‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 588 sur 803 · Page 12 du second libelle · texte numérisé non relu

Page 12 du second libelle

2. Mot impropre et du bas langage, qui se glisse dans les discours, comme je l’ai déjà fait observer.

MEMOIRES

commentaires, qu’elles le fussent au gouvernement ! monsieur, on ne peut s’y prêter! Et toujours une altération dans ses copies de mes copies ! Il nous transcrit ici la suite de sa lettre : et moi j’aurai l’agrément de me rendre utile au ministre; ce qui peut se TROUVER dans l’occasion. Apparemment pour faire entendre que l’occasion de se rendre utile au ministre pouvait se trouver dans le maniement des fonds de la guerre; ce qui ressemble à quelque dévouement. Mais dans sa lettre déposée et dans mon mémoire (page 344), on lit ces propres mots de lui : Et moi j’aurai l’agrément de me rendre utile au ministre; ce qui peut se retrouver dans l’occasion ; et c’est bien différent : car le sens de la vraie leçon est qu’en offrant de rendre au ministre un assez coupable service, il demandait pour récompense qu’on lui permît aussi d’abuser pour lui-même des fonds qui lui seraient confiés. Voilà ce que veut dire : et moi j’aurai l’agrément de me rendre utile au ministre; ce qui peut se retrouver dans l’occasion. Et partout il se cite avec cette fidélité, sous la plume fidèle du vertueux Bergasse !

Est-ce aussi pour vous rendre utile au gouvernement que vous écrivez au sieur Daudet, de Bâle , le 13 septembre 1780, l’épître suivante, que j’avais omis de copier, mais qui devient très-importante depuis que le précepteur des enfants s’est chargé de donner un sens à vos lettres?

« De Bàle, le 13 septembre 1780.

« Il me reste encore à vous parler, mon cher « ami, de l’adjonction de la place de M. de Bier- « court (trésorier de l’École militaire), dont nous « nous sommes entretenus avant mon départ de #« Strasbourg. Je vous dirai qu’il est bien entendu « que si la princesse de Montbarrey réussit à me « la procurer, je n’en jouirai qu’autant que l’on « remplira en même temps les vues bienfaisantes « de cette princesse pour les personnes auxquelles « elle s’intéresse, et cela pendant le temps que « j’occuperai cette place, a l’effet de quoi je pas- « serai tels actes qu’il conviendra pour donner « toute LA solidité requise à l’engagement que je « contracterai; je sais qu’il est essentiel de mettre « beaucoup de discrétion dans ces sortes d’opéra- « tions. Comme je me flatte que vous êtes per- « suadé que la mienne est à toute épreuve, vous « pouvez être assuré que l’on ne sera jamais com- « PROMIS AVEC MOI, etc.

« Signé G. Kornman. »

Ainsi, monsieur Bergasse, ainsi, véridique écrivain, on pouvait être compromis en servant votre ami dans ses projets utiles au gouvernement! Je laisse à décider ce qu’on doit le plus admirer, ou la sottise du commentaire après la lecture des lettres, ou la bassesse de ces lettres après leur déplorable explication.

Lorsque j’ai dit de Kornman que tout lui semblait bon pour se procurer une caisse, qu’y trouvent-ils donc à reprendre ? N’offre-t-il pas, pour l’obtenir, de payer les mandats du ministre avec le trésor militaire ? N’offre-t-il pas, pour l’obtenir, de pensionner les créatures de la princesse, s’il pouvait rendre les protecteurs aussi vils que le protégé? Ne caresse-t-il pas, pour l’obtenir, le cher corrupteur de sa femme? Après les prétendus scandales de Strasbourg, ne le charge-t-il pas du soin de son épouse à Bâle? Et vous nommez cela desprojets utiles au gouvernement ! Lâche époux ! vil agent! et misérables raisonneurs! Passons à d’autres faits ; craignons surtout de nous appesantir.

En voulant excuser une autre de ses épîtres,, il dit1: «Je suis fâché de n’avoir pas conservé les « lettres du sieur Daudet, pour ajouter de nou- « veaux détails aux explications que je donne. Mais « qui pouvait soupçonner qu’après sept ans une « correspondance indifférente me serait représen- « tée, et qu’on en ferait la matière d’une accusa- « tion contre moi? »

A cela voici ma réponse, et que tout lecteur malveillant la juge avec sévérité.

Le sieur Daudet doit sans doute exiger que vous représentiez ses lettres: car c’est de cela qu’il s’agit. Certainement aussi, monsieur, personne ne pouvait soupçonner qu’au bout de sept années on serait dans le cas de vous représenter les vôtres ; mais, comme c’est vous seul quifaitesà votre épouse l’attaque vile et flétrissante qui donne lieu à cette inquisition, c’est à vous seul de justifier, par les lettres du sieur Daudet, le sens que vous prêtez aux vôtres.

Yous dites qu’il était le confident de vos plaintes sur la conduite irrégulière de votre femme avec un autre amant. Interprétation misérable ! en ce que vous supposez à votre femme une première intrigue avec un jeune étranger , laquelle même bien démontrée ne servirait qu’à vous confondre, qu’à établir que vous accusez faussement le sieur Daudet de l’avoir corrompue, puisque, selon vousmême, elle l’aurait été d’avance par un autre !

Or vous saviez, dès 1781, c’est-à-dire à l’époque de ce commerce entre vous et le sieur Daudet, que ce dernier aurait un procès avec vous, puisque vous vouliez le lui faire; puisqu’à cette époque surtout vous fîtes enfermer votre femme à l’occasion de cet ami Daudet, et nullement à cause d’un étranger. Il fallait donc garder ses lettres, et c’est à vous qu’on les demande. Mais, soit que vous les montriez ou non, les vôtres suffiront pour bien prouver votre infamie.

« Encore une fois, dit le naïf époux 2, qu’on me « juge ; et qu’on m’apprenne si, à côté d’une femme « jeune, vive et inconsidérée, je pouvais me con- « duire avec plus de douceur et de prudence. »

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