‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 573 sur 803 · EN ATTENDANT L’AUTRE PAR · texte numérisé non relu

EN ATTENDANT L’AUTRE PAR

P.-A. CARON DE BEAUMARCHAIS

SUR LA PLAINTE EN DIFFAMATION QU’lL VIENT DE RENDRE D’UN NOUVEAU LIBELLE OUI PARAIT CONTRE LUI.

Je suis vraiment honteux d’être obligé de m’occuper de moi, quand tous les esprits sont tendus vers les intérêts nationaux. Je ne dirai qu’un mot; il m’est indispensable.

A la suite d’une plainte formée au criminel pour outrage et diffamation contre le sieur Kornman et complices, dans un procès qu’il feint d’intenter à sa malheureuse femme, mais qui n’est qu’un prétexte pour déchirer tous ceux qui ont eu intérêt d’éclairer sa conduite, j’ai obtenu permission d’informer; et tant à Paris que dans l’éloignement, par des commissions rogatoires, vingt personnes de tout état, assignées, ont déposé ce qu’elles savaient sur les graves objets de ma plainte.

Toutes ces dépositions, les lettres du sieur Kornman en nature, et autres pièces justificatives jointes à la liasse au greffe criminel, M. le procureur du roi du Châtelet a déféré, par délicatesse, au parquet assemblé1 , son droit de conclusions dans cette affaire; et, sur ces conclusions, il a été prononcé des décrets contre les calomniateurs. Telle a été la sage conduite des magistrats qu’un forcené outrage sans pudeur.

Tout ce qu’un offensé peut faire est de demander justice, de la solliciter, de souffrir et d’attendre; et c’est ma position actuelle. Mais à l’instant où les tribunaux sont fermés, le bras de la justice enchaîné, où aucun débiteur ne peut être contraint, où toute audace est impunie, il paraît un libelle bien absurde et bien lâche, dans la première page duquel on lit ces propres mots, les seuls qu’en ces moments j’aie intérêt à relever. Je ne débattrai rien sur le fond de l’affaire ; ce que j’en dirais aujourd’hui serait trop oublié lorsque les tribunaux pourront s’en occuper. C’est alors seulement que je publierai mon mémoire ; c’est alors qu’on verra sur quelles pièces victorieuses mes calomniateurs ont été décrétés, sur quoi ils doivent être punis.

Ne perdons pas de vue la phrase du libelle :

« Et maintenant que je suis instruit que le même

« sieur de Beaumarchais (car on n’apprendra pas

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