, son grade de lieutenant gene très-bons termes : « Il me hait
neveu de Pâris, M. de Meyzieu n etaientpas et c’était vrai. Le premier acte
comme un amant aime sa mai resse, )) Duverney en fut une première preuve : il refusa de M. delà Blache, comme heritier de Pans-Duv y, déclara nulle la signature de
d’accepter l’arrêté de compte de Beaumarc a Signature garantissait à Beau-
celui-ci, et, au lieu de payer les quinze mi q J ^ lui donnait décharge,
marchais, il lui en réclama cent trente-neuf mille, do^tf®£ une accusation de vol
nsoX^e t^vsiTlâ
dp* de débiteur le faisait
créancier. ,, . , ^ , t-ulin -î de nremière instance — où l’affaire
fut portée au mois d octobre 1771, apres p 4 première sentence le
ne fut pas de l’avis de M. de la Blache. Le ^ rexéJion du règlement de débouta de sa demande, et le ‘4 mars, une J mais sans que cet appel mît
compte. M. de la Blache en appela devant la Grand Chamb ^ ^ ^ ^ mar.
Beaumarchais en bien grand souci, m eJrl® ^ pafîaire était toujours pendante, chaient encore plus lentement qu aujourd h plu3 absolue confiance, tout en
.. p.tc « — ‘ “ - »—
son procès. . , , „,ors était le duc de Chaulne, sorte de
Parmi les grands seigneurs qu il voya P ^ choses d’esprit recommandait
colosse brutal et fou, qu’un peu de goût pour * S. ’ pradente candeur de conduire
seul. C’est par là que l’avait pris Beaumarchais, qu il eut imp
l. Mémoires secrets , t. VI, p. 328.
VIE DE BEAUMARCHAIS
presque aussitôt chez sa maîtresse, mademoiselle Ménard, dont le drôle eut bientôt gagné mieux que Uamitié1. Elle était de la haute galanterie, La Harpe la traite même de courtisane2, et — ce qui se conciliait déjà — elle était aussi du théâtre. A la Comédie Italienne, où elle jouait à la façon de madame La Ruette, on l’avait applaudie dans le rôle de Louise du Déserteur . Je croirais même volontiers que c’est à elle que Beaumarchais pensait pour le rôle de Rosine, lorsque son Barbier , qu’une sotte boutade d’amour-propre de l’ancien v perruquier Clairval, à qui il destinait Figaro, et qui craignit d’être accusé de trop le jouer au naturel, fit rejeter de son théâtre, était encore un opéra-comique.
M. de Chaulne ne tarda pas, tout extravagant qu’il fût, à voir la sottise quil avait faite en rapprochant Beaumarchais de la Ménard; c’est à elle qu’il s’en prit. Ses brutalités de jaloux furent telles qu’elle dut s’enfuir dans un couvent et y rester quelques semaines. Quand elle le crut plus calme, et eut d’autre part obtenu de Beaumarchais qu’il serait d’une assiduité moins suivie, plus prudente, elle revint chez elle.
Un matin, M. de Chaulne y tombe comme la foudre. L’envie lui a pris de tuer son rival, dont pourtant il devrait moins se défier. On est le 11 février, dans deux jours son Barbier sera joué au Théâtre-Français, et c’est à cela qu’il pense, bien plus qu’à mademoiselle Ménard. Il n’est pas, en effet, chez elle quand le duc y arrive. Mais Gudin, son ami le plus intime, dont nous aurons souvent à reparler, s’y trouve3. Il entend les premières menaces de M. de Chaulne contre Beaumarchais; et vite s’esquive pour aller le prévenir.
Il le rencontre dans sa voiture au carrefour Buci, et là il le supplie de venir chez lui pour échapper au duc qui veut le tuer : c< Il ne tuera que ses puces, » riposte Beaumarchais fort peu effrayé. Sa charge de lieutenant de la capitainerie l’appelle au Louvre, et, s’il se décide à aller chez Gudin pour se garer deM. le duc, ce ne sera que plus tard. Là-dessus ils se quittent.
A peine Gudin est-il au Pont-Neuf, qu’il se sent, suivant son expression, « enlevé comme un oiseau4. » Le duc, qui se faisait conduire chez Beaumarchais , rue de Condé, l’a ainsi happé au passage pour le jeter dans son fiacre où il recommence à lui dire qu’il veut tuer son ami, et qu’il doit le lui trouver à tout prix. Gudin résiste, ce monstre le prend aux cheveux, ils lui restent dans la main, car il porte perruque, et, au milieu des rires et des huées de la foule, qui voit tout par les portières ouvertes, ils arrivent rue de Condé, où Gudin s’esquive encore.
M. de Chaulne frappe à la porte et demande Beaumarchais. On a l’imprudence de lui répondre qu’il est au Louvre. Il y court, le trouve en robe à l’audience de la capitainerie, et, comme un furieux, le somme de venir lui parler. Beaumarchais passe dans un cabinet, où le duc lui répète ce qu’il a déjà tant crié , qu’il veut le tuer, lui déchirer le cœur, boire son sang : « Ah! ce n’est que cela, monsieur le duc, réplique l’autre avec le plus beau sang-froid; à votre aise, mais souffrez que les affaires passent avant les plaisirs; » et il rentre à l’audience. Elle dure deux heures, devant le duc qui se démène et piaffe.
Dès qu’elle est finie, Beaumarchais quitte sa robe et le prie de s’expliquer. Mais le duc ne veut que se battre, et sur-le-champ. Beaumarchais accepte, à la condition, comme pour son affaire avec M. de Meslé, qu’on lui laissera prendre une épée plus sérieuse que celle qu’il porte. Le duc lui répond que M. de Turpin, qui sera témoin du duel, lui en prêtera