‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 515 sur 803 · COPIE EXACTE DE L’ÉCRIT SOI-DISANT ENVOYE A MARIN · texte numérisé non relu

COPIE EXACTE DE L’ÉCRIT SOI-DISANT ENVOYE A MARIN

et qui m’a été remis de la part d un de ses amis,

QUI LE CERTIFIERA s’iL EST ENTENDU SUR CE FAIT.

Après toutes les horreurs que le sieur Caron a vomies contre vous, monsieur, et contre tout le monde, je crois que vous voulez le faire repentir ; il a l’insolence de vous défier de parler ; il faut qu’il soit, comme on dit, fou : cela m’a plus révolté que tout le reste; et, comme en vous vengeant vous nous vengerez aussi, et autant pour punir un scélérat que pour faire plaisir à tant d’offenses, il faut le prendre par où il ne s’attend pas. Il croit être en sûreté, parce qu’il a pu dans ce pays ici cacher sa méchanceté sous des apparences qui le tireraient toujours de nos reproches; il dit partout qu’il fera repentir le premier qui l’attaquera dans sa conduite : peut-être a-t-il raison pour ce qui regarde la France; mais, le misérable, il ne croit pas qu’il y a des gens instruits de ses coquineries en Espagne. Mais moi j’y étais, tous mes amis et mes parents y sont encore, et la preuve est au bout ici. Il avait sa sœur, maîtresse du seigneur Joseph Clavijo, à Madrid, garde des archives de la couronne, mon parent, qui s’en dégoûta par mauvaise conduite. Son frère vint dans 1 esperance de faire épouser malgré lui sa sœur à mon parent, qui, le 24 mai 1764, rendit une plainte que le sieur Caron, dit Beaumarchais, était venu a six heures du matin, s’était fait introduire sous un faux nom chez M. Portuguès, chef des bureaux d’État, où il logeait; et qu’ayant ferme la porte et présenté un pistolet, lui avait fait signer une promesse de mariage dans son ht, sous peine de le tuer s’il bronchait : c’est bien pis que ce qu il dit de M. Goëzman. Et comme chez nous les présents sont une preuve qu’on veut épouser, il s e ai fait en même temps donner des bijoux, des pièces d’or étrangères, enfin pour près de 8,000 livres comme présents de noces faits de bon gre. adessus il y eut ordre, sur la plainte de mon paren à M. le marquis de Robiou, commandant de Madrid, de faire mettre le fripon au cachot, qui se sauva chez l’ambassadeur de France : mais quand il fallut rendre les bijoux, il dit que son laquais I les avait volés, et garda tout comme un gueux, déshonoré par cette friponnerie ; et puis apres, pour rendre au seigneur Clavijo le tour qu il lui avait joué il fut chercher une femme de chambre, que Clavijo avait entretenue avant sa sœur ; il donna de l’argent à cette fille, pour présenter a la justice des lettres de mon parent. Il prétendit que c étaient des promesses de mariage; et, comme on est tres-rigoureux chez nous sur ce cas, en attenda q tout fût clair, on arrêta mon parent, qui tôt prouvé et fait avouer à la fille que le fripon avait remué cette corde. Enfin, pour couronner tout, il finit par tenir la banque un soir che il ambassadeur de Russie, avec des cartes arrangées, et

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gagna près de cent mille livres la nuit : l’ambassadeur le fit chasser; on se plaignit à M. d’Ossun, qui lui ordonna de sortir d’Espagne vite, où il laissa tout, habit, linge, pour s’en aller bien vite à cheval ; il aurait été pourrir en cachot, et ce n’est pas là des contes. J’ai écrit pour avoir la preuve, et lever la plainte de mon parent, qui est publique pour faits de violence et friponnerie; il a fait un conte différent du vrai en France; mais vous aurez plus de témoins qu’il en faut, parce qu’ayant chez lui le vrai, dans le temps qu’on a fait inventaire chez lui, il a voulu arracher les papiers à la justice, qui les a lus malgré lui, et tous l’ont connu pour ce qu’il est; faites-en ce qu’il vous plaira, vous ou M. Goëzman. Voilà pour le payer du baptême, qui est une chose très-innocente. Une femme qui était son amie, vous entendez, là-bas, veut bien conter les choses comme lui, quand ils en parlent; mais nous avons, Dieu merci, toutes les preuves, les lettres, et tout. Il vous défie? eh bien! défiez-le de se justifier sur sa coquinerie d’Espagne, sur sa sœur; et, s’il ose parler, comme il ne dira que des mensonges, il sera pris; nous fondrons tous sur lui, comme pour instruire de tout contre un si grand imposteur; et une fois bien démasqué là-dessus, il faut qu’il s’enfuie tout le reste de sa vie. Il n’y a rien qui vaille ça; et M. Portuguès, et M. Lianos, et M. Pachico, et autres personnes du conseil du roi, à Madrid, tous amis de mon parent, donneront leur attestation, et on fournira tout au parlement, on peut en être sûr. S’il n’avait pas été protégé par M. d’Ossun avant que l’ambassadeur sût la vérité, jamais il n’aurait revu le jour; M. d’Ossun s’en est bien repenti après l’affaire du jeu. Il l’a écrit aux Dames : c’est la vraie cause secrète qu’elles n’ont plus voulu que le fripon approchât d’elles à Versailles; mais voilà ce qu’on ne dit pas tout haut. Encore un petit moment, je suis avec bien de l’empressement et à votre service et celui de tous les honnêtes gens qui sont les ennemis de ce fripon-là,

Monsieur,

Votre très-humble et obéissant serviteur.

Voulez-vous m’envoyer votre mémoire et autres par mon laquais? Je les ferai passer à Madrid par le premier courrier : ça fera plaisir à tout le monde.

Cette misérable lettre n’est point signée, ou parce que l’original lui-même est anonyme, ou parce qu’on n’a pas voulu, en me l’envoyant, mettre le nom de celui qui l’avait écrite, dans la crainte de mes recherches. Les uns disent qu’elle est d’un ambassadeur; les autres, d’unhomme venu d’Espagne avec M. le comte d’Aranda ; d’autres, qu’elle est signée d’un gentilhomme arrivé depuis peu. Jamais gentilhomme n’a écrit de ce style. Quoi qu’il en soit, en attendant que ce gentil-

homme de cuisine ou de gazette fasse venir ses preuves d’Espagne, et les fournisse à Marin pour en guirlander son mémoire, voici ma réponse à la lettre ééhappée du tripot.

Quelques notions confuses d’une querelle d’éclat que j’eus en 1764 à Madrid ont fait sans doute espérer à mes ennemis qu’ils pourraient établir une nouvelle diffamation sur cette aventure ignorée en France, et sur laquelle il resterait au moins des soupçons affreux contre moi, de quelque façon que j’entreprisse de m’en justifier après dix ans de silence, et à quatre cents lieues de l’endroit de la scène.

Et moi, pressé de relever des faits aussi graves, je vais tout uniment ouvrir les mémoires de mon voyage d’Espagne en 1764, et donner en 1774 à ce fragment de ma vie une publicité qu’il ne devait jamais avoir.

Dans un événement aussi extraordinaire que celui dont je vais rendre compte, tout ne peut être à mon avantage ; et, quoi que je fasse, il me sera toujours reproché par les uns d’avoir mis trop de fierté dans ma conduite ; par les autres, cette fierté sera peut-être appelée arrogance : mais un jour, mieux connu, et toutes mes actions se servant d’appui, l’on finira par trouver que je n’ai mis à celle-ci ni dureté ni arrogance, mais seulement une fermeté d’âme que l’orgueil de bien faire a quelquefois exaltée.

S’il se mêle un peu d’amour-propre à faire le bien, cet amour-propre est de la plus noble espèce. Loin de le regarder comme un mal, et sans nous donner pour meilleurs que nous ne sommes en effet, il faut avouer que le bonheur d’être estimable tient beaucoup à l’honneur d’être estimé. Rois, sujets, grands et petits, tous sont affamés de la considération publique. Heureux celui qui ne l’a jamais perdue! plus heureux mille fois celui qui, n’ayant pas mérité de la perdre, a pu enfin la recouvrer! C’est à quoi je travaille nuit et jour.

Je remercie mes ennemis de la sévère inquisition qu’ils établissent sur ma vie. Cette liberté dans les procès a au moins cela de bon, que la crainte d’être diffamé à la première querelle peut retenir dans le devoir nombre de gens dont les principes ne sont pas assez certains. Je rends grâces à ces messieurs des occasions qu’ils me fournissent sans cesse de me justifier; mais je prie le lecteur de se souvenir que, quelque extraordinaire que lui paraisse ce qu’il va lire, ma précédente réponse au comte de la Blache, sur l’incroyable fait des lettres supposées de Mesdames, n’offre rien de plus évident ni de plus respectable que les preuves dont j’appuierai cette étonnante narration.

année 1764.

Fragment de mon voigage d’Espagne.

Depuis quelques années j’avais eu le bonheur de m’envelopper de toute ma famille. L’union, la joie,

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la reconnaissance, étaient la récompense continuelle des sacrifices que cet entour exigeait, et me consolaient de l’injure extérieure que des méchants faisaient dès lors à mes sentiments.

De cinq sœurs que j’avais, deux, confiées dès leur jeunesse par mon père à l’un de ses correspondants d’Espagne, ne m’avaient laissé d’elles qu’un souvenir faible et doux, quelquefois ranime

par leur correspondance. 4 ,

En février 1764, mon père reçoit de sa fille ainee une lettre pleine d’amertume, dont voici la subs-

« Ma sœur vient d’être outragée par un homme aussi accrédité que dangereux. Deux fois, à l’instant de l’épouser, il a manqué de parole et s’est brusquement retiré, sans daigner même excuser sa conduite. La sensibilité de ma sœur offensée l’a jetée dans un état de mort dont il y a beaucoup d’apparence que nous ne la sauverons pas; tous ses nerfs se sont retirés, et depuis six jours elle ne parle plus.

« Le déshonneur que cet événement verse sur elle nous a plongés dans une retraite profonde, où je pleure nuit et jour, en prodiguant à cette infortunée des consolations que je ne suis pas en état de prendre pour moi-même.

« Tout Madrid sait que ma sœur n’a rien à se reprocher.

« Si mon frère avait assez de crédit pour nous faire recommander à M. l’ambassadeur de France, Son Excellence mettrait à nous protéger une bonté de prédilection qui arrêterait tout le mal qu’un perfide nous fait et par sa conduite et par ses menaces, etc »

Mon père vient me trouver à Versailles, et me remet, en pleurant, la lettre de sa fille. « Voyez,

« mon fils, ce que vous pouvez pour ces deux u infortunées ; elles ne sont pas moins vos sœurs « que les autres. »

Je me sentis aussi ému que lui au récit de la terrible situation de ma sœur, u Hélas ! mon père, lui dis-je, quelle espèce de recommandation puisje obtenir pour elles? qu’irai-je demander? Qui sait si elles n’ont pas donné lieu, par quelques fautes qu’elles nous cachent, à la honte qui les couvre aujourd’hui ?— J’oubliais, reprit mon père, de vous montrer plusieurs lettres de notre ambassadeur à votre sœur aînée, qui annoncent la plus haute estime pour l’une et pour l’autre. »

Je lisais ces lettres, elles me rassuraient ; et la phrase : « elles ne sont pas moins vos sœurs que les « autres, » me frappant jusqu'au fond du cœur : «Ne pleurez point, dis-je à mon père ; je prends un parti qui peut vous étonner, mais qui me paraît le plus certain, comme le plus sage.

« Ma sœur aînée indique plusieurs personnes respectables qui déposeront, dit-elle, à son frère à Paris, de la bonne conduite et de la vertu de sa sœur. Je veux les voir; et si leur témoignage est

aussi honorable que celui de M. l’ambassadeur de France, je demande un congé, je pars; et, ne prenant conseil que de la prudence et de ma sensibilité, je les vengerai d’un traître, ou je les ramène à Paris partager avec vous ma modique fortune. » Le succès de mes informations m’échauffe le cœur; alors, sans autre délai, je reviens à Versailles apprendre à mes augustes protectrices qu’une affaire aussi douloureuse que pressée exige ma présence à Madrid, et me force de suspendre toute espèce de service auprès d’elles.

Étonnées d’un départ aussi brusque, leur bonté respectable va jusqu’à vouloir être instruites delà nature de ce nouveau malheur. Je montre la lettre de ma sœur aînée : Partez, et soyez sage, » fut

l’honorable encouragement que je reçus des princesses. « Ce que vous entreprenez est bien, et vous « ne manquerez pas d’appui en Espagne, si votre « conduite est raisonnable. »

Mes apprêts furent bientôt faits. Je craignais de ne pas arriver assez tôt pour sauver la vie à ma pauvre sœur. Les plus fortes recommandations auprès de notre ambassadeur me furent prodiguées et devinrent l’inestimable prix de quatre ans de soins employés à l’amusement de Mesdames.

Al’instant de mon départ, je reçois la commission de négocier en Espagne une affaire très-intéressante au commerce de France. M. Duverney, touché du motif de mon voyage, m’embrasse, et me dit :

« Allez, mon fils, sauvez la vie à votre sœur. Quant « à l’affaire dont vous êtes chargé, quelque intérêt « que vous y preniez, souvenez-vous que je suis « votre appui : je l’ai promis publiquement à la « famille royale, et je ne manquerai jamais à un « engagement aussi sacré. Je m’en rapporte à vos « lumières ; voilà pour deux cent mille francs de « billets au porteur que je vous remets pour aug- « menter votre consistance personnelle par un « crédit de cette étendue sur moi. «

Je pars, et vais nuit et jour de Paris à Madrid. Un négociant français, feignant d’avoir affaire à Bayonne, mais engagé secrètement par ma famille de m’accompagner et de veiller à ma sûreté, m avait demandé une place dans ma chaise.

J’arrive à Madrid le 18 mai 1764, à onze heures du matin. J’étais attendu depuis quelques jours ; je trouvai mes sœurs entourées de leurs amis, à qui la chaleur de ma résolution avait donné le désir de me connaître.

A peine les premières larmes sont-elles épanchées, que m’adressant à mes sœurs : « Ne soyez pas étonnées, leur dis-je, si j’emploie ce premier moment pour apprendre l’exacte vérité de votre malheureuse aventure ; je prie les honnêtes gens qui m’environnent, et que je regarde comme mes amis, puisqu’ils sont les vôtres, de ne pas vous passer la plus légère inexactitude. Pour vous servir avec succès, il faut que je sois fidèlement instruit. »

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Le compte fut exact et long. A ce récit, la sensibilité de tout le monde justifiant la mienne, j’embrassai ma jeune sœur et lui dis : « A présent que ie sais tout, mon enfant, sois en repos; je vois avec plaisir que tu n’aimes plus cet homme-là ; ma conduite en devient plus aisée ; dites-moi seulement où je puis le trouver à Madrid. » Chacun élève la voix et me conseille de commencer par aller à Aranjuez voir M. l'ambassadeur, dont la prudence consommée devait diriger mes démarches dans une affaire aussi épi neuse, notre ennemi étant excessivement soutenu par les relations que sa place lui donnait avec des gens fort puissants. Je ne devais rien hasarder à Madrid avant d avoir eu l’honneur d’entretenir Son Excellence à Aranjuez.

« Cela va bien, mes amis, car je vous regarde tous comme tels ; procurez-moi seulement une voiture de route, et demain je vais saluer M. l’ambassadeur à la cour. Mais ne trouvez pas mauvais que je prenne, avant de le voir, quelques instructions essentielles à mon projet ; la seule chose en laquelle vous puissiez tous me servir est de garder le secret sur mon arrivée jusqu’à mon retour d’Aranjuez. »

Je fais tirer promptement un habit de mes malles, et, m’ajustant à la hâte, je me fais indiquer la demeure de don Joseph Clavijo, garde des archives de la couronne, et j’y cours : il était sorti ; l’on m’apprend l’endroit où je puis le rencontrer, et dans le salon même d’une dame chez laquelle il était, je lui dis, sans me faire connaître, qu’arrivé de France le jour même, et chargé de quelques commissions pour lui, je lui demandais Ja permission de l’entretenir le plus tôt possible. Il me remit au lendemain matin à neuf heures, en m’invitant au chocolat, que- j’acceptai pour moi et pour le négociant français qui m’accompagnait.

Le lendemain 19 mai, j’étais chez lui à huit heures et demie; je le trouvai dans une maison splendide qu'il me dit appartenir à don Antonio Portuguès, l’un des chefs les plus estimés des bureaux du ministère, et tellement son ami, qu’en son absence il usait librement de sa maison comme delà sienne propre.

« Je suis chargé, monsieur, lui dis-je, par une k société de gens de lettres, d’établir, dans toutes « les villes où je passerai, une correspondance lit- « téraire avec les hommes les plus savants du <( pays. Comme aucun Espagnol n’écrit mieux « que l’auteur des feuilles appelées le Pemcidor *, <c à qui j’ai l’honneur de parler, et que son mérite (( littéraire a fait même assez distinguer du roi <( pour qu’il lui confiât la garde d’une de ses <( archives, j’ai cru ne pouvoir mieux servir mes « amis qu’en les liant avec un homme de votre « mérite. »

Je le vis enchanté de ma proposition. Pour mieux connaître à quel homme j’avais affaire, je le laissai longtemps discourir sur les avantages que les diverses nations pouvaient tirer de pareilles correspondances. Il me caressait de l’œil, il avait le ton affectueux ; il parlait comme un ange, et rayonnait de gloire et de plaisir.

Au milieu de sa joie, il me demande à mon tour quelle affaire me conduisait en Espagne : heureux, disait-il, s’il pouvait m’y être de quelque utilité. — « J’accepte avec reconnaissance des offres aussi « flatteuses, et n’aurai point, monsieur, de secrets « pour vous. »

Alors, voulant le jeter dans un embarras dont la fin seule de mon discours devait le tirer, je lui présentai de nouveau mon ami. « Monsieur, lui dis-je, n’est pas tout à fait étranger à ce que je vais vous dire, et ne sera pas de trop à notre conversation. » Cet exorde le fit regarder mon ami avec beaucoup de curiosité.

« Un négociant français, chargé de famille et « d’une fortune assez bornée, avait beaucoup de « correspondants en Espagne. Un des plus riches, « passant à Paris il y a neuf ou dix ans, lui fit « cette proposition : Donnez-moi deux de vos filles, « que je les emmène à Madrid ; elles s’établiront « chez moi, garçon âgé, sans famille; elles feront « le bonheur de mes vieux jours, et succéderont « au plus riche établissement de l’Espagne.

« L’aînée, déjà mariée, et une de ses sœurs, lui « furent confiées. En faveur de cet établissement, a leur père se chargea d’entretenir cette nouvelle « maison de Madrid de toutes les marchandises « de France qu’on lui demanderait.

« Deux ans après, le correspondant mourut, et « laissa les Françaises sans aucun bienfait, dans « l’embarras de soutenir toutes seules une maison « de commerce. Malgré ce peu d’aisance, une « bonne conduite et les grâces de leur esprit leur « conservèrent une foule d’amis qui s’empres- « sèrent à augmenter leur crédit et leurs affaires. » (Ici je vis Clavijo redoubler d’attention.)

« A peu près dans ce même temps, un jeune « homme, natif des îles Canaries, s’était fait présence ter dans la maison. » (Toute sa gaieté s'évanouit à ces mots qui le désignaient.) « Malgré son peu « de fortune, les dames, lui voyant une grande arec deur pour l’étude de la langue française et des ce sciences, lui avaient facilité les moyens d'y faire ce des progrès rapides.

ce Plein du désir de se faire connaître, il forme ce enfin le projet de donner à la ville de Madrid le ce plaisir, tout nouveau pour la nation, de lire une ce feuille périodique dans le genre du Spect ateur ce anglais ; il reçoit de ses amies des encouragecc ments et des secours de toute nature. On ne ce doute point qu’une pareille entreprise n’ait le ce plus grand succès : alors, animé par l’espérance cc de réussir à se faire un nom, il ose se proposer

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