LÉON, BÉGEARSS
LÉON
Monsieur Bégearss, je suis au désespoir!
BÉGEARSS, d'un ton protecteur.
Qu’est-il arrivé, jeune ami?
LÉON
Mon père vient de me signifier, avec une dureté!... que j’eusse à faire, sous deux jours, tous les apprêts de mon départ pour Malte. Point d’autre train, dit-il, que Figaro, qui m’accompagne, et un valet qui courra devant nous.
BÉGEARSS
Cette conduite est en effet bizarre, pour qui ne sait pas son secret; mais nous qui l’avons pénétré, notre devoir est de le plaindre. Ce voyage est le fruit d’une frayeur bien excusable : Malte et vos vœux ne sont que le prétexte; un amour qu’il redoute est son véritable motif.
LÉON, avec douleur.
Mais, mon ami, puisque vous l’épousez!
BÉGEARSS, confidentiellement .
Si son frère le croit utile à suspendre un fâcheux départ!... Je ne verrais qu’un seul moyen...
LÉON
O mon ami! dites-le-moi.
BÉGEARSS
Ce serait que madame votre mère vainquît cette timidité qui l’empêche, avec lui, d’avoir une opinion à elle; car sa douceur vous nuit bien plus que ne ferait un caractère trop ferme. — Supposons qu’on lui ait donné quelque prévention injuste: qui a le droit, comme une mère, de rappeler un père à la raison? Engagez-la à le tenter... non pas aujourd’hui, mais... demain, et sans y mettre de faiblesse.
LÉON
Mon ami, vous avez raison : cette crainte est son vrai motif. Sans doute il n’y a que ma mère qui puisse le faire changer. La voici qui vient avec celle... que je n’ose plus adorer. ( Avec douleur.) O mon ami, rendez-la bien heureuse!
BÉGEARSS, caressant.
En lui parlant tous les jours de son frère.