‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 372 sur 803 · FIGARO, LÉON · texte numérisé non relu

FIGARO, LÉON

LÉON, désolé.

Ah ! dieux !

FIGARO

De quoi s’agit-il donc, monsieur?

LÉON

Hélas ! je l’ignore moi-même. Jamais je n avais vu Floresta de si belle humeur, et je savais qu’elle avait eu un entretien avec mon père. Je la laisse un instant avec M. Bégearss ; je la trouve seule, en rentrant, les yeux remplis de larmes, et m ordonnant de la fuir pour toujours. Que peut-il donc lui avoir dit ?

FIGARO

Si je ne craignais pas votre vivacité, je vous instruirais sur des points qu’il vous importe de savoir. Mais lorsque nous avons besoin d’une grande prudence, il ne faudrait qu’un mot de vous, trop vif, pour me faire perdre le fruit de dix années d’observations.

LÉON

Ah! s’il ne faut qu’être prudent... Que crois-tu donc qu’il lui ait dit ?

FIGARO

Qu’elle doit accepter Honoré Bégearss pour époux;

que c’est une affaire arrangée entre monsieur votre père et lui.

LÉON

Entre mon père et lui ? Le traître aura ma vie.

FIGARO

Avec ces façons-là, monsieur, le traître n’aura pas votre vie ; mais il aura votre maîtresse, et votre fortune avec elle.

LÉON

Eh bien! ami, pardon : apprends-moi ce que je dois faire.

FIGARO

Deviner l’énigme du Sphinx , ou bien en être dévoré. En d’autres termes, il faut vous modérer, le laisser dire, et dissimuler avec lui.

LÉON, avec fureur.

Me modérer!... Oui, je me modérerai. Mais j’ai la rage dans le cœur ! — M’enlever Florestine! Ah! le voici qui vient : je vais m’expliquer... froidement.

FIGARO

Tout est perdu si vous vous échappez.

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