‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 661 sur 803 · LETTRE XXVII · texte numérisé non relu

LETTRE XXVII

AU MÊME

Paris, le 16 septembre 1780.

Monsieur le comte,

J’ai l’honneur de vous adresser le mémoire qui

doit nous aider à sanctifier les caresses de deux tourtereaux qui courent le monde. Vous jugez si cela presse. Le dégoût suit souvent de si près cette espèce de bonheur, que je crains pour le divorce avant l’hymen, si l’hymen ne se hâte pas d’arriver avant le divorce.

J’ai eu hier la plus satisfaisante des conversations avec M. Le Noir, au sujet du spectacle français. Il vous certifiera demain qu’il est parfaitement de l’avis des génies sages qui croient qu’un second théâtre décent serait très-utile à la capitale. Il est bien loin de prendre aucun intérêt à la foule: de tréteaux dont les boulevards se remplissent. On vous dira peut-être que je vais séduisant tout le monde, parce que le maréchal de Richelieu, qui s’y opposait, se trouve aujourd’hui de mon avis. Mais, monsieur le comte, ne faudrait-il pas renoncer à la raison, qui est toujours si froide et souvent si sévère, si elle ne servait pas quelquefois à faire adopter des idées et des plans utiles? Je tâche d’avoir raison, et de bien simplifier mes idées en les offrant ; voilà tout mon secret. Il arrive que sur cent personnes j’en acquiers quatre ou cinq. Il n’y a pas là de quoi se vanter. Puissiezvous être du petit nombre de ceux qui pensent comme nous ! Le théâtre français vous devra sa restauration entière.

Après vous avoir parlé comme auteur dramatique, permettez-moi de prendre ma casaque de porteur d’eau, pour vous demander une nouvelle grâce.

Je suis, ainsi que M. Le Noir, un des actionnaires de la pompe à feu de Perrier, qui doit donner tant d’eau à la ville, qui en a si peu ; plus cet établissement est utile, plus vous sentez qu’il est traversé.

M. Le Noir vous dira demain que le plus misérable incident peut retarder de plus d’un an le premier effet de cette salutaire machine ignée aquatique.

La faveur dont nous avons besoin en ce moment serait que M. le garde des sceaux voulût bien écrire à M. le président de vacation de ne rien prononcer sur l’affaire des entrepreneurs de la machine à feu contre la commune de Chaillot, jusj qu’à ce qu’il lui en ait parlé lui-même. Cela donnera le temps de remettre un mémoire à M. te garde des sceaux et à vous, monsieur le comte,

. qui, en vous instruisant de la contestation, excii tera votre bienveillance en faveur d’un si utile établissement, qui ne coûte pas un sou à 1 État.

Mon respectueux dévouement est inaltérable.

Le petit mot de M. 1e garde des sceaux, s’il l'accorde, doit parvenir au président de vacation avant mercredi matin ; M. Le Noir vous en expliquera toute l’importance.

Monsieur le comte,

Votre, etc.

LETTRES

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