‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 445 sur 803 · TARARE, ACTE I, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

TARARE, ACTE I, SCÈNE IX

Astasie est une déesse.

Dans mon cœur souvent combattu,

Sa voix sensible, enchanteresse,

Faisait triompher la vertu.

D’une ardeur toujours renaissante J’offrais sans cesse à sa beauté,

Sans cesse à sa beauté touchante,

L’encens pur de la volupté.

Elle tenait mon âme active Jusque dans le sein du repos :

Ah ! faut-il que ma voix plaintive En vain la demande aux échos !

ATÀR.

Quoi ! soldat, pleurer une femme !

Ton roi ne te reconnaît pas.

Si tu perds l’objet de ta flamme,

Tout un sérail t’ouvre ses bras.

Faut-il regretter quelques charmes,

Quand on retrouve mille attraits?

Mais l’honneur qu’on perd dans les larmes, On ne le retrouve jamais.

TARARE, suppliant.

Seigneur !

ATAR

Qu’as-tu donc fait de ton mâle courage, Toi qu’on voyait rugir dans les combats ;

Toi qui forças un torrent à la nage,

En transportant ton maître dans tes bras?

Le fer, le feu, le sang et le carnage N’ont jamais pu t’arracher un soupir;

Et l’abandon d’une esclave volage Abat ton âme et la force à gémir!

TARARE, vivement.

Seigneur, si j’ai sauvé ta vie,

Si tu daignes t’en souvenir,

Laisse-moi venger Astasie Du traître qui l’osa ravir.

Permets que, déployant ses ailes,

Un léger vaisseau de transport Me mène, vers ces infidèles,

Chercher Astasie ou la mort.

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