‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 408 sur 803 · LES PRÉCÉDENTS, FIGARO · texte numérisé non relu

LES PRÉCÉDENTS, FIGARO

FIGARO, accourant.

Elle a repris sa connaissance?

SUZANNE

Ah! Dieu! j’étouffe aussi.

(Elle se desserre.)

LE COMTE crie .

Figaro, vos secours !

FIGARO, étouffé.

Un moment! calmez-vous. Son état n’est plus si pressant. Moi qui étais dehors, grand Dieu ! Je suis rentré bien à propos !... Elle m’avait fort effrayé 1 Allons, madame, du courage!

LA COMTESSE, priant , renversée.

Dieu de bonté, fais que je meure!

LÉON, en l'asseyant, mieux.

Non, maman, vous ne mourrez pas, et nous réparerons nos torts. Monsieur! vous que je n’outragerai plus en vous donnant un autre nom, reprenez vos titres, vos biens; je n’y avais nul droit : hélas ! je l’ignorais. Mais, par pitié, n’écrasez point d’un déshonneur public cette infortunée qui fut votre... Une erreur expiée par vingt années de larmes est-elle encore un crime, alors qu’on fait justice? Ma mère et moi, nous nous bannissons de chez vous.

LE COMTE, exalté.

Jamais ! Vous n’en sortirez point.

LÉON

Un couvent sera sa retraite; et moi, sous mon nom de Léon, sous le simple habit d’un soldat, je défendrai la liberté de notre nouvelle patrie. Inconnu, je mourrai pour elle, ou je la servirai en zélé citoyen.

(Suzanne pleure dans un coin; Figaro est absorbé dans l'autre.)

LA COMTESSE, péniblement.

Léon, mon cher enfant, ton courage me rend la vie! Je puis encore la supporter, puisque mon fils a la vertu de ne pas détester sa mère. Cette fierté dans le malheur sera ton noble patrimoine. Il m’épousa sans biens ; n’exigeons rien de lui. Le travail de mes mains soutiendra ma faible existence; et toi, tu serviras l’État.

LE comte, avec désespoir.

Non, Rosine! jamais. C’est moi qui suis le vrai coupable ! De combien de vertus je privais ma triste vieillesse !...

LA COMTESSE

Vous en serez enveloppé. — Florestine et Bégearss vous restent ; Floresta, votre fille, l’enfant chéri de votre cœur!...

LE COMTE, étonné.

Comment!... d’où savez- vous?... qui vous l’a dit?...

LA COMTESSE

Monsieur, donnez-lui tous vos biens; mon fils et moi n’y mettons point d’obstacle : son bonheur nous consolera. Mais, avant de nous séparer, que j’obtienne au moins une grâce. Apprenez-moi comment vous êtes possesseur d’une terrible lettre que je croyais brûlée avec les autres. Quelqu’un m’a-t-il trahie?

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