POUR ÊTRE EN LIBERTÉ
Il sortira pour être en liberté ! Il était donc obsédé par l’espionnage! En liberté de quoi? de voir en secret le sieur de Beaumarchais, auquel il avait
MÉMOIRES
imposé ce devoir pénible, devoir qui faisait regimber ce dernier, parce que ce dernier est un animal fier (et même un peu brutal, dit le comte de la Blache).
I)e laquelle fierté, duquel regimbage, desquels devoirs pénibles, duquel mystère, desquels espionnages, desquelles lettres anonymes et noires intrigues domestiques, le lecteur va recevoir des preuves aussi claires que le jour!
Le 8 octobre 176'), c’est-à-dire peu de temps après cette arrivée de Touraine sur laquelle les soussignés ont tant argumenté (page 41), en citant trois de mes lettres ostensibles, j’eus occasion d’écrire à M. Duverney le billet suivant, en lui envoyant par une voie sure une atrocité anonyme dont je venais d’être régalé. Je prie le lecteur de donner toute son attention à mon billet d’envoi et à la réponse de M. Duverney, de sa main, sur le même papier. Tout cela est tellement lié à ce qui précède et à ce qui va suivre, qu’on ne peut trop s’en pénétrer. C’est moi qui parle :
« Lisez la belle chienne de lettre anonyme que « je viens de recevoir. Voyez comme vous y êtes « traité, ainsi que moi, et dites encore que mes « devoirs sont de vous voir souvent, parce que je « vous dois de la reconnaissance! Réellement ils « croient que nous machinons quelque chose contre « l’intérêt de votre succession! Je ne veux plus « vous voir avec ce mystère. Ou recevez-moi comme « tous vos amis, ou trouvez bon que je laisse là « mes devoirs. Cela paraît être de la main d’une « femme. On viendra encore vous tourner, vous « questionner : quel parti tiendrez-vous? Celle-ci « est encore plus insolente que celle que vous avez « reçue vous-même.
« L’affaire de l’achat de la maison de Rivaren- « nés, etc. [mais ne détournons 'pas le lecteur de i objet « que je traite en ce moment)... J’espère que vous « allez brûler l’infâme après l’avoir lue. Je vous « avoue qu’elle m’a ému la bile horriblement à la « lecture. Et je disais : C’est ce chien de mystère « qu’on veut que je mette à notre amitié qui m’at- « tire ces horreurs : mon ami, vous êtes la beile « passion de mon âme; mais moi j’ai l’air de « n’être que votre passion honteuse! je ne veux « PLUS DE ces devoirs, si je ne m’en acquitte publi- « quement, etc... »
Eh! que répond à cela M. Duverney, de sa main, sur le même papier? Écoutons.
« Ce n’est pas une femme ni une personne seule « qui a fait la pièce pleine de malice dont on a fait « lecture. On a vraisemblablement eu pour objet « d’examiner quel en serait l’effet. Le silence peut « faire croire que l’on n’improuve pas l’accusé;
« cependant on doit se taire, ne rien dire; mais se « préparer à répondre, si l’on allait jusqu’à faire « des questions, et s’en tenir en ce cas au projet « formé, que tout ce qui est anonyme ne se lit « point, et que l’on jette tout au feu.
« Les devoirs ne doivent point être interrompus, « mais les rendre moins exacts et moins souvent « pour un temps.
« Ne conviendrait-il pas que l’on dît à N... et à « N... que l’on a reçu plusieurs lettres anonymes, « et que, conformément à l’usage ordinaire, on les « a brûlées? d’autant mieux que cette licence peu « honnête est portée a un point qui n’eut jamais « d’exemple, puisque l’on se met sur le ton de n’é-
« PARGNER PERSONNE, etc. »
Telle est sa réponse :
« Ce n’est pas une femme, dit-il, ni une personne « seule qui a fait la pièce, etc. » (Vous voyez bien, lecteur, qu’il savait, ainsique moi, à qui s’en prendre!) « Ne conviendrait-il pas que fondît que l’on « a reçu plusieurs lettres anonymes? » (Il en avait donc reçu plusieurs, ainsi que moi! C’était donc un usage établi, une voie ouverte contre nous?) « La licence en est portée à un point qui n’eut «jamais d’exemple; on n’épargne personne.» (Elles étaient donc bien noires et bien atroces, ces lettres!) Et puis l’on cherche toute la vie pourquoi tel homme est dénigré, déchiré ! On a cherché qui faisait, pendant mes procès, insérer tous ces articles abominables contre moi, dans les gazettes étrangères; et c’est après dix ans de patience que l’acharnement d’un perfide ennemi me force enfin de mettre au jour toutes ces horreurs ! Quelle âme, messieurs! quelle âme!
Et cette lettre a été jointe au procès dès le principe, et le comte de la Blache l’avait lue chez mon notaire avant le procès, et l’on juge assez qu’elle n’avait fait qu’enflammer sa haine et ses désirs de vengeance!
Allons, M. le comte de la Blache! encore une petite inscription de faux contre cette lettre! Vous en avez tant à faire, qu’une de plus ne doit pas vous arrêter en si beau chemin !
Enfin, c’est ici le lieu de rappeler ces trois lettres ostensibles de moi, citées par eux avec fracas (p. 40 et 41).
« Il a été trouvé dans les papiers de M. Duver- « ney trois lettres du sieur de Beaumarchais, des « 8 février, 24 juin et 11 octobre 1769. Les « voici... » Quatre pages de commentaires!
Si j’ai transporté cet objet tout au travers les ruses , c’est qu’il pourrait bien s’y en reucontrer une innocente, à nous avoir assuré que ces trois lettres sont tout ce qu’on a trouvé de moi sous le scellé de M. Duverney, lorsque, par une distraction, légère à la vérité, les soussignés avaient, sans y songer, laissé tomber de leur plume ces petits mots qui n’ont pu m’échapper (p. 10) : « On trouve « enfin dans les pièces inventoriées quelques autres « lettres du sieur de Beaumarchais, les unes sans « date, o, t trois autres datées des 8 février, 24 juin,
« 11 octobre <769. »
Par quel hasard ces unes sans date ne reviennentelles plus du tout dans la consultation, pendant
MEMOIRES
qu’on fait un si grand fracas des trois qui sont datées?
Le comte de laBlache aurait-il donc trouvé dans ces unes sans date , qu’il tient ensevelies, quelque phrase contraire à son plan d’ignorance absolue sur nos liaisons particulières? Pardon, messieurs, s’il m’a donné lieu de lui appliquer sévèrement ce qu’un mauvais plaisant d’auteur a dit trop légèrement des dames galantes! encore un coup, pardon si j’insiste! Mais j’ai toutes les peines du monde à penser que si le comte de la Blache ne montre point une chose, cette chose n’eût pas en effet quelque petit besoin de demeurer cachée!
Cependant, comme cela ne me fait rien, et que je ne voudrais pas qu’une pareille réticence arrêtât le jugement du procès; si ON a ces unes sans date à Aix, et si ON les joint aux pièces, à la bonne heure! Si elles sont restées à Paris, dans l’oubli, avec certains premiers mémoires, nous nous en passerons. Tout ce qu’ON fera là-dessus sera bien fait; j'aime à m’en rapporter quelquefois aux gens; et pourvu qu’ON ne nous retarde pas, je suis content. Reste à guérir maintenant les soussignés de leurs inquiétudes pour moi sur ces trois lettres datées de 1769.
Au lieu de se perdre, comme ils ont fait, dans des conjectures vagues et fatigantes, sur des morceaux isolés, dont la chaîne était rompue pour eux, qui ne savaient rien de nos affaires, que ne s’adressaient-ils à moi? Je les aurais tirés de peine avec plaisir. J’ai tant et si souvent offert des éclaircissements au comte de la Blache! Ne les aurait-il donc refusés que pour se livrer plus à l’aise à ses noires interprétations, et se conserver, en feignant de ne rien savoir, l’affreux droit d’empoisonner tout?
J’aurais montré, par exemple, aux soussignés cet envoi secret d’une lettre anonyme que je viens d’imprimer avec sa réponse, et je leur aurais dit :
Examinez, messieurs, que le 8 octobre 1769 je mandais à M. Duverney en particulier : « Dites I « encore qu’il faut que je vous voie souvent , parce « que je vous dois de la reconnaissance ! Réelle- « ment ils croient que nous machinons quelque « chose contre l’intérêt de votre succession! Je « ne veux plus vous voir avec ce mystère... Ou re- | « cevez-moi comme tous vos amis, ou trouvez bon « que je laisse là mes devoirs... Je ne veux plus de « ces devoirs si je ne m’en acquitte publiquement, || « etc., etc. »
A quoi le vieillard, frappé de voir dans la lettre anonyme que le secret de nos entrevues était découvert, m’avait répondu : « Les devoirs ne doi- « vent pas être interrompus , mais les rendre moins « exacts et moins souvent pour un temps. »
Deux jours après, messieurs, un homme qui l’a- : vait vu depuis peu, me faisant verbalement des reproches de négligence de sa part, voyez que je le charge à mon tour d’une réponse vague à ces
reproches de négligence , que je ne crois pas mériter. ( Ce sont les termes de ma lettre ostensible du 1 1 octobre 1~69.)
Si je réponds même à ces reproches , c’est que je ne puis dire à celui qui m’en presse: Monsieur, j’ai écrit il y a deux jours en secret à M. Duverney les raisons de ma répugnance à le voir.
Alors j’aurais fait aux soussignés toutes les questions redoublées qui suivent sur les trois lettres mêmes qu’ils ont citées.
S’il y avait quatre ou cinq ans , messieurs, comme le dit le seigneur ON, que nous n’eussions plus aucune liaison M. Duverney et moi, pourquoi donc en 1769, c’est-à-dire près de l’époque de notre règlement de compte, me faisait-il faire sans cesse ou des reproches de le négliger , ou des invitations de l'aller voir?
Pourquoi, dans ma lettre ostensible du 11 octobre, lui écrivais-je : 11 me fait des reproches de négligence de votre part, que je ne crois pas mériter ?
Pourquoi lui rappelais-je, dans cette lettre, que je l'avais vu en juillet plusieurs fois avec V empressement d'un homme qui n'avait que peu de jours à rester à Paris ?
Pourquoi lui mandais-je encore que j'allais à Fontainebleau me mettre au courant de bien des choses dont je lui rendrais compte du 20 au 26?
Pourquoi, dans ma lettre ostensible du 24 juin précédent, pressé de repartir pour la Touraine , lui disais-je qu’il était nécessaire que je le visse avant mon départ ?
Pourquoi ma lettre ostensible du 8 février précédent prouve-t-elle qu'il m'avait fait prier verbalement plusieurs fois de passer chez lui ; mais que, m'y étant présenté aux heures où il avait du monde , j'avais trouvé sa porte fermée pour moi ?
Pourquoi prouve-t-elle encore que ce même jour, 8 février, étant parvenu sans doute à se rendre libre, il faisait courir après moi, pour m’inviter de l’aller voir le soir même , avec tant d’empressement, que sur ses ordres on m'avait en vain cherché toute la soirée où Ton avait cru me rencontrer ? (Ce sont les termes de ma lettre ostensible.)
Pourquoi lui mandais-je, à la fin de cette lettre, que s’il me faisait avertir une autre fois, deux, jours seulement d’avance, il me serait bien doux de lui prouver que, corps et riens, personne n'était avec un dévouement plus respectueux, etc. ?
Pourquoi ces devoirs qu’il ne fallait pas interrompre, mais rendre moins exacts et moins fréquents pour un temps ? (Ce sont les termes de sa lettre du 8 octobre.)
Pourquoi tout cela, dis-je, s’il n’y avait rien de mystérieux, d’intime, aucune liaison secrète, aucune affaire entre deux hommes qui ne s’expliquaient jamais dans des lettres ostensibles, mais qui n’en couraient pas moins toujours l’un après l’autre en cette même année 1769, à l’instant de se
MEMOIRES
régler, quoique depuis quatre ou cinq ans il n’y eût plus, selon le seigneur ON, aucun commerce entre eux?
On sent bien que ce seigneur, embarrassé de son ignorance vraie ou fausse, est obligé de rester la bouche ouverte, et ne sait que répondre à tout cela. Moi qui ne cache rien, qui dis tout, je l’explique, en prouvant deux commerces entre M. Duverney et moi, dont le mystérieux est toujours la clef de l’ostensible, ainsi qu’on le voit clairement en rapprochant mes deux lettres du 8 et du 1 1 octobre, l’une secrète et l’autre publique, lesquelles démontrent que le seul débat, qu’il y eût entre nous venait de ma répugnance pour les conférences mystérieuses et de la sienne pour les visites connues de son héritier.
Ainsi donc, malheureux vieillard! pauvre Beaumarchais! il y avait entre vous deux, et dans l’intérieur de la maison, des intrigants alertes et dangereux, à qui rien n’était sacré pour détruire vos liaisons! Et, quoique mystérieuses, elles étaient donc encore dépistées par les espions, qui, feignant de n’en rien savoir, n’en écrivaient pas moins des lettres anonymes pour essayer de brouiller les deux amis?
Étonnez-vous, après de telles horreurs, que le vieillard, déchiré par les assauts de tant d’intérêts divers qui se croisaient en lui, ne voulût pas employer de notaire à la confection de notre acte! Étonnez-vous qu’on trouve dans l’un de mes billets du 14 février 1770, rapporté par eux-mêmes (page 49), ces paroles remarquables :
« Puisque mon bon ami craint d’employer son <( notaire, a cause de ses malheureux entours, « je vais commander l’acte au mien, s’il l’ap- « prouve : il sera fait demain au soir, et on lui c portera tout de suite à signer. »
Étonnez-vous que la réponse à ce billet, de sa main, sur le même papier, soit: II faut se voir avant de rien ordonner , le temps est trop court !
Nous nous vîmes en effet; mais il n’accepta pas plus mon notaire que le sien. On croira , disait-il, que je fais un autre testam,ent, et que c’est vous qui me le suggérez. Je ne le puis. Et l’acte chemina sous seings privés, comme il le désirait, et tel qu’il subsiste aujourd’hui.
Triste destinée des vieillards livrés à leurs collatéraux! terrible, mais juste punition de celui qui, trompant le vœu de la nature et de la société, s’éloigna du mariage et vieillit dans le célibat! Son âme s’attriste et se consterne à mesure qu’il sent l’asservissement augmenter, l’esclavage s’appesantir. En vain il voit son avide héritier éloigner ses amis, gagner ses valets, ses gens d’affaires, et tout corrompre autour de lui ! Que lui servirait de s’en plaindre, et de l’en punir par l’adoption d’un autre? Il ne ferait que changer de tyran! Il aperçoit dans tous l’impatience de sa destruction. Lui-même, hélas! l’infortuné, n’a plus la faculté
d’aimer aucun de ceux qu’il se voit forcé d’enrichir ! Enfin, dégoûté de tout, il gémit, se tourmente, et meurt désespéré !
Amants du plaisir, amis de la liberté, imprudents célibataires, que ces deux noms, la Blache et Duverney , vous restent dans l’esprit et vous servent de leçon ! C’est le plus terrible exemple à citer d’un pareil asservissement! Mais voulezvous échapper à ces horreurs? devenez pères. Voulez-vous goûter encore dans la vieillesse l’inestimable bien d’aimer? devenez pères : il le faut; la nature en fait une douce loi, dont l’expérience atteste la bonté. Pendant que tous les autres liens tendent à se relâcher, celui de la paternité seul se resserre et se renforce en vieillissant. Devenez pères : il le faut. Cette vérité chère et sublime, on ne peut trop la répéter aux hommes ! Et le douloureux souvenir de mon respectable ami m’en rend le sentiment si vif en ce moment, que je n’ai pu me refuser de le verser sur mon papier.
Cependant tout ce que je viens de dire est la réponse à cette question des soussignés et du légataire (page 59) : « Par quelle raison M. Duverney « aurait-il craint son notaire? » dont je leur ai promis l’éclaircissement, page 383 de ce mémoire.
A mesure qu’on avance, le tableau se nettoie. On voit que tout s’enchaîne : on y voit comment l’acte du 1er avril, les lettres à l’appui, celles qui n’y ont pas de rapport, leur mystère, celui de nos conduites, l’esclavage du testateur et les intrigues de l’héritier ont une telle connexion, se prêtent une telle force, qu’elles ne sauraient plus être ébranlées par cette foule de noirceurs que je nomme, avec le plus de modération que je puis, les ruses du comte de la Blache.
Elles s’étendaient à tout , ces ruses ! Dans ce même temps le légataire, ayant ou croyant avoir à redouter quelque chose du sieur Dupont, exécuteur testamentaire désigné dans le testament de son oncle, avait si bien fait son thème et tramé son intrigue, que la porte de M. Duverney lui fut enfin fermée, et qu’on voulut forcer ce vieillard à nommer un autre exécuteur.
Cet oncle gémissait en secret avec moi de ces persécutions, qu’il n’avait plus la force de repousser !
Et toutes ces choses sont encore constatées dans mes lettres des 25 et 26 octobre 1770 à l’exécuteur testamentaire, longtemps avant qu’il y eût un procès entre moi et l’héritier Duverney.
Dans ma lettre du 25 octobre, je mandais à cet exécuteur :
« Je ne me suis pas d’abord adressé à vous, « monsieur, parce que la cruelle maladie qui m’a « tenu au lit tout l’été ne m’a pas permis de rece- « voir aucuns détails sur les derniers moments de « M. Duverney, et que j’avais de fortes raisons de « penser que, s’il avait un testament nouveau,
MÉMOIRES
« l’embarras de son exécution devait regarder un <( autre que vous. (J'étais bien initié , comme on voit , « dans les secrets de la famille.) Sa mort précipitée, « qui a dérangé tant de petits projets, laisse au « moins à la tête de ses affaires un homme, etc...
« Signé Caron de Beaumarchais. »
Dans ma lettre du 26 octobre, au même, on lit :
« Ah ! monsieur, que de petites noirceurs ! que
d’intrigues ! que de lettres anonymes! que de « peines on s’est données autour de ce pauvre u vieillard pour l’envelopper! Sa politique n’allait ce pas jusqu’à me dissimuler cette espèce d’esclacc vage. J’en ai dans ses lettres des preuves cer- « taines. A l’égard des choses que M. de la Blache « dit tenir de son grand-oncle, il ne faut se fier <c à cela qu’avec de bonnes rectrictions mentales. « J’ai vu cet oncle, dans le temps même où il n’osait « pas vous recevoir, dans le temps qu’il semblait « le plus outré contre vous, gémir avec moi des « soins qu’on prenait pour lui noircir la tête, et « éloigner son cœur de ce qu’il avait le plus aimé, ce etc., etc. » (Cet oncle ne me cachait donc pas plus ses chagrins que ses affaires.)
Et que répondit à cela l’exécuteur testamentaire, homme aussi prudent que sage et circonspect? (Je ne veux rien cacher.)
« Ce 26 octobre 1770.
« J’ai, monsieur, assez de discrétion, et j’aime « assez la paix pour garder pour moi seul la lettre « que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire hier « au soir.
« Je connais tout le mal qu'on a voulu me faire. . . » (Eh! comment ne l’aurait-il pas connu, puisqu’on a trouvé dans les papiers du vieillard un testament commencé, duquel il était exclu?)
« — Je connais tout le mal qu’on a voulu me « faire; je n’en ai que peu ou point de ressenti- « ment, et je fais en sorte de ne m’en pas occu- « per. . . Je voudrais pouvoir jouer dans votre affaire « le personnage de conciliateur. Je m’y prêterais « peut-être, si M. Duverney m’avait fait la plus « petite ouverture sur les affaires que vous aviez « avec lui; il a voulu que ce lût un secret pour « moi, etc...
« J’ai pensé, même avant que vous ne le disiez, « que-, s’il avait vécu trois mois de plus, on n’au- « rait trouvé aucune trace des choses qu’il faut « aujourd’hui que vous mettiez au jour. Il a été « surpris parla mort, pour nous donner l’avertis- « sement qu’il est des affaires qu’on ne doit jamais « remettre au lendemain. Je connais assez celles « qu’il vous laisse a démêler avec son héritier,
« POUR QUE JE NE VEUILLE PAS Y JOUER UN ROLE : je
« vous prie donc, monsieur, de ne pas me presser 1 « sur cela, etc.
« Signé Dupont. »
Et ces lettres aussi, je les joins au procès : car
tout fait concours de preuves en cette défense. Qu’il ose les attaquer, ces preuves! il me fera plaisir.
Voilà comment il avait l’art d’écarter du testateur tout ce qui lui faisait ombrage; et voilà comment, le suivant de ruse en ruse , je parviens à démasquer par degrés ce légataire intéressé contre qui je plaide depuis huit ans.
On voit par ces aveux d’un homme honnête, et qui jugeait froidement alors, dans quelles dispositions atroces était à mon égard ce vindicatif héritier, et par quelle voie il entendait déjà satisfaire la haine invétérée qui lui faisait dire ingénument quelquefois : « Depuis dix ans je hais ce « Beaumarchais comme un amant aime sa maî- « tresse ! » A quoi je n’ai pu m’empêcher d’appliquer la réflexion suivante (page 352 de mon mémoire au conseil) :
« Quel horrible usage de la faculté de sentir! et « quelle àme ce doit être que celle qui peut haïr « avec passion pendant dix ans ! Moi qui ne saurais « haïr dix heures sans être oppressé, je dis sou- « vent : Ah! qu’il est malheureux ce comte Falcoz! « ou bien : 11 faut qu’il ait une âme étrangement « robuste! » Et tous ces nouveaux traits, comme on le voit, méritaient bien d’être placés dans un recueil intitulé : les Ruses du comte de la Blache.
Enfin, voilà M. Duverney mort, à mon grand regret, et son légataire en possession, à son grand plaisir. Tout ce qui précéda cet instant fut l’effet de sa frayeur; tout ce qui l’a suivi est celui de sa vengeance et de son avarice.
Je sais bien qu’il déprécie autant qu’il peut la fortune de ce grand-oncle en en parlant, pour nous apitoyer, bonnes gens, sur son* pauvre héritage! Et cependant s’il est riche, s’il figure, tout ce qu’il a dans le monde, il le tient de la munificence de ce généreux parent : oui, de lui seul. — Qu’aviezvous, sans lui, de votre chef? — Ma noblesse. — Eh! vous la traîneriez, monsieur, si son or ne l’avait pas richement rehaussée, et si tout son papier n’eût pas renforcé votre parchemin.
Mais ne vous a-t-il laissé de quoi soutenir noblement votre nom que pour le dégrader après lui par des vilenies, et pour souiller le sien, que vous deviez vénérer?
Laissons cela ! mon cœur s’indigne, et je sens que j’irais trop loin. Mais aussi se voir appeler fripon, faussaire, etc., pendant dix ans, par un tel homme! Qui pourrait le soutenir?
Tous ceux qui ont du sang aux ongles, et qui voient ce qu’il m’a fallu de patience, de force et de courage pour soutenir et repousser tous les maux qu’il m’a faits, sentiront bien que j’ai raison ! Mais laissons cela.
Je passerai sous silence tout ce qui tient au funeste instant de la mort de mon respectable ami. Je tairai comment le comte de la Blache s’est emparé de ses derniers moments, et comment mes
MEMOIRES
titres ont disparu du secrétaire, parce que, n’ayant point de preuves légales à donner de ce fait, il faudrait toujours en revenir au problème que j’ai proposé, page 303 de mon mémoire au conseil, où il faut le voir en entier : c’est le gâter que l’extraire.
Je passerai sous silence les inductions que je pourrais tirer de tous les procès qu’il a faits ou soutenus contre tout ce qui tenait à M. Duverney. J’en ai cité de faibles échantillons (page 348 de ce même mémoire au conseil), sur des portraits légués à M. de Brunoy. Le seigneur ON les a niés, parce que c’est la seule façon du seigneur ON de convenir des choses. Et moi qui n’en veux pas reparler ici, je le pourrais pourtant bien, parce que le fait est vrai, que la preuve, les dits et contredits à ce sujet sont consignés aux papiers de l’inventaire Duverney; mais comme, après l’inscription de faux où je veux le réduire enfin, nous aurons un autre petit procès dans le genre criminel ensemble, et qu’alors j’aurai plus d’un droit acquis de consulter les papiers Duverney, je ne manquerai pas d’en extraire ce fait, ainsi que plusieurs autres que je réserve aussi pour ce temps-là.
Ses autres ruses à mon égard sont si connues, qu’il suffira de les rappeler en bref, et de citer les pages de mes mémoires où l’on peut s’en assurer et les voir établies dans le plus grand détail.
Nous plaidions aux requêtes de l’hôtel. « Mon « adversaire, sentant bien que le fond du procès « ne présentait aucune ressource à son avidité,
« employait celle de jeter de la défaveur sur ma « personne, pour tâcher d’en verser sur ma cause.
« En conséquence, il allait chez tous les maîtres « des requêtes, nos communs juges, leur dire que « j’étais un malhonnête homme. Il leur donnait en « preuves que Mesdames, qui m’avaient autrefois « honoré de leurs bontés, ayant reconnu depuis « que j’étais un sujet exécrable, m’avaient fait u chasser de leur présence... » Mais il faut lire toute cette abomination dans mon troisième mémoire sur le procès Goëzman.
On y verra comment j’obtins de Mesdames une attestation de probité; comment il essaya de la détruire par une infernale intrigue; et comment, sur ce fait, il me donnait à Paris pour faussaire, afin de rapprocher ce prétendu faux de celui dont il voulait qu’on suspectât l’acte du 1er avril, et gagner son procès par celte ruse. Enfin, on y verra comment, l’indignation ranimant ma force épuisée parle travail et la douleur, je l’ai couvert du dernier opprobre à cet égard, en publiant les preuves de son infamie. (3e mém. Goëzm.)
Un autre incident, plus grave encore que l’attestation des princesses, arrivé pendant les mêmes plaidoiries des requêtes de l’hôtel, mériterait bien d’être placé dans ce recueil ingénu des ruses. Mais comment le Iraiter? comment le peindre? Il est si t
subtil, si délié, qu’il se perd sous la plume et s’évapore à la diction!
Les grands traits sont aisés à rendre : on lit le fait, un coup de pinceau large y suffit. Mais quel art il faudrait pour bien développer une de ces noirceurs filées, distillées, superfines, la quintessence de l’àme et le caramel des ruses; de ces noirceurs enfin qui, naissant d’une foule de combinaisons, de préparations ignorées, frappent un coup d’autant plus fort, au moment qu’elles éclatent, qu’on peut moins en saisir, en montrer, en prouver sur-le-champ l’odieux assemblage. Essayons cependant d’ébaucher celle-ci, qui m’aurait enlevé le gain de la cause et m’eût déshonoré tout d’une voix, si mon bonheur ne m’eût conduit ce jour-là même à l’audience. Voici le fait.
L’avocat du comte de la Blache (Me Caillard) avait prié le mien de lui confier encore une fois l’acte du 1er avril et les lettres de M. Duverney. Celui-ci m’en parle, en m’assurant que cela est sans risquej et m’engage de m’y prêter : après quelques refus, je n’y consens qu’à la condition que ce sera moi-même qui les remettrai à Me Caillard. Il les reçoit de ma main : les pièces restent cinq jours dans les mains ennemies; on les rend à mon avocat: mais, peu de temps après, ce moulin à paroles de Caillard, plaidant avec la plus grande indécence, aux requêtes de l’hôtel, contre moi présent et souffrant tout, pendant que le comte de la Blache ricanait dans un coin avec un petit solliciteur de procès, nommé Chatillon , qu’il a élevé depuis à la dignité de son compagnon d’armes à Aix, j’entendis Caillard articuler ces mots :
« Messieurs, une preuve décisive que les billets « du sieur de Beaumarchais ont été appliqués « après coup sur d’anciennes lettres de M. Duver- « ney, c’est l’observation que nous avons faite sur « celui du 5 avril, auquel M. Duverney, dit-on, a « répondu : Voilà notre compte signé. »
L’avocat se fait donner cette lettre; et, la montrant à l’audience, dit à haute voix (et moi Beaumarchais, je prie le lecteur de lire ceci avec bien de l’attention) :
« Messieurs, la cour saura que M. Duverney, en u envoyant autrefois ce billet, avait écrit au bas u du papier, comme c’est assez l’usage, ces mots : « M. de Beaumarchais. Je remarquerai d’abord « qu’on n’écrirait pas ces mots indicatifs de « l’homme à qui l’on veut envoyer une lettre, si « elle était une réponse écrite sur le même papier; « ce qui prouve déjà que le billet n’est pas une « réponse, mais une première lettre.
« Or le sieur de Beaumarchais, en abusant depuis de ce billet, pour y appliquer après coup une première lettre, ne s’est pas aperçu de ces mots écrits par M. Duverney au bas du papier : M. de Beaumarchais. Voulant donc cacheter le billet qu’il venait de forger après coup, pour lui donner au moins l’air d’avoir été envoyé, il a cou-
MEMOIRES
« vert imprudemment une partie de ce mot: M. de <( Beaumarchais, avec sa cire à cacheter; de sorte « que, lorsqu’il a déchiré le papier pour rouvrir « ensuite sa lettre, la moitié du mot Beaumarchais « est restée ensevelie sous le cachet.
u Or vous jugez bien, messieurs, que si le sieur « de Beaumarchais eût réellement écrit, cacheté « et envoyé sa lettre à M. Duverney avant que ce- « lui-ci y eût fait la prétendue réponse : Voilà « notre compte signé , le mot Beaumarchais , écrit en « répondant par M. Duverney, au bas du papier, « ne se trouverait pas à moitié couvert et emporté « par un cachet supposé mis avant que ce mot fût « écrit.
« Donc le cachet qui couvre l’écriture a été mis « après coup parle sieur de Beaumarchais; donc « ce billet a été composé après coup, sur un ancien « billet de M. Duverney; donc celui de M. Duver- « ney n’en est pas la vraie réponse; et par suite « de conclusions, donc ces mots : Voilà notre « compte signé , n’appartiennent pas à l’acte du « 1er avril; donc cet acte est frauduleux; donc « il doit être déclaré nul. Cela est-il prouvé, mes- « sieurs? »
A l’instant il s’élève un murmure général, et l’argument paraît si fort, que tous les juges veulent voir le mot Beaumarchais couvert et emporté par le cachet.
Étonné de ce que j’entends, je supplie à mon tour qu’on me fasse passer le billet, ne pouvant concevoir quel était ce mot couvert par un cachet dont on tirait une si tranchante induction contre moi.
Le billet m’arrive enfin : je regarde le mot Beaumarchais et je reconnais au coup d’œil que ce mot n’est pas de la main de M. Duverney. J’arrête à l’instant l’audience, en suppliant la cour, avant de passer outre, d’ordonner que ce mot Beaumarchais soit bien examiné, parce que je soutiens qu’il n’est pas de l’écriture de M. Duverney, et qu’il y a de la supercherie. Me de Junquière, mon procureur, s’approche, regarde, et s’écrie :
« Messieurs, que penser de nos adversaires, qui « ne veulent pas voir la main de M. Duverney au « bas de l’acte où elle est, et qui, par une double « ignorance, ou plutôt une double ruse, s’obsti- « nent à la voir ici où elle n’est pas? Le mot Beau- « marchais , messieurs, est de ma main ; c’est moi « qui l’ai écrit, il y a quinze jours, pour coter ce « billet de mon client par son nom, comme étant “ une pièce capitale ; et j’en offre la preuve. »
On passe aux opinions, et il est ordonné que, sans déplacer, Me de Junquière écrira sur le bureau, plusieurs fois couramment, le mot Beaumarchais pour le confronter avec celui du billet. Junquière écrit; le billet repasse à la confrontation, et tout le monde alors convient que le mot est bien de Junquière, et non de M. Duverney; et que Caillard en impose, ou ne sait ce qu’il dit...
— Oh ! que pardonnez-moi, messieurs, il le sait bien ! et il le sait si bien, que je prends à mon tour son argument, et je dis :
Puisque le mot Beaumarchais, qui n’est pas de M. Duverney, mais écrit depuis quinze jours par Me de Junquière, est néanmoins couvert par un cachet, et déchiré, j’en conclus bien plus justement que Caillard , que mes pièces ayant été confiées amicalement depuis peu aux adversaires, qui les ont gardées cinq jours, ils ont aperçu ces mots, M. de Beaumarchais , au bas du papier; et que, les croyant ou feignant de les croire de M. Duverney, ils ont eu la mauvaise foi de couvrir mon nom de cire, et d’en enlever la moitié, pour tourner, en plaidant, leur supercherie contre moi. Et ce billet, messieurs, qui leur fait si grande peine à cause de ces mots de M. Duverney, voilà notre compte signé, remarquez qu’ils lui ont fait subir toutes sortes d’indignes épreuves, et même celle du feu, dont il porte encore l’empreinte et la roussissure, ainsi que d’autres marques d’encre, plus déshonorantes encore, etc...
Alors, au lieu de juger l’affaire à l’audience, on ordonna un délibéré qui me sauva.
M. Dufour, étant nommé rapporteur de l’affaire, fit venir de nouveau chez lui Me de Junquière, le fit écrire, en sa présence et couramment, mon nom plusieurs fois, confronta les écritures, et se con vainquit de nouveau de l’équité de mes plaintes et de la duplicité de mon adversaire.
Comme cette anecdote est aussi bonne au parlement d’Aix qu’elle le fut aux requêtes de l'hôtel, je préviens nos juges que le papier portant plusieurs fois mon nom de la main de Me de Junquière est joint à la lettre en question dans les pièces du procès ; et j’avertis que cette gaillarde espièglerie a été publiée alors dans deux mémoires de moi, l’un signé Bidault et l’autre Balconnet, qui sont aussi joints aux pièces de ce procès. Et voilà, messieurs, ce que j’appelle encore, du nom le plus doux qu’il m’est possible, les Ruses du comte de la Blache.
Il était bien juste, après cela, qu’il perdit son procès avec dépens : c’est aussi ce qui arriva. Vous jugez s’il devint furieux, s’il jurait, piétinait, injuriait, courait et bondissait comme un lièvre qui a du plomb dans la cervelle 1 On le voit d’ici. Or, comme nous étions dans un temps de subversion où l’homme accrédité se croyait peu dépendant des tribunaux qui le jugeaient, et que le comte de la Blache avait la modestie de se classer dans ce rang supérieur, sa colère et sa vanité, confondant tout, lui firent faire une scène chez un des maîtres des requêtes après le jugement : il alla lui demander fièrement compte de son avis, et poussa l’assurance au point de dire au magistrat : Il est bien étrange, monsieur, que vous ayez appuyé, peut-être formé l’opinion devenue contraire à mes intérêts, aux requêtes de l’hôtel ; ma chaise est à votre porte, et
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hautement à Versailles : ' château. Il me donnait pour un homme perdu, qu’on ne reverrait plus, et qui par là même ne méritait aucun égard : sans négliger les autres
je m’en vais m’en plaindre nous verrons ce qui en résultera.
Le magistrat, qui croyait n’avoir à rendre compte à personne de son opinion au tribunal, un j peu surpris du ton leste de ce seigneur, invita l’homme accrédité de ne pas perdre un moment pour s’aller venger à Versailles, et lui ferma la porte au, nez.
C’est ainsi que le ridicule et la vanité sont compagnons inséparables : ainsi la sottise et 1 orgueil se tiennent toujours par la main. A la vérité, ce dernier trait ne devrait pas être employé parmi les ruses, mais parmi les rages du comte de la Blache ; mais comme il faudrait un in-folio pour les dernières, et que ce n’est pas ici mon objet, je conviens de mon tort, et je rentre un peu honteux dans le vrai plan de cette seconde partie, intitulée : les Ruses du comte de la Blache.
Après que j’eus gagné ce procès aux requêtes de l’hôtel, nous fûmes portés par appel devant la commission, à laquelle on donnait alors un autre nom.
Pendant un an mon adversaire ne fit que traîner et reculer le jugement; mais enfin une altercation très-vive et beaucoup trop publique, entre un grand seigneur et moi, m’ayant lait imposer les arrêts dans ma maison par le ministre, et les maréchaux de France, en levant ces arrêts, m’ayant fait tirer de chez moi, d’autorité, par un officier du tribunal, pour m’y conduire, cette démarche et l’embarras du jugement élevèrent une espèce de conflit entre ces deux autorités.
Le ministre prétendit... le tribunal prétendit... mon adversaire étant duc et pair, on prétendit... et moi qui ne prétendais rien que justice, au lieu de l’obtenir, je devins, comme de raison, victime de ce conflit de hautes prétentions; et, tant pour avoir quitté malgré moi mes arrêts que pour m’apprendre à avoir eu raison avec un duc, pendant qu’on le conduisait, lui, dans une citadelle au loin évaporer sa bile, le ministre, en vertu d’une lettre du roi, surnommée de cachet, parce qu’elle est sans cachet, signée Louis, et plus bas Phélipeaux, envoyée Sartines , présentée Buhot , acceptée Beaumarchais, je m’en souviens comme si je la lisais encore, le ministre m’invita de passer huit jours dans un appartement assez frais, garni de bonnes jalousies, fermeture excellente, enfin d’une grande sûreté contre les voleurs, et point trop chargé d’ornements superflus, au milieu d’un château joliment situé dans Paris, au bord de la Seine, appelé jadis Forum Episcopi.
Et cela parut si juste et si profitable au comte de la Blache, qu’il employa dans l’instant je ne sais quel crédit sourd du troisième ordre, qu il avait alors, à faire prolonger ces huit jours de quelques huitaines, afin d’avoir le temps de m’accabler. Puis il se hâta, malgré mes cris, de faire juger le procès au Palais pendant mon séjour au
moyens à son usage. On juge bien qu’il eut peu de peine à le gagner à son tour, sur le rapport du noble conseiller Goëzman.
Alors, tant par lui-même que par cette espèce de limier de procédures, appelé Chatillon, qui le suit partout, talonnant les huissiers et les gourmandant pour les exciter au pillage , au moyen de ce qu’il nommait une poursuite combinée, il jouit du souverain bonheur de mettre mes biens en désordre, et de me faire pour quatre à cinq cents livres de frais par jour. Enfin, quand il craignit de m’avoir tant fait piller que ses intérêts en fussent compromis, il s’arrêta. L’on m’ouvrit la maison de Vévêque, et j’en sortis, me promettant bien, si jamais j’écrivais en ce procès, de ranger ce petit trait tout neuf au nombre de ceux intitulés par moi : les Ruses du comte de la Blache.
Ce malheureux procès gagné aux requêtes de l’hôtel, sur le rapport de M. Dufour, le voilà donc perdu au Palais, à celui du sieur Goëzman.
On sait le reste : on sait comment le comte de la Blache, outré de me voir palpiter encore, lorsqu’il croyait m’avoir écrasé, se joignit au rapporteur Goëzman, pour filer la noire intrigue qui devait, selon leur espoir, me donner le coup de mort, ou ce que le peuple d’Aix appelle, en son plaisant langage, Mi donna lou Mouceou Margot. On sait comment, entre autres ruses concertées, le comte de la Blache écrivit de Paris une lettre datée de Grenoble, où, se plaignant beaucoup à son ami Goëzman de ce qu’il n’avait pu me serrer la gorge , il me peignait en ces termes aussi nobles que justes :
« Il manquait peut-être à sa réputation celle du « calomniateur le plus atroce. La vôtre ( cest-à - « dire la réputation de M. Goëzman ) est trop au- « dessus de pareilles atteintes pour en être alarmée.
« C’est le serpent qui ronge la lime (M. Goëzman « était la lime). La justice qu’on vous doit servira « à purger la société d une espèce aussi venimeuse « (et l’espèce ve7iimeuse était moi). C’est dans les lois « que les Beaumarchais doivent trouver la puni- « tion de leur audace, etc. »
Les Beaumarchais, comme on sait, ne trouvèrent de punition que dans le plus énorme abus de ces mêmes lois : mais la vanité de mon ennemi n’en triompha pas moins lâchement. Et moi, plus fier qu’il n’était vain, du fond de l’abîme où son intrigue m’avait plongé, pendant qu’abusant de mon malheur il me dépouillait de tout poui un peu d’or que je ne lui devais pas, la fierté m en faisait refuser des monceaux qu’un généreux enthousiasme offrait de toutes parts à mon courage. J’avais perdu ma fortune et mon état de citoyen, je fuyais la persécution loin de ma patrie ; mais
MÉMOIRES
j’étais calme et serein, et je n’aurais pas voulu changer mon sort contre celui de cet ennemi.
Non, la fierté n’est pas un défaut! ou c’est au moins le plus noble de tous. Pendant que la vanité s’irrite ou rougit sottement de la contradiction qui la démasque; pendant que l’orgueil, si gourmé dans la fortune, est lâche, abattu dans le malheur, l’âme fière est tranquille, et porte le sentiment de sa dignité jusqu’au sein de l’humiliation même; elle est fière en ce qu’elle se rend intérieurement la justice qui lui est refusée par les autres. Otez à la fierté son dédain et quelque rudesse, elle prend le nom de grandeur d’âme, et la voilà au premier rang des vertus...
Eh ! Dieu ! où vais-je m’égarer! je suis à mille lieues du comte delaBlache, que j’ai laissé triomphant, et faisant claquer ses pouces de joie de me voir à la fin ruiné, blâmé, expatrié!
Mais quel fut son étonnement lorsqu’il me vit rentrer en France, une requête en chaque main ; et résolu, comme à la mort, de suivre la cassation de deux arrêts, dont l'un m’avait privé de mon état, l’autre de ma fortune ! (Grâce à Dieu, au roi, à la justice, ils ont été depuis cassés tous deux! ) Mais alors le fatigué Falcoz eut encore le crèvecœur de rentrer en lice avec l’infatigable Beaumarchais.
Je dis le fatigué Falcoz, parce que la dernière de ses ruses avec l’ami Goëzman commençant à mal tourner, et s’étant vu lui-même un peu houspillé dans la grande mêlée du Palais, il n’y allait plus que d’une aile, et même en voulait si peu revoir, qu’après que je l’eus en vain pressé pendant quinze mois de produire ses défenses au conseil, je me vis forcé d’invoquer l’autorité du . chef de la justice pour l’y contraindre.
A la fin donc, avec un gros soupir, il lui fallut songer à s’opposer de son mieux à la cassation que je sollicitais. Alors il fit demander à mon avocat, par le sien, si j’imprimerais encore. Je répondis qu’ayant beaucoup d’autres choses en tête, et mon état présent m’ayant ôté les trois quarts de mon fiel, s’il voulait s’en tenir aux manuscrits, je ne lui imprimerais plus rien
Imbécile que j’étais ! je dormais sub umbra fœderis, sur la foi du traité, quand tout à coup, à la veille du jugement, mon loyal adversaire, et son clerc Chatillon, inondent le public d’un mémoire, où le mot fripon, délayé dans soixante-douze pages de bêtises, n’en allait pas moins âme diffamer sur le fond de l’affaire, quoiqu’il n’en fût pas question au conseil.
Sa ruse était qu’ayant parlé seul cette fois, il laisserait dans les esprits, en perdant sa cause, au moins cette impression que, si l’arrêt était trop vicieux pour se soutenir au conseil , l’acte du 1er avril était plus vicieux encore, et que le comte de la Blache avait pourtant raison au fond.
J’obtiens un court délai pour répondre, et j’écris
jour et nuit avec une ardeur incroyable. Je n’avais plus que trois jours à filer lorsque je vois arrêter mon mémoire à l’impression, par la plus superfine intrigue de mon adversaire.
Lisez là-dessus l'avertissement et la consultation servant d’exorde à mon mémoire au conseil. Voyez tout ce qu’il m’en coûta, ce que je fis, avec quel excès de travaux, de courage et de fatigue je parvins, au dernier moment, à lever l’embargo secret mis sur mes presses; comment enfin mon écrit parut, ma cause fui gagnée, et l’arrêt pour le comte Falcoz par le sieur Goëzman annulé, cassé tout d’une voix , les parties renvoyées au parlement de Provence. Alors le désolé général, s’appuyant sur son aide de camp processif, lui dit avec douleur, comme un autre Lusignan : Soutiens-moi Chatillon, en attendant que nous allions ensemble à Aix (où ils sont tous les deux).
Arrêtons-nous un peu. Je m’essouffle à courir: car sitôt que l’ennemi peut ruser, il est si leste et si bien dans son élément, qu’on perd haleine à suivre sa piste. Arrêtons-nous donc; et, pour rafraîchir ma tête, écrivons posément mon verset ordinaire, le Gloria de tous mes psaumes, et disons encore une fois avec vérité : Tout ceci doit bien trouver place aux faits et gestes du seigneur ON, intitulés : les Ruses du comte de la Blache.
Je ne sais quel despote avait fait une loi qui déclarait 'digne de mort toute fille qui, devant épouser le prince, et ayant eu quelque inclination, ne l’avouait pas publiquement (Henri VIII, je crois). Si les tribunaux exigeaient que celui qui se rend accusateur d’un autre sera tenu de déclarer si lui-même n’a jamais fait injure à personne, cette loi, qui n'était qu’une absurdité dans le despote anglais, donnant le droit d’examiner tout accusateur, et se rapprochant de cette belle sentence du Sauveur sur la femme adultère, étoufferait en naissant bien des injustices. De la part du tyran, c’était tourmenter inutilement la pudeur qui se repent et demande à gémir en secret. Dans les tribunaux, cette austérité salutaire arrêterait bien des gens qu’un plus noble frein ne saurait retenir. Et, pour première application d’une loi si belle, je n’aurais pas aujourd’hui l’indigne procès que l’iniquité me suscite!
Revenons au comte de la Blache, dont cette digression ne m’a pas tant écarté que la dernière. Revenons à moi surtout; et montrons qu’après bien du mouvement, du temps et de l’or employé; après avoir perdu et recouvré mon état de citoyen, qu’il me fit arracher; apoès avoir parcouru un cercle immense et de maux et de biens, me voilà revenu en juin 1778 au point d’où je partis en février 1772, quand j’eus gagné ma cause, avec dépens, aux requêtes de l’hôtel.
Bientôt entraîné dans d’autres pays par d’autres événements, et forcé de perdre un peu de vue mon fidèle adversaire, mais assuré qu’étant ren-
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voyé devant un parlement sans mélange, intègre, et composé d’hommes éclairés, je n’avais rien à redouter de la surprise ou de l’abus qu’on tenterait d’y taire de mon absence, je me livrais entièrement à mon ardeur pour des travaux honorables, et je tâchais de mettre en œuvre utilement les grands préceptes de mon maître Duverney, lorsqu’en 1775 j’apprends que son héritier Falcoz, à son tour harassé de ma poursuite, et sentant'un peu tard le discrédit dont il s’était couyert; de plus, vaincu, disait on, par les larmes d’une jeune épouse, avait enfin formé le dessein de s’accommoder avec moi.
Un de ses amis avait cherché l’un des miens, et l’avait chargé de me faire des propositions. —
Il vous trompe, leur dis-je : il me connaît trop bien pour espérer que je me relâche sur un seul des points d’une affaire où mon honneur est engagé : c’est la seule chose sur laquelle on ne transige point. De ma part, je le sais trop par cœur pour en attendre aucune justice volontaire. D’ailleurs, un accommodement est une moyenne entre les extrêmes, et je ne puis me relâcher sur rien.
— Il vous tiendra pour homme d’honneur. — C’est mon affaire de l’y contraindre. — Il reconnaît la vérité de l’acte. — Avec quel tire-bourre , messieurs, a-t-on pu lui arracher ce grand mot-là? —
Il vous accorde tout, et ne veut que le^ secret. — Impossible ! on croirait que j’ai fait un traité avilissant. — Au moins jusqu’à la signature.* — Il vous trompe, vous dis-je, et cette ruse est mise en avant pour masquer quelque dessein que je n’ai ni le temps, ni l’intérêt, ni la volonté d’éclairer.
— Que vous importe? est-on compromis pour écouter? — Non, mais on est indigné d’avoir été dupé. — Vous ne pouvez pas l’être. — Certainement : car je n’en crois rien du tout. Mais puisque vous le voulez, voici mon dernier mot. On mettra les propositions par écrit; je m’oblige au secret jusqu’à la signature, excepté pour un homme auguste à qui je ne dois rien cacher d’une affaire à laquelle il a pris tant d’intérêt. — Je vous entends. Je vais le proposer.
Le négociateur part, et revient avec le projet de transaction et le consentement de le montrer, mais à l’homme auguste seul; et moi, disant toujours : il vous trompe, il vous trompe, je prends le projet, et le porte à l’auguste examen. Il est lu, débattu, discuté, puis enfin adopté. Pardon, monseigneur, si j’ai fait perdre une heure à Votre Altesse à lire un plan qui n’aura point d’exécution. — Pourquoi donc? — L’on marche avec moi trop simplement pour que j’y croie. — U aura ce tort de plus, s’il vous trompe ; et vous aurez l’honneur, vous, d’avoir pu vaincre un juste, un grand ressentiment.
Je rends l’acte, et j’exige qu’il soit rédigé par Me Mommet, mon notaire; les conciliateurs le voient, le notaire minute l’acte; et lorsqu’il est
question de signer, j’apprends par eux, non sans un peu de cette gaieté qu’inspire un grand dédain, que mon adversaire est parti pour Aix avec trois mille exemplaires d’un mémoire foudroyant, dont il va d’avance inonder ce nouveau théâtre de nos débats. — Et sur quel prétexte a-t-il rompu, messieurs? — Sur le portrait de M. Duverney, qu’il ne veut pas avoir l’humiliation de vous donner, parce qu’on se moquerait de lui, dit-il, après ce que vous avez imprimé dans votre mémoire au conseil :
« Il n’est plus cet ami généreux, cet homme « d’État, ce philosophe aimable, ce père de la no- « blesse indigente, le bienfaiteur du comte de la u Blache, mon maître ! J’avoue que le plaisir d’a- « voir reconquis son portrait, mesuré sursalongue « privation, sera l’un des plus vifs que je puisse « éprouver. Telle est l’inscription que je veux u mettre au bas :
« Portrait de M. Duverney , promis longtemps « par lui-même; exigé par écrit de son vivant;
« disputé par son légataire après sa mort; obtenu « par sentence des requêtes de l’hôtel ; rayé de « mes possessions par jugement d’un autre tri- « bunal; rendu à mon espoir par arrêt du conseil « du roi, et définitivement adjugé par arrêt du te parlement d’Aix à son disciple Beaumarchais. »
— Hé ! c’est ce qui l’a fait partir? — Cette nuit même pour la Provence, afin d’y arriver le premier : voilà le. mot.— Mais il n’a trompé que vous, messieurs: que Dieu l’y mène en joie! et bon voyage au seigneur!... En vérité, je ne sais plus quel nom lui donner sur une pareille pantalonade ! Hé ! qu’il parte tranquille! Ce sont là de ces avantages que je ne lui disputerai jamais ; je vais m occuper d’autres affaires.
En effet, je partis, après avoir fait mettre au courrier d’Avignon que je suppliais tous les honnêtes gens de ne pas user de son dernier mémoire en Provence comme on en avait fait des autres à Paris, afin qu’on pût juger en temps et lieu si j’y répondrais bien. Or ce mémoire était le grand mémoire dont il vient de répandre hier matin, 15 juin 1778, dans Aix, une autre édition de trois mille exemplaires, en se faisant recommander par ses colporteurs à la bienveillance de tous ceux qui aiment les lectures inintelligibles.
Ce voyage avait deux objets : l’un, que j’ignorais, était de me devancer à Aix pour y écrémer tout le barreau; que dis-je? écrémer! 1 absorber en entier, s’il pouvait, de façon qu’il ne m’y restât pas un seul avocat à consulter quand j y paraîtrais. Il n’a pas réussi. L’autre objet, dont j’avais souri d’avance, était de commencer le métier qu’on lui voit faire à la journée dans Aix depuis qu il y séjourne.
Fidèle à son principe, et sachant bien qu'il eu faut toujours revenir à la calomnie , il se donne un tel mouvement dans les sociétés, il s’est tant dé-
MÉMOIRES
mené dans les carrefours, les rues et les ruelles, il a tant calomnié, que d’honnêtes personnes qui, ne me connaissant que par mes écrits, ne m’en auraient peut-être pas moins estimé, troublées par les affreux portraits qu’il fait de moi chétif, sont toujours prêtes à se signer en me voyant passer, à me fuir comme un méchant, un ogre qui aurait mangé sa famille entière : car il ne me marchande pas, je vous assure.
Cela me rappelle de très-aimables dames de la capitale, qui, bien endoctrinées par lui, poussaient la bonne foi du protégement jusqu’à dire, après avoir tout épuisé sur mon compte : « Au surplus,
« qu’est donc le sieur de Beaumarchais pour pré- « tendre avoir raison contre M. le comte de la u Blache, qui tient une bonne maison à Paris, est « maréchal de camp, et même bon gentilhomme? <> En vérité, l’on ne connaît plus rien à ce pays-ci ! »
— Votre adversaire a raison, monsieur : tout cela se redit, se répand, se propage, et laisse à la fin son empreinte... — Au parlement? je n’en crois rien ; et si, dans un sujet grave, on osait dérober aux poètes une image tant soit peu rebattue, je comparerais ces vaines rumeurs aux vagues mugissantes qui viennent se briser au pied du roc. — Ces vagues l’ont entamé, M. de Beaumarchais, et dans ce procès même! — Non pas le roc, messieurs, mais des corps étrangers dont un orage affreux l’avait couvert. Autres temps, autres gens! Mais laissons les figures. Ce que je voulais dire, c’est que, m’ayant vu réclamer avec succès la protection tutélaire de la nation, et m’en envelopper, dans une injure que le malheur des temps rendait commune à tous, mon ennemi se flatte à son tour d’armer contre moi tout le corps militaire et la noblesse entière.
Mais quelle différence de motifs! et qu’a de commun le corps de la noblesse avec un procès du plus vil intérêt? Quel, entre ceux qui le protègent, oserait en soutenir un pareil? Avec tous les courages, il faut encore celui de la honte pour en avoir le front! Moi, je réponds à tous ces protecteurs trompés : Ne confondons rien, messieurs. De même que Brutus, le bras ensanglanté, dit au peuple romain : J’aimais le grand César, et j’ai tué l’usurpateur; de même, la plume en main, j’honorerai tant qu’on voudra l’homme de nom, l’officier général, pourvu qu’on m’abandonne le légataire universel... Eh bien ! sans y penser, n’ai- je pas été le comparer à Jules César? De quoi se plaint-il? Enfin, toute cette conduite et ces intrigues sourdes, voilà ce que le comte de la Blache appelle bien suivre ses affaires ; et ce que je nomme avec dédain, moi, les ruses du comte de la Blache.
Mais cette consultation de l’adversaire, que tout le monde essaye de lire pendant que j’y réponds, ne mériterait-elle pas aussi de trouver place en cerecueil ingénu des ruses , puisqu’elle-même en est la plus ample collection? On n’y lit pas une cita-
tion de bonne foi : rien qui n’y soit insidieux, dénaturé, tronqué, mutilé!
A l’occasion de mon voyage d’Espagne, en citant ces mots deM. Duverney, rapportés dans mon quatrième mémoire (page 320) : Allez , mon fils, sauvez la vie à votre sœur... voyez comment le citateur laisse à l’écart ceux qui les précèdent, et qui sont pourtant le seul fait dont il doive être question pour lui : «A l’instant de mon départ, je reçois la « commission de négocier en Espagne une affaire « très-intéressante au commerce de France ; « M. Duverney, touché du motif de mon voyage, « m’embrasse, et me dit : Allez, mon fils, sauvez « la vie à votre sœur.... »
Voyez aussi comment, après ces mots : sauvez la vie à votre sœur , ce citateur fidèle substitue des points à une autre phrase intéressante, et qui peut seule fixer le vrai sens de celle-ci, à laquelle il passe tout de suite... « Voilà pour deux cent mille « francs de billets au porteur que je vous remets « pour augmenter votre consistance personnelle ;» et pourquoi met-il des points au lieu de la phrase? Pour faire croire que ces deux cent mille livres étaient destinées à sauver ma pauvre sœur, ce qui devient en effet stupide à proposer. Au lieu que mon mémoire à moi porte ces mots à la place où sont des points dans celui du seigneur ON :
« Quant à l’affaire dont vous êtes chargé, quel- « que intérêt que vous y preniez, souvenez-vous « que je suis votre appui. Je l’ai solennellement u promis à la famille royale, et je ne manquerai « jamais à un engagement aussi sacré. Je m’en « rapporte à vos lumières. Voilà pour deux cent « mille livres de billets, etc... » Ce qui explique tout d’un coup pourquoi les billets et non une lettre de crédit. Les uns se déposent en cas d’affaire; l’autre, on en use à mesure de ses besoins. Mais je n’avais pas de besoins personnels : il me fallait seulement de quoi justifier mes offres au gouvernement espagnol, si l’on exigeait un dépôt.
— Hé ! quelle était cette grande affaire? — C’est ce que montre assez bien le préambule de l’arrêt du conseil des Indes pour el Asiento general de los Negros , etc., imprimé à Madrid en t76o.
Yo el rey , etc. (traduit ainsi) : Moi le roi, etc..., s’obligeant d’approvisionner pour dix ans, d’esclaves noirs, différentes provinces de l’Amérique, etc. D’où il résulte qu’il a été présenté deux autres mémoires plus avantageux, l’un au nom de don Pedro Avgustino Caron de Beaumarchais . apode rado... chargé des pouvoirs d’une compagnie française; l’autre, etc.
C’est aussi ce que la lettre du marquis de Grimaldi , ministre d’Espagne, apprend à mes lecteurs.
« M. de Beaumarchais, à Madrid.
« Au Pardo, le 15 mars 1765.
« Monsieur,
I « Quelle que soit la réussite des propositions que
MEMOIRES
« vous m’avez faites pour l’établissement d’une « compagnie de la Louisiane, elles font infiniment u d’honneur à vos talents, et ne sauraient qu’aug- « menter l’opinion que j’en ai conçue.
« J’ai été, monsieur, fort aise de vous connaître,
« et je le suis de pouvoir rendre témoignage de « votre capacité... Je serai charmé de pouvoir vous « rendre service en toute occasion : en attendant,
« j’ai le plaisir de vous souhaiter un bon voyage,
« et de vous prier de me croire, etc.
« Signé le marquis de Grimaldi. »
Dès ce temps-là je n’étais donc pas ce petit homme que le grand comte de la Blache voudrait bien qu’on méprisât toujours comme un polisson, comme un vrai Tirassoun! Voilà donc l’opinion de M. Duverney justifiée par celle du ministre d’Espagne; le besoin de consistance et les deux cent mille livres de billets fondés, et la méprisable ruse du légataire universel mise dans tout son jour.
Autre ruse aussi misérable ! Voulant donner le fonds d’un contrat de soixante mille livres pour une donation déguisée de M. Duverney, le soussigné cite (p. 30) ces termes de l’acte du 1er avril :
« Comme j’exige queM. de Beaumarchais me rende u la grosse du contrat de six mille livres viagères « qu’il a de moi, quoiqu’il ne dût me le remettre « que dans le cas où je ferais quelque chose pour « lui (ce que je n’ai pu)... » Ici le citateur fidèle s’arrête court, comme s’il n’y avait rien de plus dans l’acte à cet égard, et vous dit : Que signifierait cet exposé, sinon que c’est une donation déguisée, etc., etc.? Mais cet honnête écrivain du comte de la Blache ne fait en ceci que copier la pitoyable ruse d’un autre honnête écrivain du comte de la Blache, que j’avais déjà couvert de confusion dans mon mémoire au conseil, où l’on voit cette phrase (p. 361) : « Lisez, je vous prie,
« la partie du texte écartée par mon loyal adver- « saire, après ces mots : ce que je n’ai pu; vous « verrez dans l’acte ceux-ci, que M. Duverney « ajoute : Et j’en reçois le fonds (de ce contrat) en « quittance de la somme de soixante mille livres , aux « termes dudit contrat.
« Doue, aux termes dudit contrat, les soixante « mille livres avaient été fournies par moi ; donc « cette rente était fondée sur un capital reconnu; « donc l’article invoqué pour prouver que c’était <( une libéralité démontre évidemment le contraire; « donc mon indignation est toujours légitime. »
A quoi j’ajoute aujourd’hui : Donc mon indignation doit s’accroître encore, en voyant un ennemi sans pudeur toujours reverser dans de nouveaux mémoires, à mesure qu’il change de tribunal, tous les arguments déjà foudroyés par mes réponses et proscrits par les arrêts qui le condamnent. Et ce rhabillage est une des fortes raisons de la répugnance invincible qu’il a, dans ce parlement, de joindre au procès tous ses anciens mémoires.
Mais je lui en ferai l’injonction bien timbrée, parce que c’est la manière la plus sûre de les obtenir. Autre ruse encore plus misérable :
Pour donner un air de contradiction et de louche aux objets les plus clairs, il feint d’oublier (p. 50 et 51) que, lorsque j’envoyai les deux doubles de l’acte à M. Duverney, le 22 mars 1770, en lui demandant rendez-vous pour finir, il me répondit ; A sept heures, ce soir; et là-dessus voilà mon soussigné qui déraisonne à perte de vue; avec ce bruissement fatigant que les Latins nommaient verba et voces , et que nous traduisons en français par le mot énergique amphigouri.
En examinant les choses, on sent que je ne manquai pas au rendez-vous de sept heures du soir , puisqu’il s’agissait de finir; on sent encore, en voyant l’acte daté du 1er avril, que quelque chose a mis obstacle à sa consommation le 22 mars, et que j’en ai rapporté les deux doubles, puisque ma lettre du 5 avril prouve ensuite qu’ils sont retournés, avec les pièces, le 30 mars ou le 1er avril, chez M. Duverney.
Dans cette lettre du 5 avril, inquiet d’avoir remis tous mes titres et de ne pas recevoir un des doubles de l’acte signé Vâris Duverney , on voit que je lui demandais avec instance: « Depuis trois jours...
« ces doubles... vous les avez gardés tous deux! ce où en serais-je? En vérité, cela fait frémir! Au « nom de l’amitié, renvoyez-m’en donc un, et faites a de l’autre ce qu’il vous plaira, etc. » A quoi M. Duverney y répondit en m’envoyant le double. . . voila notre compte signé.
Comment donc tout cela peut-il être contradictoire? On n’en sait rien : aussi le subtil raisonneur s’est-il tellement empêtré dans sa propre ruse, qu’en lisant son reproche on ne peut deviner ce qu’il a voulu dire. Fiat lux !
En honneur, quand on voit de si plates finesses, une mauvaise foi si lourde et si bête, on est tenté , comme dit un de mes amis, de se presser d’en rire , de peur d’être obligé d’en pleurer. Tout est de la même force et brille d’une si grande clarté dans cette consultation, que, quand le comte de la Blache ajouterait aux noms de quatuor advocati subsignati , duodecim milita signati du septième chapitre de 1 Apocalypsos, elle n’en resterait ni moins obscure, ni plus raisonnée, ni mieux écrite, ni plus honnête, ni plus probante. Donc, puisqu’on ne sait ce que c’est et qu’on n’en peut rien tirer, le plus court est de la laisser là pour toujours. Ainsi soit-il!
Ici finit le recueil des ruses employées contre moi par le comte de la Blache en ce procès : car je ne veux pas lui faire le tort de croire qu’il ait contribué à répandre avec une profusion scandaleuse, à faire colporter et crier, il y a trois mois, dans les rues d’Aix : « A deux sous la réponse véritable et re- « marquable de la demoiselle d’Éon à monseigneur « Caron Carillon, dit Beaumarchais, etc... » Cela serait aussi par trop rusé.
MÉMOIRES
Les gens qui remarquent tout ont beau remarquer que des trois ou quatre cents villes du royaume où l’on pouvait me donner ce grand discrédit, on n’a répandu la Facétie d'Èon que dans Aix, où je plaide, et dans quelques lieux circonvoisins, comme Avignon , Marseille et la Ciotat... Encore pour cette petite ville... Oui, en vérité, la Ciotat : car j ai, dit-on, plus d’un illustre ennemi.
Mais comment veut-on que j’y croie? et quel rapport le comte de la Blache...? — Comment! quel rapport? Les ennemis de nos ennemis ne sont-ils pas plus d’à moitié nos amis? Quel rapport? N’est-ce pas, des deux parts, « une mauvaise tête qui <c défend un mauvais cœur avec une mauvaise (c plume? »
Yoilà ce qu’ils disent tous. Moi, je n’en crois rien : d’ailleurs, je ne vois dans cette ingénieuse diatribe que le badinage innocent d’une demoiselle d’esprit, très-bien élevée, qui a le ton excellent, et qui surtout est si reconnaissante de mes services, qu’elle a craint que ma letttre à M. le comte de Yergennes à son sujet, la réponse de ce ministre et mon envoi ne sortissent trop tôt de la mémoire des hommes.
Quant au cartel mâle et guerrier qu’elle m’y adresse, quoique je n’aie pas manqué d’en être effrayé, j’ai si peu oublié qu’elle était du beau sexe, que, malgré ses cinquante ans, ses jure- Dieu, son brûle-gueule et sa perruque, je n’ai pu m’empêcher de lui appliquer à l’instant ces beaux vers de Quinault, mis en belle musique parle chevalier Gluck :
Armide est encor plus aimable Qu’elle n’est redoutable.
Au reste, je crois tout simplement que les deux ou trois mille exemplaires de la Facétie d’Éon , que l’on a colportés et criés dans toutes les villes du ressort de ce parlement, y sont tombés du ciel, sans que ni M. de la Blache, ni M. Marin, ni personne enfin, y ait contribué. Je ne parlerai donc pas de ce dernier trait, et ne le coucherai point, comme de raison, parmi les ruses du comte de la Blache.
C’est bien assez pour moi de l’avoir suivi dans le dédale affreux de sa politique ; d’avoir développé par quelle, suite de ruses et de noirceurs il s’est successivement flatté d’en imposer à tous les tribunaux, et d’y déshonorer un acte fait par deux hommes sensés, dont il avoue n’avoir jamais connu ni les liaisons ni les affaires.
J’ai prouvé, moi, la véracité des unes et la filiation des autres.
J’ai prouvé qu’à la considération publique dont un grand citoyen honora ma jeunesse, il joignit sa tendre amitié.
J’ai prouvé que j’acquittai ce bienfait par le plus grand service qu’il pût recevoir, selon lui.
J’ai prouvé que, reconnaissant à son tour, il me
donna sa confiance et déposa dans mon sein ses plus importants secrets.
J’ai prouvé que, touché de son attachement, je l’ai toujours servi depuis avec le zèle ardent d’un fils bien actif, et que, dès cet instant, deux commerces très-distincts n’ont pas cessé de marcher entre nous.
J’ai prouvé que son légataire, inquiet d’une liaison dont il redoutait les suites, a travaillé sous main, pendant dix ans, à la détruire.
J’ai prouvé que, n’ayant pu que la troubler pendant sa vie, il a résolu de s’en venger après sa mort.
J’ai prouvé qu’à son grand déshonneur, il m’a fait un procès bien inique, et m’en a suscité un autre abominable.
J’ai prouvé que tous les compagnons, tous les agents, tous les moyens lui ont semblé bons, pourvu qu’il réussît à me ruiner, à me déshonorer.
Enfin, le fanal au poing, éclairant nos deux conduites, et partout les opposant, j’ai ramené cet adversaire, ou plutôt je l’ai traîné, depuis les premiers moments de sa haine implacable jusqu à ceux où le parlement d’Aix va couper enfin l’horrible nœud qui depuis dix-huit ans attache un vampire à ma substance.
Quant au fond du procès, comme il ne doit y avoir rien de vague dans les engagements civils qui fixent les propriétés, il ne peut y avoir non plus rien d’incertain dans la loi qui les juge et les gouverne. Un acte est vrai ou il est laux. S il est faux, passez à l’inscription, prouvez la fraude, et pendez le coupable. Si l’acte est vrai, c est attenter à l’honneur, la plus chère des propriétés, que d’y souffrir, sans la punir, une infamante discussion très-étrangère à son essence.
Aussi tout acte vrai, qui n’a pas de nullité légale, ne peut-il être, au civil, entamé par rien dans un pays où il n’y a point de nullité de droit : et il est bien juste que cela soit ainsi. La terrible conséquence du principe opposé serait de soumettre à l’arbitraire d’une jurisprudence incertaine et variable, comme le sens des juges, l’adresse des défenseurs ou le crédit des parties; d’y soumettre, dis-je, les propriétés, les actes sacrés qui les assurent, et qui, étant la base et le soutien de la société, doivent être invariablement jugés par la loi seule et selon la loi.
O vous, équitables magistrats dont j’attends l’arrêt avec impatience, en le sollicitant avec respect, je n’ai pas prétendu, par ces récits, augmenter à vos yeux la force et la valeur d’un acte inattaquable, et qu’ils n’ont pas seulement effleuré. Mais j’ai dû tranquilliser vos âmes, en vous montrant quevous avez à justifier, à venger un homme d’honneur outragé, à sanctionner le contrat civil de deux bons citoyens.
Quoique depuis huit ans cet affreux procès, aliment fertile d’une haine infatigable, ait coupé ma
carrière, empoisonné mon existence, il vous est soumis dans le même état que le jour qu’il naquit.
C’est toujours, d’une part, un acte bien pur et bien entier; de l’autre, des allégations, des vexations, des injures et des calomnies. Hé! le tiers de ma vie s’est usé dans ces tristes débats.
J’ignore si quelque loi prononce les réparations d’honneur que j’ai droit d’attendre; mais celle qui me les adjuge est la plus sainte de toutes : elle est gravée sur le cœur de tous les honnêtes gens, sur les vôtres, ô sages magistrats! et vous savez ce que la sainteté de votre ministère exige de vous en pareil cas.
Quant aux dommages et intérêts que je demande, et dont j’ai depuis longtemps indiqué le noble emploi, en les considérant comme la moindre peine qui puisse être infligée à tant d’accusations injurieuses, ils doivent se mesurer, non sur la .fortune ou l’état de l’offensé, mais toujours sur ceux de l’offenseur : autrement il n’y a pas d’homme riche ou puissant qui ne pût vexer impunément toutes les victimes qu’il voudrait se choisir dans les rangs inférieurs ; et le tribunal qui n’arracherait au riche offenseur qu’une légère portion de son superflu, manquant le but de la loi, ne satisferait point l’offensé, qui non-seulement en espère justice, mais qui se repose entièrement sur vous, ô magistrats, du soin d’une vengeance dont il s’est si longtemps interdit la douceur à lui-même.
J’ai tout dit, monsieur de comte : aussi libre, aussi franc dans mes défenses que vous êtes vague, enveloppé dans les vôtres, je n’ai rien dissimulé : j’ai tout dit. Composé trop rapidement, si ce mémoire est tumultueux, s’il manque de grâce et n’est pas assez fait, on verra bien qu’il sort tout bouillant de ma poitrine, et que mon ressentiment l a fondu cl’un seul jet. Mais qu’importe le talent, si l’ensemble et l’énergie des preuves imprime en mes lecteurs la ferme conviction de mon droit? ce n’est pas entre nous un assaut d’éloquence, et le Palais n’est point l’Académie.
Rien ne doit donc arrêter aujourd’hui le. jugement. Cette réponse n’exige point de réplique. Eh ! que diriez-vous sur ces nouvelles lettres que vous n’ayez déjà dit sur les autres? Démentir et nier tout n’est-il pas votre seul mot? Je les tiens d’avance pour démenties? Quand vous aurez prétendu ces lettres fausses, composées après coup, incohérentes aux réponses et ne prouvant rien, ou prouvant contre moi, les inductions mal tirées, les raisonnements mauvais, l’analogie pitoyable, enfin tout ce que j’ai dit, un monceau de futilités et de mensonges, aurez-vous fait un pas de plus à vos preuves contre l’acte?
Vous pressiez le jugement dans l’état de vos premières négations ! La négation totale ici ne fera qu’unir mes secondes preuves aux premières, sans rien changer à la question soumise au parlement (la validité d’un acte libre, et fait entre majeurs).
îN’arrêtez donc plus notre arrêt, ou changez de système une huitième fois, et, voyant votre cause encore entraînée au civil, inscrivez-vous en faux au criminel ! Mais tout cela n’empêchera pas qu’on n’appelle de son vrai nom l’horrible singerie de toujours presser le jugement lorsque je ne dis mot, pour le renvoyer à cent ans aussitôt que je parle., et que j’appuie mes preuves par des preuves nouvelles.
J’avais résolu de m’en tenir aux anciennes, et de ne plus dire un mot : je m’étais imposé la loi de garder ce ménagement pour vous, lorsque trois mille exemplaires d’injures répandues de nouveau contre moi, dans la Provence, ont allumé mon sang tout à coup : j’ai repris la plume et je ne l’ai plus quittée. Mourez donc maintenant de honte et de chagrin, injurieux adversaire! et cherchez qui vous plaigne après m’avoir tant provoqué !
Ce ne sont point ici des allégations dénuées de preuves, des lettres anonymes, des articjes de gazettes, des menées sourdes, intrigues de sociétés, des visites en grand uniforme, de petits propos à l’oreille, des calomnies répandues, et toutes les ruses que vous mettez en œuvre pour augmenter vos partisans.
Toujours nos différents caractères se sont peints dans nos différents procédés. Grand homme de guerre et de calcul au Palais, vous n’y faites que trop bien la guerre de chicane ! Ainsi qu’un général a toujours un aide de camp avec lui, vous n’arrivez nulle part sans 1 evrai Chatillon dans votre chaise; et, pendant qu’il court les études, pique les clercs, galope les huissiers, dicte et hâte les exploits, répandu dans la place, vous veillez, vous rôdez, vous glissez, vous calomniez, et partout vous minez et contre-minez. Puis, bien et prudemment escorté, vous n’avancez à l’ennemi que sous la contrescarpe ou le chemin couvert.
Et moi, semblable au Tartare, à l’ancien Scythe un peu farouche, attaquant toujours dans la plaine, une arme légère à la main, je combats nu, seul, à découvert; et lorsque mon coup siffle et part, échappé d’un bras vigoureux, s’il perce l’adversaire, on sait toujours qui l’a lancé, car j’écris sur mon javelot :
Caron de Beaumarchais.