‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 524 sur 803 · COPIE DE LA LETTRE DE M. LE MARQUIS DE GRIMALDI, DONT J’AI L’ORIGINAL · texte numérisé non relu

COPIE DE LA LETTRE DE M. LE MARQUIS DE GRIMALDI, DONT J’AI L’ORIGINAL

Au Pardo, le 14 mars 1775.

(( Monsieur,

« Quelle que soit la réussite des propositions a que vous m’avez faites pour l’établissement « d’une compagnie de la Louisiane, elles font in- « finiment d’honneur à vos talents, et ne sauce raient qu’affermir la bonne opinion que j’en ai « conçue. J’ai été, monsieur, fort aise de vous « connaître, et je le suis de pouvoir rendre ce « témoignage à votre capacité. Si vos projets « eussent été compatibles avec la constitution de « l’Amérique espagnole, je pense que leur succès « vous en eût encore mieux convaincu ; mais on a « dû céder à des difficultés insurmontables qui « s'opposaient à leur exécution.

« Je serai charmé de pouvoir vous rendre ser- « vice en toute occasion : en attendant, j’ai le « plaisir de vous souhaiter un bon voyage, et de « vous prier de me croire très-parfaitement, monte sieur, votre très-humble et très-obéissant service teur,

ce Signé : le marquis de Grimaldi. »

Et plus bas est écrit : A M. de Beaumarchais.

J’en ai trop dit pour moi, et je crois en avoir dit assez pour mes lecteurs. Encore un- mot, et je me tais. On assure que MM. Goëzman, Marin, Bertrand, Baculard, et autres personnes respectables , ont chacun un beau mémoire tout prêt contre moi, qu’ils réservent pour la veille du jugement de ce procès. S’ils en usent ainsi pour que je n’aie pas le temps d’y répliquer, cela n’est pas de bonne guerre, et j’agis plus franchement avec eux. Mais sur quelque point de ma vie, sous quelque forme, en quelque temps que ces messieurs me fassent l’honneur de me dénigrer ensemble ou séparément, j’ai celui de les prévenir que je réserve à chacun d’eux un grand cornet bien plein de bonne encre indélébile, et que la génération présente ne passera point avant qu’il soit épuisé à leur service.

En attendant, je vais, pour me reposer, écrire un extrait fidèle de mes confrontations avec M. Goëzman, et l’opposer à l’infidèle extrait que ce magistrat présente dans la ridicule plainte qu’il vient de faire au parlement contre moi. On sent bien que tout cela n’est qu’un jeu pour reculer le jugement du procès que mes nobles adversaires voudraient éterniser. Mais ne craignent-ils pas que la nation ne les rende enfin comptables du temps précieux qu’ils dérobent à la cour? Le service public souffre du retard que cette odieuse affaire apporte à toutes les autres. Et moi, qui perds ici mes forces à leur répondre, j’oublie que

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