‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 523 sur 803 · M appartenir! misérable · texte numérisé non relu

M appartenir! misérable

11. Je suis vengé. Je ne vous hais plus; j’irai même implorer M de Grimaldi pour vous obtenir du pain, si je puis, dans un coin du monde; mais jamais à Madrid.

12. Aussi n’a-t-on mis que de la justice à votre punition. M. XVhal seul a eu la générosité d’y mettre de la colère.

MÉMOIRES

J’ai l’honneur d’être aussi véritablement que jamais,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur, Signé : Clavijo.

Madrid, 17 juin 1774.

P. S. On vient de me dire que mademoiselle Caron doit se marier1 ; je ne puis pas le croire. D’ailleurs, voudrait-on donner à Madrid une nouvelle scène à nos dépens, et m’obliger à m’opposer à ce mariage pour authentiquer la droiture de mes intentions? Non, cela ne peut pas être2.

A M. de Beaumarchais, etc., etc.

Je fus en effet demander grâce à M. le marquis de Grimaldi pour ce misérable homme; mais ce ministre mit à ses refus une indignation si obligeante pour moi, que je n’osai pas insister. J’écrivis le même jour à plusieurs protecteurs de Clavijo, pour les prier de joindre leurs instances aux miennes. « M. le marquis de Grimaldi n’a pas « voulu m’entendre, leur disais-je ; il est révolté « de l’indignité du sujet. Mais un homme malheu- « reux par sa faute l’est doublement; et d’après « cette terrible vérité, Clavijo doit être bien près « du désespoir. Voir mon ennemi même dans cet « affreux état trouble la pureté de ma joie, dans « l’heureux dénouement de mon aventure avec « lui, etc. »

Rien ne put fléchir l’équitable et rigoureux ministre.

La suite de mon voyage d’Espagne est étrangère à ma justification. Quant à l’infamie qu’on m’impute, d’avoir frauduleusement gagné cent mille francs en une nuit chez l’ambassadeur de Russie; et pour laquelle le sieur Marin fait dire à son écrivain que j’ai été chassé de partout, et forcé de fuir d’Espagne avec déshonneur , je me contenterai de répondre que ce même ambassadeur de Russie; milord Roeheford, alors ambassadeur d’Angleterre en Espagne ; M. le comte de Creitz, actuellement ambassadeur de Suède en France; MM. les duc et comte de Crillon, et beaucoup d’autres personnes qualifiées avec lesquelles je jouais tous les jours, et qui m’honoraient d’une bienveillance particulière à Madrid, me l’ont conservée en France; j’ajouterai même que, dans le séjour que ces divers ambassadeurs ont fait depuis à Paris, ils m’ont tous fait l’honneur de manger chez moi, et d’y agréer les témoignages de ma reconnaissance.

Enfin, après un an passé en Espagne à suivre les plus importantes affaires, lorsque les miennes me rappelèrent en France, et qu’après avoir pris congé verbalement de M. le marquis de Grimaldi, j’eus l’honneur de lui demander par écrit ses der-

niers ordres, voici la lettre qu’il m’écrivit du Pardo, où était la cour, la veille de mon départ :

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