‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 660 sur 803 · A M. LE COMTE DE MAUREPAS · texte numérisé non relu

A M. LE COMTE DE MAUREPAS

Paris, le 21 juillet 1780.

Monsieur le comte,

En faisant monter la fortune de Marmontel à quinze mille livres de rentes, on vous en impose de plus de moitié : personne ne la connaît mieux que moi. L’état juste est entre les mains de M. le cardinal de Rohan ; et il y a tout mis, jusqu’à une rente viagère de cinq cent quarante livres sur M. le duc d’Orléans. Sa fortune ne se monte en tout qu’à six mille sept cents livres, dans lesquelles sont compris deux produits très-précaires : seize cents livres sur la Comédie italienne, qui vont se réduire à rien, parce que ses pièces sont usées; et trois mille livres sur le Mercure, qui a déjà fait banqueroute il y a deux ans. D’ailleurs, quand sa fortune serait égale à celle de son concurrent, ses titres littéraires sont bien plus forts; et quand ses titres seraient égaux à ceux de l’autre, sa médiocre fortune et son état de père méritent d’être mis en balance, et peut-être de l’emporter.

Mais il y a ici une considération qui mérite plus encore de vous être offerte. Pour quelque demandeur que votre bienveillance se tourne, n’oubliez pas, je vous en conjure, que si messieurs les premiers gentilshommes de la chambre se mettent à la tête de la sollicitation, et que si le brevet est remis à aucun d’eux pour le transmettre au plus heureux, de ce moment se regardant comme les protecteurs des académiciens, ils vont asservir l’Académie, comme ils ont asservi la Comédie. Alors tout deviendra bas, servile, rampant dans un corps qui ne peut conserver un peu de dignité que par sa dépendance immédiate du roi et des ministres. Faites que le favorisé reçoive la grâce du roi sans intermédiaire.

Personne ne sait mieux que vous qu’on se fait des droits de tout à la cour, et que la Comédie est trop mal administrée pour qu’on étende l’influence de ses chefs jusque sur l’Académie.

La première partie de ma lettre est offerte à l’homme généreux; la seconde au ministre éclairé, pour lequel je porte le plus vif sentiment jusqu’où le plus profond respect me permet de l’étendre.

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