FAITS JUSTIFICATIFS DU PREMIER CHEF
« Avez-vous concouru avec chaleur à faire ac- « corder à une infortunée la liberté conditionnelle « d’accoucher ailleurs que dans une maison de « force, où elle courait le danger de la vie? »
Oui, je l’ai fait; et voici mes motifs :
Au mois d’octobre 1781, je ne connaissais pas
même de vue la dame Kornman; je savais seulement, comme tout le monde, que son mari l’avait fait mettre dans une maison de force, en vertu d’une lettre de cachet.
Un jour que je dînais chez madame la princesse de Nassau-Sieghen avec plusieurs personnes, on nous peignit la détention et la situation de la dame enfermée avec des couleurs si terribles, que cet événement fixa l’attention de tout le monde. Le prince et la princesse de Nassau surtout paraissaient fort touchés de son malheur, et voulaient s’employer, disaient-ils, à lui faire obtenir sa liberté. Touché moi-même du récit et de cette noble compassion, je les louais de leur dessein; ils me prièrent d’y joindre mes efforts, ajoutant qu’un tel service était digne de mon courage et de ma sensibilité. Je m’en défendis par des raisons de prudence. Us me pressèrent; je résistais en alléguant (ce qui est vrai) que je n’avais jamais fait une action louable et généreuse qu’elle ne m’eût attiré des chagrins. Quelqu’un invite alors un magistrat du parlement, qui était présent, à montrer à la compagnie le mémoire que cette malheureuse femme avait composé seule au fond de sa prison, et qu’elle avait trouvé moyen de faire parvenir à M. le président de Saron, avec autant de lettres qu’il y avait de magistrats à la chambre des vacations. Voici cette requête touchante :
MÉMOIRE