SCÈNE VU
URSON, ATAR, ALTAMORT.
ATAR
Que me veux-tu, brave soldat?
TARARE, avec un grand trouble.
O mon roi! prends pitié de mon affreux état. En pleine paix, un avare corsaire Comble sur moi les horreurs de la guerre. Tous mes jardins sont ravagés,
Mes esclaves sont égorgés ;
L’humble toit de mon Astasie Est consumé par l’incendie...
ATAR
Grâce au ciel, mes serments vont être dégagés! Soldat qui m’as sauvé la vie,
Reçois en pur don ce palais Que dix mille esclaves malais Ont construit d’ivoire et d’ébène,
Ce palais dont l’aspect riant Domine la fertile plaine Et la vaste mer d’Orient.
Là, cent femmes de Circassie,
Pleines d’attraits et de pudeur,
Attendront l’ordre de ton cœur,
Pour t’enivrer des trésors de l’Asie.
Puisse de ton bonheur l’envieux s’irriter ! Puisse l’infâme calomnie,
Pour te perdre, en vain s’agiter!
ALTAMORT, bas.
Mais, seigneur, ta hautesse oublie...
ATAR, bas.
Je l’élève, Altamort, pour le précipiter.
{Haut.)
Allez, vizir, que l’on publie...
TARARE
' O mon roi ! ta bonté doit se faire adorei .
Des maux du sort mon âme est peu saisie; Mais celui de mon cœur ne peut se réparer : Le barbare emmène Astasie.
ATAR, avec un signe d'intelligence.
Qelle est cette femme, Altamort?
ALTAMORT.
URSON.
Seigneur, c’est ce guerrier, du peuple la merveille. . .
ATAR
Garde-toi que son nom offense mon oreille!
URSON.
Il pleure ; autour de lui tout le peuple empressé
Seigneur, si j’en crois son transport,
Quelque esclave jeune et jolie.
TARARE, indigné.
Une esclave! une esclave! Excuse, ô roi d’Ormus! A ce nom odieux tous mes sens sont émus.