‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 393 sur 803 · LA MÈRE COUPABLE , ACTE IV, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

LA MÈRE COUPABLE , ACTE IV, SCÈNE VII

BÉGEARSS, d'un ton bien fut , secouant le tabac de son jabot.

Et toi, Suzanne, qu’en dis-tu?

SUZANNE

Ma foi, monsieur, je vous admire. Au milieu du désordre affreux que vous entretenez ici, vous seul êtes calme et tranquille; il me semble entendre un génie qui fait tout mouvoir à son gré.

BÉGEARSS, bien fat.

Mon enfant, rien n’est plus aisé. D’abord, il n’est que deux pivots sur qui roule tout dans le monde: la morale et la politique. La morale, tant soit peu mesquine, consiste à être juste et vrai; elle est, dit-on, la clef de quelques vertus routinières.

SUZANNE

Quant à la politique?...

BÉGEARSS, avec chaleur.

Ah ! c’est l’art de créer des faits, de dominer, eu se jouant, les événements et les hommes; l’intérêt est son but, l’intrigue son moyen : toujours sobre de vérités, ses vastes et riches conceptions sont un prisme qui éblouit. Aussi profonde que l’Etna, elle brûle et gronde longtemps avant d’éclater au dehors; mais alors rien ne lui résiste. Elle exige de hauts talents : le scrupule seul peut lui nuire, (en riant) c’est le secret des négociateurs.

SUZANNE

Si la morale ne vous échauffe pas, l’autre, en revanche, excite en vous un assez vif enthousiasme.

BÉGEARSS, averti , revient à lui.

Eh!... ce n’est pas elle; c’est toi. — Ta comparaison d’un génie... — Le chevalier vient; laissenous.

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