‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 568 sur 803 · ADRESSÉ A M. LE PRÉSIDENT DE SARON PAR LA DAME KORNMAN, NÉE FAESCH · texte numérisé non relu

ADRESSÉ A M. LE PRÉSIDENT DE SARON PAR LA DAME KORNMAN, NÉE FAESCH

« Je suis née à Bâle en Suisse; j’ai été élevée dans la religion protestante réformée.

« A l’âge de treize ans, j’étais orpheline de père et de mère ; à celui de quinze, mes parents m’ont fait épouser, en 1774, le sieur Kornman, Alsacien, et de la religion luthérienne.

« Mon mariage a été célébré dans le canton de Bâle, suivant les lois civiles et ecclésiastiques de cette ville.

a Je ne connaissais pas le sieur Kornman ; je témoignai quelque répugnance : on m’assura que je serais très-heureuse, que c’était un bon parti; je me résignai.

« J’ai apporté à mon mari 360,000 livres de dot, qu’il a touchées; j’ai été avantagée en outre de 60,000 livres. Mon mari s’est obligé encore de faire un état de ses biens, dont la moitié doit m’appartenir, en cas qu’il vienne à mourir.

« Un de mes parents m’a dit, il y a un an, que cette clause n’avait pas été remplie, et m’en a marqué du mécontentement. Mais, comme je ne me connais pas en affaires d’intérêt, j’ai toujours négligé ce point.

« Mon mari m’a proposé de lui faire, par écrit sous seing privé, une donation de tous mes biens; je lui ai fait cet écrit dans les commencements de notre mariage; il m’en a fait un pareil, qu’il a retiré sans me rendre le mien; je l’ai annulé de mon propre mouvement, le 25 juillet dernier.

« Je suis mère de deux enfants, et grosse de quatre mois du troisième. Notre union a été très-mal assortie : j’ai été fort malheureuse; et j’ai longtemps souffert avec patience et douceur.

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