Correspondance secrète inédite in-8, t. 1, p
| 2. Id., p. 119.
VIE DE BEAUMARCHAIS
XXXYII
cargaison dont un chargement de tabac aura pris la place : « Ainsi M. de Maurepas, écrit Beaumarchais, se voit dégagé de sa parole envers ceux à qui il l’a donnée, et moi de la mienne envers lui1 1 » C’est du Figaro allant en guerre.
Le Fier-Rodrigue n’eut pas besoin de se laisser prendre, il put se battre et le fit bien.
Louis XYI, retenu longtemps par la prudence du vieux Maurepas, mais pressé par ses autres ministres Sartine et Yergennes, et craignant d’ailleurs une réconciliation des Américains et des Anglais, qui les eût amenés ensemble contre la France, se décide enfin, le 13 mars 1778, à signifier à l’Angleterre la reconnaissance des États-Unis, ce qui équivaut à une déclaration de guerre. Le Fier-Rodrigue prendra part aux hostilités. On complète son armement, et il part convoyant dix navires de commerce de la flotte de Beaumarchais. A la hauteur de la Grenade, l’amiral d’Estaing, prêt à combattre l’amiral Biron, l’aperçut qui passait au large ; il le fit héler, le mit en ligne au premier rang, et le gain du combat lui fut dû en partie. Mais à quel prix ! son capitaine tué, ses mâts brisés, ses flancs troués, les dix navires qu’il devait défendre dispersés, pris ou perdus !
Beaumarchais ne vit que la victoire : une lettre, que lui écrivit d’Estaing pour le remercier, une chanson qu’il fit sur l’amiral anglais, avec l’air de la vieille ronde : Quand Riron voulut danser , et dont le roi, en passant, le félicita par un sourire 2, le consolèrent de tout. Le ministre, il est vrai, avait promis de l’indemniser, et le fit complètement, mais sans hâte. On lui alloua deux millions, dont il toucha d’abord quatre cent mille francs, et qui furent achevés de payer en 1785, six ans après3, au moment d’une nouvelle crise pour ses affaires auxquelles ce secours fit encore éviter la banqueroute.
L’Angleterre vaincue s’en prit à lui. Un manifeste que rédigea Gibbon pour son roi, sous le titre de Mémoire justificatif , le visa si directement qu’il voulut, avec son audace ordinaire, intenter un procès au roi d’Angleterre 4 ! Il s’en tint heureusement à son arme ordinaire, la plume. Il publia en décembre 1779 ses Observations sur le Mémoire justificatif de Londres , d’accord avec le ministère qui, dit-on même, le lui avait payé mille écus 5. Quelques lignes s’y trouvèrent, sur la triste paix de 1763, et sur l’état misérable où elle avait réduit notre marine, qui firent jeter les hauts cris à MM. de Choiseul et Praslin, signataires du traité. Ils demandèrent par deux lettres indignées que les Observations fussent supprimées6. On ne supprima que ce qui les avait blessés, et le manifeste patriotique continua son succès.
L’instant vient où Beaumarchais voudra d’autres satisfactions que celles qu’on trouve à travailler pour le patriotisme et l’indépendance. Il a donné aux États-Unis beaucoup de son argent et de celui de ses associés. Il est temps qu’ils arrivent à remboursement. Nous avons vu déjà combien ils s’y hâtaient peu. Les promesses se faisaient attendre, et quand elles venaient enfin, rien ne les suivait. Il en est encore de même à la fin de la guerre. La victoire ne les rend pas plus justes. On veut toujours croire à Philadelphie que l’argent de Beaumarchais n’était que de l’argent du roi. C’est donc au roi seul qu’on tient à en renvoyer toute la reconnaissance, et cela, d’autant plus volontiers que de ce côté reconnaissance n’implique pas remboursement, du moins aussi impérieux, aussi prompt.
Arthur Lee pousse plus que jamais à cette conviction, dont s’accommode au mieux l’économe Amérique, très-empressée, puisqu’elle est en voie d’indépendance, à se rendre indépendante des services comme du reste.
Notre homme, à qui depuis longtemps rien n’échappe de ces manœuvres, les déjoue.
1. Loménie, t. II, p. 152. | 4. Correspondance secrète inédite in-S, t. I, p. 293.
2. Correspondance secrète, t. VIII, p. 253, 255. 5. Mémoires secrets, t. XIV, p. 310.
3. Loménie, t. II, p. 168. J G. Correspondance secrète, t. IX, p. 141-145.
VIE DE BEAUMARCHAIS
A A A V lit -g • •,
Une lettre de lui que M. de Loménie , si bien renseigné pourtant sur toute cette .a aire , r ta nas connue et qui date des derniers temps de Beaumarchais, juillet 1 -98, lorsqu U en était
encore réduit, après vingt ans, à réclamer son dû, explique ^"n
tants de ses débiteurs doutre-mer, ayant voulu, « entre autres sottise ,
778 à leur payetau nôtre, « qu’il avait eu l’art d’obtenir un présent très-considerable d ceux qui^ouvernadent la Frakcei, dont U n’aurait fait ainsi que dépenser Argent avanm alors reçu de sa part, sur ce point, le plus victorieux démenti : « Tous ^ eltorts d Àr hu Lee et consorts dit-il dans cette lettre ‘, furent bravement repousses, ec aircis et det par moi à leur honte, à Versailles, ce qui amena l’ordre exprès donne ^ ^eplénLson ministre Vergennes de faire déclarer au Congres américain par Gérard notre pie p tentiaire en Amérique, au nom et par ordre du ro, : que 1 intention p«S. M d^tair aux Américains aucun présent par moi n’avait jamais existe; que c était de ma par 35ÎSS —ci* i libre, à laquelle le mini*. parUe.^a ,» en P«-
mettant au sieur de Beaumarchais de se pourvoir dans les chantiers, magasin
mais comment. Par un Acompte. Il lui envoya pour deux millions cinq cent quarante-quatre mille francs de lettres de change a rots^ a Séance, tirées sur Franklin. Ce n’était que la moitié de là dette, qui “ elle-meme de plus de trois ans ! Le reste viendrait plus tard. Qui sait ? peut-être jama s. Le Coogres
semblait espérer que le temps qu’il se donnait lui amènerait ^eJ?D^“^I!JréBOr et le rien payer Le prétexte survint en effet, à l’occasion d’un compte entre i°tre trésor Congrès pour un emprunt de celui ci que le roi devait garantir, et qui fit îeme J
tou/ce qui financièrement tenait de plus ou moins près, dans les papiers du mmist , cr e nce du roi sur le Congrès. Le million, dont Beaumarchais avait donne reçu le 0 uin 1Î76, reparut alors, et, sans que le commis y regardât, fut mis au passif des Etats-Unis , ce oui fit monter leur dette envers le roi, de huit millions a neuf millions. ^
Quelle arme pour le Congrès ! On comprend l’ardeur qu’il mit a la saisir pour
trouvait enfin la trace, combien d’autres n avait-il pas du touc , q P ’ der plus
jour, exhiberaient aussi leur récépissé^! Il sembla donc bon c’omme on verra,
loin, sans demander communication du terrible reçu, ce qui 1 P ’ d couper court
en faire mieux connaître la nature, et sans même prévenir Beaumaichais, de coup
désormais à tout remboursement envers lui. ? ppt
Ce qu’décrivit dès lors pour activer l’entière liquidation de son compte, q incident un nouvel agent des États-Unis avait remis en quest .on i -esta donc sans d’aucune sorte, surtout en argent comptant Son etonnement fut tres-viL P dans
plus vive encore: « Un peuple devenu puissant et souverain, écrivit- 1 pai ex™ ,
une lettre du 12 juin Î78? au président du Congrès*, peut
gratitude comme une vertu de particulier au-dessous de la politique , mais nen P TZ d’être juste, et surtout de payer ses dettes. »
bientôt que son compte avait été repris, mais pai qui • vénondre II le fit avec
pu trouver mieux que cet ennemi intime de Beaumarchais pour ta
la plus hostile effronterie. Ses conclusions furent que Beaumarchais . bien lo
créancier des États pour les trois millions six cent mille francs qu d réclamait, était leur