JUGEMENT DU PROCÈS
DE PIERRE - AUGUSTIN CARON DE BEAUMARCHAIS Membre de la représentation de la commune de Paris
Sur la dénonciation faite à l’assemblée de la commune, le 19 août 1789, d’une rixe entre Caron de Beaumarchais et un autre membre de la même assemblée, présent; et sur l’explication donnée par M. de Beaumarchais de cette rixe, en priant l’assemblée de vouloir bien porter ses regards très-sévères sur plusieurs motions diffamatoires faites et imprimées contre lui dans le district des Récollets et autres qu’il dénonçait, et dont il rendait plainte à l’assemblée, est intervenu l’arrêté suivant :
Extrait du procès-verbal de rassemblée des représentants de la commune de Paris.
« Du mardi 19 août 1789.
« L’assemblée, délibérant sur la dénonciation « faite de propos violents tenus contre un de « ses membres par M. Caron de Beaumarchais ; « ensemble sur les différentes inculpations porte tées par plusieurs districts contre lui, et sur « lesquelles il a demandé lui-même à se juste tifier, a arrêté que le sieur de Beaumarchais tt s’absenterait de rassemblée jusqu’à ce qu’elle te ait prononcé sur les faits ci-dessus détaillés.
« Signé Vauvilliers et Blondel, présid.
tt De Joly, secrétaire. »
L’assemblée a nommé quatre commissaires pour faire les enquêtes; et, son jugement en étant retardé, M. de Beaumarchais lui a présenté, le G septembre, une requête imprimée tendante à obtenir une justice prompte et définitive. L’assemblée a bien voulu y avoir égard; il en a reçu le 14 l’invitation suivante :
Assemblée des représentants de la commune de Paris.
« M. Caron de Beaumarchais voudra bien se rentt dre demain, à dix heures du matin, à l’assemblée
MÉMOIRES
<( des représentants de la commune, pour être en- j « tendu. Ce lundi 14 septembre 1789.
« Signé Vauvilliers, président.
« Brousse des Faucherets, secrétaire. »
M. de Beaumarchais s’est rendu, au jour et à l’heure indiqués, dans la salle de l’assemblée; et, loutes les pièces du procès ayant été mises sur le bureau pour qu’il en prît une connaissance légale et les discutât publiquement, il a, dans un plaidoyer d’environ une heure et demie, démontré l’absurdité, la calomnie, le vice et l’odieux de toutes les imputations qui lui étaient faites par des gens qu’il n’a jamais vus ni connus; et, lui retiré, l’assemblée, ayant mûrement délibéré sur les attaques et la défense, a prononcé le jugement qui suit :
Extrait du procès-verbal de l’assemblée des représentants de la commune de Taris.
« L’assemblée, après avoir pris lecture des pièces « mises sur le bureau, contre M. Caron de Beau- « marchais, et l’avoir entendu dans sa justifi- « cation,
« Déclare que rien ne s’oppose à ce que M. de « Beaumarchais reprenne sa place dans l’as- « semblée.
U Signé Vauvilliers, Blondel et Vincendon, présidents.
« De Joly, secrétaire. »
M. de Beaumarchais a remercié l’assemblée, et a repris à l’instant sa place entre les honorables membres qui venaient de l’en juger digne. Et le souffle des gens de bien a fait évanouir les fantômes hideux qui la lui disputaient.
Je certifie tous les extraits de l’assemblée des représentants de la commune conformes aux originaux dans mes mains. Ce 18 septembre 1789.
Signé Caron de Beaumarchais.