‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 250 sur 803 · CHÉRUBIN, SUZANNE, FIGARO, LA COMTESSE, LE COMTE, FANCHETTE, BASILE · texte numérisé non relu

CHÉRUBIN, SUZANNE, FIGARO, LA COMTESSE, LE COMTE, FANCHETTE, BASILE

( Beaucoup de valets , paysannes, paysans vêtus de blanc.)

FIGARO, tenant une toque de femme, garnie de plumes blanches et de rubans blancs, parle à la comtesse.

Il n y a que vous, madame, qui puissiez nous obtenir cette faveur.

LA COMTESSE

Vous les voyez, monsieur le comte, ils me supposent un crédit que je n’ai point; mais comme leur demande n’est pas déraisonnable...

LE COMTE, embarrassé.

Il faudrait qu’elle le fût beaucoup.,,

FIGARO, bas à Suzanne.

Soutiens bien mes efforts.

SUZANNE, bas à Figaro.

Qui ne mèneront à rien.

FIGARO, bas.

Va toujours.

LE COMTE, à Figaro.

Que voulez-vous?

FIGARO

Monseigneur, vos vassaux, touchés de l’abolition <1 un certain droit fâcheux que votre amour pour madame... r

LE COMTE

dire*? bi6n’ “ dr0U n eX'Ste P)US : que veux~tu FIGARO, malignement .

Qu il est bien temps que la vertu d’un si bon maître éclaté! Elle m’est d’un tel avantage aujour-

d hui, que je désire être le premier à la célébrer à mes noces.

LE COMTE, plus embarrassé.

Tu te moques, ami! l’abolition d’un droit honteux n est que 1 acquit d’une dette envers l’honuêfete In Espagnol peut vouloir conquérir la beauté par des soins; mais en exiger le premier, le plus doux emploi, comme une servile redevance : ah> «est la tyrannie d’un Vandale, et non le droit avoue d’un noble Castillan.

FIGARO, tenant Suzanne par la main

mdvnTr?62 d°nC qUe C6tte jeune <*éàturé, de e sagesse a préservé l’honneur, reçoive de votre main publiquement la toque virginale, ornée d p urnes et de rubans blancs, symbole de îa

pour tons?8 mtentl0ns •' adoptez-en la cérémonie en €S mf1na^es’ et qu’un quatrain chanté

en chœur rappelle à jamais le souvenir...

LE COMTE, embarrassé.

Si je ne savais pas qu’amoureux, poëte et musicien, sont trois titres d’indulgence pour toutes les folies...

Joignez-vous à moi, mes amis!

TOUS ENSEMBLE

Monseigneur! monseigneur!

SUZANNE, au comte.

Pourquoi fuir un éloge que vous méritez si bien?

LE COMTE, à part.

La perfide!

FIGARO

Regardez-la donc, monseigneur; jamais plus jolie fiancée ne montrera mieux la grandeur de votre sacrifice.

SUZANNE

Laissez là ma figure, et ne vantons que sa vertu.

LE COMTE, à part.

C’est un jeu que tout ceci.

LA COMTESSE

Je me joins à eux, monsieur le comte; et cette cérémonie me sera toujours chère, puisqu’elle doit son motif à l’amour charmant que vous aviez pour moi.

le comte.

Que j’ai toujours, madame; et c’est à ce titre que je me rends.

TOUS ENSEMBLE

Vivat !

Je suis pris. (Haut.) Pour que la cérémonie eût un peu plus d éclat, je voudrais seulement qu’on la remît à tantôt. (A part.) Faisons vite chercher Marceline.

FIGARO, à Chérubin.

Eh bien! espiègle, vous n’applaudissez pas?

SUZANNE

Il est au désespoir; monseigneur le renvoie.

LA COMTESSE

Ah ! monsieur, je demande sa grâce.

LE COMTE

Il ne la mérite point.

la comtesse.

Hélas ! il est si jeune !

LE. COMTE

Pas tant que vous le croyez.

CHÉRUBIN, tremblant.

Pardonner généreusement n’est pas le droit du seigneur auquel vous avez renoncé en épousant madame.

LA COMTESSE

Il n’a renoncé qu’à celui qui vous affligeait tous.

SUZANNE

Si monseigneur avait cédé le droit de pardonner ce serait sûrement le premier qu’il voudrait racheter en secret.

LE COMTE, embarrassé.

Sans doute.

LE MARIAGE DE FIGARO, ACTE I, SCÈNE X

plus de main-chaude ou de colin-maillard. De bons soldats, morbleu ! basanés, mal vêtus ; un grand fusil bien lourd ; tourne à droite, tourne a gauche, en avant, marche à la gloire ; et ne va pas broncher en chemin, à moins qu’un bon coup de

la comtesse.

Et pourquoi le racheter?

CHERUBIN, au comte.

Je fus léger dans ma conduite, il est vrai, monseigneur; mais jamais la moindre indiscrétion dans mes paroles...

le comte, embarrassé.

Eh bien! c’est assez...

FIGARO

Qu’entend-il ?

LE COMTE, vivement.

C’est assez, c’est assez; tout le monde exige son pardon, je l’accorde, et j’irai plus loin : je lui donne une compagnie dans ma légion.

TOUS ENSEMBLE

Vivat !

LE COMTE

Mais c’est à condition qu’il partira sur-le-champ, pour joindre en Catalogne.

FIGARO

Ah ! monseigneur, demain.

LE COMTE insiste.

est bien singulier

Je le veux.

J’obéis.

chérubin.

LE COMTE

Saluez votre marraine, et demandez sa protec-

(i Chérubin met un genou en terre devant la comtesse , et ne peut parler .)

LA COMTESSE, émue.

Puisqu’on ne peut vous garder seule™eQt 1 jourd’hui, partez, jeune homme. "°u^el e“ tous appelle; allez le remplir dignement. Honorez X bienfaiteur. Souvenez-vous de cette maison, où votre jeunesse a trouvé tant d’indulgence. Soyez soumis, honnête et brave; nous prendrons part a

vos succès. v

(i Chérubin se relève , et retourne a sa place.)

Vous êtes bien émue, madame î

LA COMTESSE

Je ne m’en défends pas. Qui sait le sort d’un enfant jeté dans une carrière aussi dangereuse. I est allié de mes parents ; et, de plus, il est mon leul.

LE COMTE, à part.

Je vois que Basile avait raison. (Haut.) ,e«ne homme, embrassez Suzanne... pour la derniere

fois.

FIGARO

pourquoi cela, monseigneur? Il Rendra passer ses hivers. Baise-moi donc aussi, capitaine. ( p «mirasse.) Adieu, mon petit Chérubin. Tu vas mener un train de vie bien différent, mon entant : dame . tu ne rôderas plus tout le jour au quartier des femmes; plus d’échaudés, de goûtes a la creme ,

feu.,

SUZANNE

Fi donc, l’horreur !

LA COMTESSE

Quel pronostic ?

LE COMTE

Où donc est Marceline ? U qu’elle ne soit pas des vôtres !

FANCHETTE

Monseigneur, elle a pris le chemin du bourg, pai le petit sentier de la ferme.

LE COMTE

Et elle en reviendra...

BASILE

Quand il plaira à Dieu.

FIGARO

S’il lui plaisait qu’il ne lui plût jamais !..

FANCHETTE

Monsieur le docteur lui donnait le bras.

LE COMTE, vivement.

Le docteur est ici?

BASILE

Elle s’en est d’abord emparée.

LE COMTE, à part.

Il ne pouvait venir plus à propos.

FANCHETTE

Elle avait l’air bien échauffé ; elle s parlait tou» haut en marchant, puis elle s arrêtait, et faisait comme ca de grands bras... ; et monsieur le docteur lui faisait comme ça de la main, en 1 apaisant. Elle paraissait si courroucée 1 elle nommait mon

cousin Figaro.

le comte lui prend le menton.

Cousin... futur.

FANCHETTE, montrant Chérubin.

Monseigneur, nous avez-vous pardonne d hier. LE COMTE interrompt.

Bonjour, bonjour, petite.

FIGARO

C’est son chien d’amour qui la berce; elle aurait troublé notre fête.

LE COMTE, à part.

Elle la troublera, je t’en réponds. [Haut.) Allons, madame, entrons. Basile, vous passerez chez moi. SUZANNE, à Figaro.

Tu me rejoindras, mon fils?

FIGARO, bas à Suzanne.

Est-il bien enfilé?

SUZANNE, bas.

Charmant garçon ! .

° D [lis sortent tous.)

LE MARIAGE DE FIGARO, ACTE II, SCÈNE I

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